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« Être chargé de mission handicap ne signifie pas être chargé de mission humanitaire »

Directe, franche et sans détour. Valérie Romain travaille depuis une quinzaine d’années dans le domaine de l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap. Elle-même malvoyante, elle se confie sur son métier.

 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ?
J’ai 44 ans et je n’ai pas suivi de formation particulière en ressources humaines. J’ai appris sur le tas, d’abord chez Disney, il y a plus de 10 ans au Service action sociale. J’ai ensuite créé la mission handicap de SFR puis celle d’une entreprise de restauration commerciale. J’ai fait partie des premières personnes à adhérer au Club Être, instauré pour fédérer les chargés de mission handicap. Nous étions 10 au départ, maintenant, ils sont plus de 200. Je suis actuellement en poste chez Nestlé, entreprise pour laquelle je mets également en place la politique handicap.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le métier de chargé de mission handicap ?
Mon avis reste assez mitigé… Il y a d’un côté les personnes parachutées à ce poste, arrivées là car on leur a demandé et qui tentent tant bien que mal de se débrouiller. De l’autre côté se trouvent les chargés de mission handicap qui pensent être responsables d’une mission humanitaire et qui prennent leur fonction comme on part sauver des enfants malades en Afrique. Ceux-ci se retrouvent très déçus. Le métier de chargé de mission handicap n’est pas un métier de chargé de mission humanitaire ! C’est un métier d’équilibriste. Nous devons à la fois être à l’écoute des candidats et de notre direction. Ce poste est en réalité très technique.

Le but final reste tout de même humain…
Il faut dire les choses franchement : les entreprises s’engagent à cause des pénalités. C’est logique. Les entreprises réagissent toujours financièrement et la loi de 2005 a été créée en fonction de ce principe. En parallèle, l’obligation d’embauche de personnes handicapées leur apporte également une opportunité de communiquer, de véhiculer une certaine image. Les sociétés en profitent donc pour afficher leurs engagements, leur politique de « diversité ». Très bien… Encore faut-il qu’il y ait des actions concrètes derrières. Personnellement, je refuse d’aller sur un salon de recrutement pour récolter 300 CV et exposer la structure pour laquelle je travaille si derrière je n’ai que quelques postes à proposer. Bien sûr, il ne faut pas oublier que la finalité de notre travail repose sur l’humain. D’ailleurs, je pense que pour être chargé de mission handicap, il faut être passionné, aimer l’autre, avoir des convictions personnelles et des valeurs.

Parlez-nous de votre handicap.

Je suis en situation de handicap visuel depuis 24 ans. C’est suite à une banale visite médicale que l’on m’a diagnostiqué une maladie génétique et dégénérative des yeux (la maladie de Stargardt). Aujourd’hui, même si ce n’est pas toujours facile de l’accepter, je vis avec. Après plus de 20 ans de cohabitation, des liens se forment! Ma déficience visuelle peut même être un atout dans mon travail. Avec moi, les personnes en situation de handicap se sentent comprises, se confient plus facilement et j’ai une certaine légitimité lorsque je m’exprime sur mon métier auprès des valides.

Que souhaitez-vous dire aux personnes en situation de handicap à la recherche d’un emploi ?
Construisez votre projet professionnel ! Allez dans les salons de recrutement mais allez-y préparé, en sachant ce que vous voulez. N’arrivez pas vers une entreprise en leur demandant « Qu’est-ce que vous avez à me proposer ? ». C’est malheureusement ce que l’on entend encore trop souvent. Ce genre de comportements frustrent les recruteurs et ne font que les conforter dans leurs stéréotypes et leur idée qu’une personne en situation de handicap n’est pas compétente.

En ce qui concerne le handicap lui-même, je n’ai aucun conseil à donner. C’est personnel. Les handicaps sont très différents et plus ou moins graves. Je veux simplement dire qu’il faut en parler, trouver une personne capable d’être attentive et à l’écoute. C’est très libérateur.

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