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Valoriser les aidants et leurs missions : À propos du sentiment d’inutilité

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“À propos du sentiment d’inutilité”, la chronique de Catherine Sanchès au sujet du rôle des aidants et de l’urgence à valoriser leurs missions au sein de la société

Ce n’est pas parce qu’on se sent inutile, que c’est vrai. Écrit ainsi, cela peut paraître évident. Au quotidien, nombreux sont les aidants qui bataillent avec ce ressenti. Et encore beaucoup d’entre eux ne se reconnaissent pas comme tel quand ils s’occupent d’un proche… Pour rappel, la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement a été adoptée fin 2015. Elle affirme qu’un aidant est celui (…) « qui lui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne. »  Il est parfois nécessaire qu’une parole extérieure au cercle intime redonne de la valeur à tout ce qui est entrepris et contribue à valoriser les aidants. Il peut rassurer et identifier la source d’une souffrance « injustifiée ». Mais aussi, ces intervenants ont intérêt à préserver chez l’aidant la conviction qu’il est bien là pour servir à quelque chose, qu’il peut se rendre utile en œuvrant avec des professionnels sans concurrence ou exclusion.

Un manque de reconnaissance qui affecte profondément

Daniel *, épuisé, a appelé à l’aide sa fille. À son tour, elle a sollicité des professionnels quand la maladie neurodégénérative de sa maman a franchi un palier avec des troubles de l’humeur importants. Devant la détresse de l’époux, une bonne coordination des acteurs du territoire a permis d’établir une série d’interventions à domicile de manière efficace. Mais, alors que ces derniers se félicitaient de leur réactivité, Daniel s’est montré désagréable, peu conciliant et finalement plutôt déprimé. Comment comprendre cette attitude ?

En prenant le temps de faire le point, il a donné quelques clés. Tout au long de sa vie, bien avant d’investir un rôle d’aidant, il a été soucieux de faire la preuve de son utilité. Travailleur handicapé, il décrit une situation pour laquelle il travaillait double et n’avait de cesse de faire preuve d’initiatives. Il s’agissait de prouver son bon niveau de performances aux yeux des autres salariés et de son employeur. Des années plus tard, il a adopté la même stratégie auprès de son épouse. Malheureusement, avec l’évolution des troubles, il ne pouvait plus tout assumer seul. Il a eu l’impression d’échouer, de se perdre. L’arrivée de professionnels pour le relayer a pu lui donner l’impression d’être relégué et de n’être qu’un « bon à rien ».

Quand la question de l’utilité survient, souvent il y a une connexion avec le monde de l’entreprise. Et lorsque les aidants principaux sont des actifs avec des responsabilités d’entrepreneurs, ils veulent parfois s’impliquer dans l’aide comme ils s’impliquent dans leur travail. De manière anecdotique, deux langues étrangères peuvent se côtoyer. Le chef d’entreprise : « Vous pourriez m’expliquer ce qui doit être fait à court, à moyen et long terme, s’il vous plaît et avec quel plan de financement. » Et la responsable du service à domicile : « Avez-vous rempli un dossier A.P.A. pour mettre en place un plan d’aide ? ».

Visage vers le soleil © Apolline Sanchès
Visage vers le soleil © Apolline Sanchès

Valoriser le rôle des aidants tout en le distinguant bien du travail en entreprise

Plus délicate sera la question de l’engagement. Dans l’entreprise, la personne a un sentiment d’utilité renforcé par l’impact positif de ses efforts. Elle s’habitue à l’idée de pouvoir bénéficier d’un retour sur investissement, de la reconnaissance. Ils ont une capacité à agir, à modifier le réel. Quand le proche a des difficultés qui s’accentuent malgré tout, cette logique n’est plus de mise… Cette cheffe d’entreprise, fille aidante principale, l’explique bien : « Je n’ai pas vu le danger de trop donner, j’ai oublié que je n’étais pas responsable de tout. Je ne peux pas contrôler l’évolution d’une maladie, je ne sais plus comment faire. »

Dans un travail d’accompagnement, nous pouvons nous recentrer sur les besoins de la personne aidée et identifier les ressources les plus appropriées. Psychologiquement, l’aidant peut malgré tout basculer d’une souffrance à une autre et ressentir alors un sentiment d’impuissance. Ce vécu est, par ailleurs, fort représenté chez les professionnels intervenant auprès d’un public fragilisé par l’âge et les maladies. La crise sanitaire n’arrange rien à l’affaire. La surcharge de travail, l’essoufflement côtoient aussi l’expérience du désespoir face à une menace répétée.

Ainsi, en tant que psychologue, j’affirme souvent qu’il est nécessaire de s’accorder des moments pour ne rien faire. Si la loi, citée plus haut, a accordé un droit au répit, c’est bien que ça doit être utile. (*2) Cette disposition permet aux proches aidants des personnes âgées en perte d’autonomie de se reposer ou de dégager du temps. C’est un droit, et peut-être même un devoir. Comme le dirait un homme ou une femme sage : « Pour recharger les batteries solaires, il faut prendre le temps de s’arrêter au soleil. »

* 2 – https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/solutions-pour-les-aidants/soutien-financier/quest-ce-que-le-droit-au-repit

Illustrations réalisées par Apolline Sanchès

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