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Vacances pour les enfants en situation de handicap : Loisirs pluriel

L’antenne Loisirs Pluriel de Fontaine (38) a été mise en place par une maman bien déterminée à offrir à l’un de ses trois enfants en situation de handicap – atteint de paralysie cérébrale – des vacances avec les joies et plaisirs que connaissent tous les autres enfants.

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Loisirs pluriel : Des activités et des vacances pour les enfants en situation de handicap en toute mixité

Bien que faisant partie d’un réseau national, l’antenne Loisirs Pluriel de Fontaine (38) a été mise en place par une maman bien déterminée à offrir à l’un de ses trois enfants en situation de handicap – atteint de paralysie cérébrale – des vacances avec les joies et plaisirs que connaissent tous les autres enfants.

« En tant que maman je me disais : « Antoine a le droit de vivre des choses dans un contexte autre que celui du médical. Il a le droit de vivre des moments ludiques et de détente avec des copains valides ». C’est muni de cette détermination que Servane Hugues s’est lancée dans une aventure qui répond aujourd’hui à de très nombreux besoins de familles comme la sienne. Ainsi, le centre Loisirs Pluriel offre une mixité parfaite entre enfants en situation de handicap et sans handicap.

Servane Hugues est professeur des écoles en disponibilité : concilier une activité professionnelle et des contraintes familiales aussi fortes avec deux enfants en situation de handicap pour une maman de trois enfants est juste impossible. Antoine, qui a une paralysie cérébrale, est très dépendant et il est accueilli en établissement. Arthur, né avec une surdité profonde des deux oreilles, a deux implants cochléaires qui lui ont permis de mener une vie normale et d’intégrer le milieu scolaire ordinaire. Servane Hugues est très engagée au niveau associatif mais garde le projet de réintégrer le milieu professionnel prochainement. Deux tiers des mamans d’enfants handicapés sont privées ou réduisent de façon conséquente leur activité professionnelle, or c’est un droit. Nous vous proposons de découvrir ici le témoignage de Servane Hugues.

Le droit aux loisirs et aux vacances pour les enfants en situation de handicap

Quand Antoine a eu 6 ans j’ai eu besoin de pouvoir le confier durant les vacances scolaires. Je me suis adressée au centre de loisirs de ma commune mais j’ai eu une fin de non-recevoir. Au-delà de son handicap moteur très lourd, Antoine ne s’exprime pas verbalement et n’est pas du tout autonome pour les actes essentiels de la vie. Il a en plus connu une période épileptique non stabilisée. Bref, le package pour faire fuir tout le monde.

Mais en tant que maman, je me disais qu’Antoine avait lui aussi le droit de vivre des choses dans un contexte de loisirs. Il a le droit de vivre des moments ludiques et de détente avec des copains valides. Or au sein de notre commune, Antoine n’existe pas socialement. Je me suis retournée vers Grenoble, où il existe des solutions mais uniquement pour des formes de handicaps plus légers. J’ai finalement trouvé sur internet une association qui s’appelait Loisirs Pluriel et qui proposait d’accueillir des enfants handicapés et des enfants valides à parité. Malheureusement cette structure n’existait pas dans l’agglomération grenobloise. La ville d’origine de Loisirs pluriel c’est Rennes, et bien que le modèle soit essaimé en Bretagne, cela restait un peu loin pour confier Antoine.

Je me suis donc lancé le défi de créer une antenne sur l’agglomération grenobloise. J’ai été rejointe par d’autres mamans dans la même situation, des personnes que j’avais rencontrées dans le cadre des séjours à l’hôpital d’Antoine ou bien dans les salles d’attente de spécialistes. Nous étions toutes à nous poser les mêmes questions sur ce droit de confier nos enfants pour les vacances et leur offrir des moments de loisirs. Aujourd’hui en France, il existe 29 antennes de Loisirs Pluriel pour les enfants de 3 à 18 ans.

Un centre Loisirs pluriels, en quoi cela consiste ?

Tout d‘abord, nous accueillons autant d’enfants handicapés que d’enfants valides. Il n’y a pas de normalité et pas d’a priori. La finalité c’est vraiment l’intégration dans la société. Le centre est ouvert le mercredi et pendant les vacances scolaires, comme tous les centres de loisirs communaux. Le point fort de nos équipes, c’est d’avoir une formation pointue sur le handicap. L’autre atout de notre organisation, c’est que nous disposons d’un animateur pour 2 ou 3 enfants, soit trois fois plus que dans un centre de loisirs ordinaire. L’équipe a aussi pour mission d’expliquer aux autres enfants les différences de comportement, et d’être dans la médiation systématique car cela peut-être un peu perturbant pour ceux qui n’ont jamais côtoyé un autre enfant polyhandicapé, autiste ou trisomique. Grâce à notre travail, toutes ces barrières tombent et je suis très fière de cela, Loisirs pluriel c’est l’aboutissement de mon combat pour l’inclusion.

Comment fonctionne et se finance un centre Loisirs pluriel ?

Tous ces centres fonctionnent sur le même principe. Il faut trouver une ville d’accueil et dans notre cas, c’est la ville de Fontaine qui nous héberge gracieusement sur 140 m² de locaux dédiés dans une école. La ville met aussi à notre service le personnel d’entretien et de restauration de l’école et nous donne une subvention. C’est fantastique et nous sommes extrêmement reconnaissants à la ville de Fontaine pour son engagement. Nos autres partenaires sont la CAF de l’Isère et le conseil départemental. Les familles doivent aussi payer leur part pour les activités en fonction de leur quotient familial. Malgré cela, nous n’arrivons pas à boucler notre budget sans la contribution de donateurs privés qui représentent 23% de fonds à trouver chaque année.

Plus de la moitié du coût de fonctionnement se retrouve sur les charges de personnel. Le deuxième poste de dépense se retrouve sur la formation car nos animateurs ne sont pas tous formés au handicap. Trois fois par an nous les envoyons à Paris pour une formation. À la clé, ce sont des animateurs compétents et motivés. Une année d’animation chez Loisirs pluriels fait naître des vocations dans les métiers du médico-social  comme éducateurs spécialisés, c’est en tout cas ce que l’on constate. Les autres charges résultent du matériel et des sorties.

Du côté des activités, nos enfants pratiquent exactement les mêmes activités que dans un centre de loisirs communal c’est-à-dire qu’ils vont à la piscine, au spectacle, au musée… Ils vont se promener et faire des jeux dans des parcs, ils prennent le tram, comme tous les enfants.
Nous sommes heureusement bien accueillis dans les lieux culturels même si pour cela il faut bien préparer les sorties. C’est plutôt du côté de la piscine que ce fut un peu difficile pour des raisons de sécurité. Nous avons su démontrer que nous étions suffisamment bien organisés au niveau de l’encadrement pour écarter le danger.
En 2019 nous avons accueilli 69 enfants dont 35 en situation de handicap. Sur ces 35 enfants, 46% souffrent d’autisme, 17% sont polyhandicapés, d’autres présentent des troubles de l’audition et/ou des difficultés motrices. Un certain nombre de nos enfants suivent un protocole alimentaire qui nécessite la présence d’une infirmière.

Aujourd’hui nous accueillons les enfants d’une vingtaine de communes environnantes et la liste d’attente est devenue très préoccupante car ce sont plus de 40 familles qui attendent. C’est normal car c’est la solution idéale pour la plupart des familles. Et là, je ne parle que de l’accueil des enfants entre 3 et 13 ans. Loisirs Pluriel a pensé à la suite et depuis 2019, nous avons créé le service Cap Ado. C’est un peu le même système mais avec, la prise en compte de toutes les difficultés liées à l’adolescence. Là encore nous sommes aidés par la ville de Fontaine que je remercie sincèrement. Pour ce service nous sommes hébergés au centre social George Sand de Fontaine, dans des conditions confortables.

Cela veut dire qu’aujourd’hui il faudrait que l’on soit implanté à Chambéry, à Valence, à Lyon, à Bourg en Bresse, et à Clermont-Ferrand.

En photo : Servane Hugues – Activités et vacances pour les enfants en situation de handicap

Plus d’infos sur : https://www.loisirs-pluriel.com/

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