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Loisirs accessibles et tourisme : L’état des lieux d’Annette Masson

Loisirs accessibles : l'état des lieux d'Annette Masson

Annette Masson : « Il est indispensable que les choses bougent d’ici à 2023-2024 en matière de tourisme et de loisirs accessibles »

État des lieux du tourisme et des loisirs accessibles en France avec Annette Masson, présidente de l’association Tourisme et Handicaps.

Pouvez-vous nous présenter l’association Tourisme et Handicaps ?
L’association Tourisme et Handicaps a été créée en 2001 pour permettre de sensibiliser les professionnels du tourisme à l’importance de rendre accessibles leurs structures (hébergement, restauration, activités…) aux quatre familles de handicap.

Cette association a été créée parce que les associations de personnes handicapées, à l’époque, nous ont dit : « Aidez-nous à mobiliser ces professionnels du tourisme car nous avons le droit, comme tout un chacun, à l’intégration dans les loisirs et les vacances ». Pour que les choses soient faites concrètement, nous avons rassemblé des institutions, des fédérations, des syndicats de professionnels du tourisme et des associations de personnes handicapées pour les faire travailler ensemble et permettre à la situation d’évoluer. Cela passe par le fait de transformer les mentalités, mais aussi par des choses concrètes comme la marque d’État Tourisme et handicap. Celle-ci permet d’identifier des activités de loisirs accessibles et des lieux réellement accessibles pour les quatre familles de handicap : moteur, visuel, auditif et intellectuel. C’était innovant à l’époque car on parlait alors surtout du handicap moteur et très peu des trois autres familles avant 2005. Dans un premier temps, il a d’ailleurs fallu accompagner les professionnels pour les aider à rendre accessibles les lieux aux personnes en situation de handicap auditif, visuel ou intellectuel… ils ne savaient pas comment s’y prendre et quels étaient les aspects sur lesquels ils pouvaient proposer des adaptations.

Ces handicaps étaient aussi moins pris en compte car souvent moins visibles. De plus, les personnes concernées sortaient peu… aujourd’hui je suis contente d’entendre des professionnels me dire : « Maintenant on voit des personnes handicapées venir dans notre structure », alors qu’auparavant ils nous disaient : « Mais que voulez-vous que l’on fasse, on ne les voit pas… ». Nous leur répondions alors : « Vous ne les voyez pas parce que justement elles ne peuvent pas venir chez vous ».

Quel est le rôle de l’association Tourisme et Handicaps aujourd’hui ?
Notre rôle est toujours le même, malheureusement, parce que malgré la loi du 11 février 2005 et toutes les choses qui se sont mises en place depuis, il y a encore fort à faire dans le secteur du tourisme : nous agissons pour rendre le tourisme et les loisirs accessibles au plus grand nombre et sur l’ensemble du territoire.
Les premiers Ad’AP délivrés vont se terminer en 2019. Il y aura donc des constats à faire dans les mois à venir. Après, il y aura encore d’autres évaluations à faire dans 3 ans et dans 6 ans pour les Ad’AP restants.
Cela nous laisse un peu perplexes, parce que nous n’avons pas toujours l’impression que les choses soient bien suivies. Même si on entend bien qu’il faut faire un registre d’accessibilité mis à disposition dans chaque lieu public, dans les lieux où je me rends, un responsable sur dix me dit : « Il est là » et neuf autres me demandent de quoi il s’agit. Dès lors, ceux qui souhaitent vraiment le faire nous pose des questions pour savoir comment s’y prendre… mais cela repose toujours sur du contact individuel et nous n’avons pas les moyens de mener une action importante pour contacter tous les responsables de lieux touristiques un à un. Nous agissons donc petit à petit, en semant au fur et à mesure. D’autant plus que les moyens sont de plus en plus restreints rendant les choses de plus en plus compliquées.

J’ai l’impression nette qu’il y a eu un engouement pour faire de l’accessibilité du tourisme et des loisirs accessibles entre 2005 et 2015 – peut-être par rapport à la loi. On en a beaucoup parlé, ce qui ne veut pas dire que les choses ont été faites, puisqu’il a fallu créer les Ad’AP et pas seulement dans le secteur du tourisme. Ensuite le soufflet de l’engouement est retombé… Après c’est aussi à nous de continuer à convaincre les professionnels qu’il existe une clientèle. Sur ce point, la Direction Générale des Entreprises a commandité une nouvelle étude sur les hôtels-restaurants de cinquième catégorie (petits établissements), secteur où l’on a beaucoup de mal à faire évoluer la marque Tourisme et handicap. Nous constatons un engouement pour améliorer l’accessibilité sur les meublés de tourisme, notamment les chambres d’hôte, ce qui est étonnant car ces structures ne sont pas des ERP et ne sont donc pas contraintes à la réglementation, et pourtant elles font beaucoup d’efforts pour pouvoir obtenir la marque Tourisme et handicap.

Par contre, un grand nombre de chaînes hôtelières sont très en retard. C’est parfois incroyable de constater de tels non-aménagements, y compris non-réglementaires pour l’ensemble du public…

Cette étude de la DGE a donc pour but de nous apporter des éléments, notamment sur l’aspect business, pour les convaincre de l’intérêt de l’accessibilité.

Certaines structures évoquent un manque de moyens…
Effectivement… mais j’ai régulièrement vu des responsables d’hôtels faire des travaux de rénovation, mettre en place des aménagements au fur et mesure, car tous les ans chaque établissement doit évidemment entretenir ses locaux un minimum. Certains en profitent pour instaurer progressivement une meilleure accessibilité… Mais d’autres n’ont rien fait depuis des années, ni travaux de mise en accessibilité, ni travaux d’entretien basiques pour maintenir une qualité d’accueil correcte. C’est un peu étonnant d’avoir oublié que la clientèle évolue et que ses demandes – qu’il s’agisse ou non de personnes ne situation de handicap – sont importantes à prendre en compte.
Par exemple, il y a quelques années, avoir du wifi dans une chambre d’hôtel était compliqué, et c’est encore compliqué parfois… alors que cela devrait être naturel. Les étrangers qui séjournent dans un hôtel en France ne comprennent pas toujours que ce ne soit pas une évidence. C’est l’une des choses demandées par l’ensemble des clientèles.

Quel état des lieux faîtes-vous du tourisme et des loisirs accessibles aujourd’hui en France ?
Ce qui m’inquiète aujourd’hui c’est l’horizon 2023-2024, avec l’organisation de la Coupe du monde de Rugby et des Jeux Olympiques et Paralympiques. Cela ne concerne pas que Paris. Il y aura aussi des épreuves organisées dans d’autres villes françaises. Pour certaines, si rien n’est fait aujourd’hui, comment allons-nous accueillir les visiteurs ? Je ne parle pas des sportifs et de leurs encadrants qui sont généralement bien pris en charge. Mais si on veut attirer comme à Londres une vraie clientèle de personnes en situation de handicap avec leurs familles, leurs accompagnants, et qu’elles puissent profiter de leur environnement en dehors des épreuves sportives, il va vraiment falloir que les choses bougent. D’autant plus qu’il y a là un vrai potentiel à saisir.

Le CRT Île-de-France a dévoilé fin novembre 2018 une étude de satisfaction des clientèles avec un volet dédié à l’accessibilité. Cette étude à notamment été réalisée dans les gares et aéroports, et elle a été orientée plus particulièrement vers les personnes en situation de handicap moteur, et il en est ressorti que globalement les personnes en situation de handicap restaient un peu plus longtemps que les autres et dépensaient un peu plus durant leur séjour. Concernant les critiques émises, on retrouve très souvent les problèmes de voirie, de trottoirs insuffisamment accessibles, de transports pas toujours adaptés… Pour ses prochaines études du même type, le CRT IDF va petit à petit affiner ses questions et y inclure davantage les autres familles de handicap.

Mon état des lieux est donc mitigé. D’un côté on a des acteurs du tourisme qui nous aident beaucoup et qui petit à petit font avancer les choses et s’impliquent, cela tient souvent à une personne, c’est-à-dire que si dans la structure on trouve quelqu’un qui se motive, automatiquement cela motive l’ensemble de la structure… et d’un autre côté si on ne trouve pas cette personne, on a du mal à faire avancer l’accessibilité du lieu. C’est avant tout un problème de mentalité avec encore beaucoup de professionnels qui ne voient pas l’intérêt de cette population avec des besoins spécifiques, y compris les seniors.

Où en sommes-nous aujourd’hui concernant les attributions de la marque Tourisme et Handicap ?
On évolue petit à petit avec les difficultés, que j’ai évoquées précédemment, pour trouver des interlocuteurs et les motiver. Ce qui est tout de même très positif pour nous, c’est que nous arrivons à faire évoluer chaque année de plusieurs points les labellisations sur les quatre familles de handicap. Rappelons qu’une structure peut obtenir la marque sur deux familles de handicap au départ, mais que l’objectif reste de l’obtenir sur les quatre familles. Aujourd’hui, 18 ans après sa création en 2001, environ 5500 structures bénéficient de la marque Tourisme et Handicap. Parmi elles, 50% l’ont obtenu pour les quatre types de handicap, alors que l’année dernière on en comptait 44%.

Et pour la reconnaissance Destination pour tous ?
C’est plus compliqué car la démarche d’obtention reste très longue et complexe, sachant qu’on prend en compte la voierie, les commerces, les transports locaux… On ne peut pas obtenir cette reconnaissance en un temps record.
Toutefois, la Direction Générale des Entreprises (DGE) est en contact avec une dizaine de villes potentiellement candidates. L’idéal serait que chacune des villes concernées par les JO de 2024 se lancent.
Actuellement parmi les villes qui disposent de la reconnaissance Destination pour tous, il y a Bordeaux, Balaruc-les-Bains et Amiens. La ville de Bordeaux, qui a obtenu la reconnaissance en 2014 – l’année où elle a été lancée – prépare actuellement son renouvellement, qui comme la marque Tourisme et Handicap, doit se faire tous les 5 ans.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Je pense qu’il faut garder la motivation, notre envie de faire évoluer les choses, et ne surtout pas baisser les bras à l’approche des grands événements à venir en France (Coupe du monde de Rugby en 2023 et JO 2024). Rappelons aussi que le tourisme est une économie très importante, non délocalisable et indispensable pour la France.

Plus d’infos sur le tourisme et les loisirs accessibles : http://tourisme-handicaps.org/

En photo : Annette Masson, présidente de l’association Tourisme et Handicaps.

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