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Stress : sommes-nous tous concernés ?

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Le stress est un état que l’on peut confondre avec d’autres sensations négatives comme l’angoisse ou l’anxiété. Si les conséquences pour les individus qui en souffrent sont la plupart du temps négatives et pénibles, il est nécessaire de bien distinguer ces états psychologiques car leurs causes sont différentes. Il convient aussi de bien distinguer le ressenti afin d’apprécier au mieux ce qu’il convient de faire pour les traiter. Catherine Granaux, psychologue clinicienne, Titulaire du DESS et du DEA de psychologie clinique à Paris, nous explique le fonctionnement de ces manifestations et leurs conséquences sur la vie professionnelle.

 

Quelles sont les caractéristiques du stress, de l’angoisse et de l’anxiété ?

 

Ce sont trois états très différents même s’ils peuvent se confondre de par le mal-être qu’ils procurent aux personnes qui en souffrent.  Le stress est le terme le plus généralement utilisé pour désigner ces manifestations, mais voyons ce qui les distingue.

 

Le stress au travail est le plus souvent généré lorsque l’individu fait face à une situation répétitive, durable, dont il connait les causes mais qu’il ne peut pas combattre et face à laquelle il ne trouve pas de réponse autre que la passivité ou l’hyperactivité, toutes deux inadaptées. Pour l’individu, cela peut se traduire par des troubles psychosomatiques qui entraînent un désordre corporel ou des maladies de type ulcère de l’estomac, infarctus du myocarde, réactions cutanées, urticaire, eczéma, nervosité chronique, agressivité, addiction alimentaire ou à l’alcool et enfin prise d’anxiolytiques. Ces derniers points sont d’ailleurs communs à tous les états de mal-être. 

 

L’angoisse est un phénomène différent. L’individu se sent mal mais ne connaît pas la cause de ce mal-être. Il est incapable de mettre des mots dessus, il n’arrive pas à le définir et l’on pourrait dire qu’il fait face à un danger virtuel ou à un malaise sans objet. L’angoisse est un état qui normalement permet de traiter les situations nouvelles, inconnues et qui met l’esprit en état d’alerte en favorisant ses capacités d’apprentissage, voire de changements de niveaux d’apprentissage.

Le terme d’angoisse décrit l’état de malaise physique et psychique lié à la perception d’un danger imminent, tandis que le terme d’anxiété fait plutôt référence aux troubles psychiques de cette attitude d’alerte, troubles s’accompagnant fréquemment de perturbations physiques.

 

L’inquiétude – ou l’anxiété – est un vécu extrêmement fréquent que nous connaissons tous plus ou moins. L’anxiété est anormale lorsqu’elle empêche la personne de mener librement sa vie, lorsqu’elle devient un handicap. Elle doit alors être traitée.
Les médecins emploient le terme de troubles anxieux pour désigner des manifestations dominées par l’anxiété, la peur, l’inquiétude, le désarroi profond ou bien des comportements destinés à éviter des situations angoissantes (comportements d’évitement) ou des rituels excessifs nécessaires pour calmer une angoisse.

Les médecins distinguent six troubles anxieux différents :
    * l’anxiété généralisée est une anxiété chronique, c’est à dire qu’elle dure depuis des mois ou des années
    * le trouble panique où l’anxiété se manifeste par des crises aiguës d’angoisse.
    * le trouble obsessionnel compulsif (TOC) où la personne est obligée de faire un rituel (compulsif) afin de chasser une pensée angoissante (obsessionnelle).
    * la phobie sociale (phobie = crainte) est la peur d’être observé et jugé négativement.

 

Pour en revenir au stress dans le monde du travail, quelles sont ses conséquences pour la vie de l’entreprise et de l’individu ?

Le plus souvent, cela se traduit par de l’absentéisme, mais cela peut aussi se manifester par du masochisme moral (désir inconscient d’être puni) au cours duquel, l’individu ne peut plus supporter ses responsabilités professionnelles et lâche prise. Cette situation entraine souvent un licenciement de la personne ou sa démission qui peut précéder ou suivre une dépression nerveuse.  

La réaction généralement constatée est la fuite ou l’évitement car l’individu ne trouve pas de réponse adaptée face à quelque chose qui le dépasse totalement.

Mais le stress peut aussi être la conséquence d’une réaction trop forte face à la dépression, un refus de se sentir mort psychiquement qui se traduit alors souvent par l’hyperactivité. L’individu veut ainsi se donner l’impression de pouvoir agir dans une fuite en avant.

 

Qu’est-ce qui, selon vous, génère du stress en entreprise ?

L’entreprise est le plus souvent un lieu où tous les facteurs de pression se cumulent et ceci est encore plus vrai aujourd’hui, avec la crise et la précarité du travail.
Il peut exister en plus des situations de harcèlement moral qui ont pour objectif de faire démissionner les employés les plus anciens qui coûtent le plus à l’entreprise en cas de licenciement. Les cadences et l’impériosité du temps s’ajoutent aussi, car tout doit être bien fait et très rapidement. Personne n’a plus la possibilité de prendre du temps et les individus peuvent facilement se sentir persécutés et se dévaloriser de jour en jour.

L’autre aspect important, c’est la continuité du lien qui existe entre l’individu et son entreprise principalement du fait des téléphones portables et d’internet, ce qui fragilise les limites entre vie professionnelle et vie personnelle.

Nous voyons aussi une disparition significative de la solidarité, c’est « chacun pour soi » et pire encore, certaines personnes profitent de la situation pour porter des coups bas à leurs collègues de travail pour conserver leur place. Notre société cherche à la fois par des messages paradoxaux à supprimer les effets de violence pure et en même temps, impose des formes féroces de compétitivité.

Mais le stress peut aussi être causé – et de manière insidieuse – par de nombreuses situations externes à l’entreprise. C’est ce que provoque notre société de consommation qui nous fait penser que l’on doit posséder telle ou telle chose sans laquelle nous ne serions pas dignes d’intérêt. Cette pression s’exerce aussi sur les parents par le biais des enfants, très sujets aux effets de mode. Ne pas avoir voyagé ou ne pas maîtriser l’informatique sont aussi des exemples de situation qui, dans certains contextes peuvent être oppressantes. Parallèlement, la société nous demande d’être toujours plus rapides et plus disponibles. Il n’y a plus de place pour le désir car tout doit arriver tout de suite et, dans l’entreprise, on retrouve ces exigences auxquelles s’ajoutent souvent la répétition des tâches.

Tout cela génère chez les individus un manque d’assurance qui s’accompagne souvent d’une absence de reconnaissance. La précarité du travail, avec la surabondance de CDD et de missions d’intérim et les multiples exclusions liées à l’âge ou à la différence, contribuent largement à la naissance du stress. Il devient presque impossible de se projeter dans l’avenir en comptant sur des ressources en progression, pour ne pas dire uniquement stables.

 

Pensez-vous que la ville génère plus de stress ?

La ville est plus soumise à l’accélération du temps. Dans les campagnes, les gens prennent plus le temps de vivre, mais ils sont confrontés à d’autres types de stress qui sont, notamment pour les agriculteurs et les cultivateurs, le climat ou l’effondrement des cours alors même qu’ils sont couverts de dettes. Dans les villes, le stress est majoré par la foule, les transports, le bruit et la pollution.

 

Quels sont les professions les plus exposées ?

Je pense immédiatement aux gardiens de prison qui vivent dans le risque quotidien, dans un contexte oppressant et dont le métier n’est pas valorisé. C’est aussi le cas pour les transporteurs de fonds. Mais les professeurs sont également très exposés, tout comme les chirurgiens qui ont certes un pouvoir tout puissant mais dont la moindre erreur peut être fatale pour le patient. Les hôtesses de caisse sont aussi soumises à un très gros stress du fait des cadences, du bruit permanent, de la répétitivité, de l’agressivité de certains clients, et de l’irrégularité des horaires et d’un manque de valorisation. Ce ne sont là que quelques exemples et la liste est longue.

Les responsables d’entreprises ne sont pas épargnés car ils n’ont pas d’horaires et sont soumis à la pression du chiffre d’affaires. Ils ont toutefois une compensation financière si l’entreprise marche bien.

 

Pensez-vous que le stress dans notre société soit inéluctable ?

Notre société réagit aujourd’hui à la « malbouffe » comme aux menaces issues de la pollution et du gaspillage ; elle saura peut-être un jour réagir face à la montée en puissance du stress dans toutes les couches de la population. La prévention passe par de nouveaux reflexes et cela doit s’apprendre dans les écoles comme le fait de bien se nourrir, de trier les déchets, de respecter l’environnement et de ne pas gaspiller les ressources naturelles. De même, connaître et prévenir le stress pourraient être enseignés dans les établissements scolaires.

 

Comment combattre le stress ?

Avec la psychologie, nous pouvons aider tous les individus à lutter contre le stress, notamment en évitant les excès de toutes sortes ou les interprétations erronées de situation personnelles et professionnelles comme le surinvestissement au travail. C’est le cas de certaines femmes qui imitent les hommes dans les métiers machistes alors qu’il faudrait qu’elles adoptent un mode qui correspond plus au genre féminin. Les gens ne font pas assez appel aux psychologues qui peuvent répondre à toutes demandes, même en amont des situations de crise et pour des aspects moins importants.

Lorsque nous voyons les gens, il est déjà très tard et il est plus difficile de remédier à la situation.

Nous recevons des personnes qui vivent un « burn out », c’est-à-dire un épuisement professionnel extrême qui peut terrasser l’individu. Cela peut se traduire par de multiples symptômes. Nous trouvons un excès de stress chez les personnes qui ont un engagement relationnel important. C’est le cas dans le milieu médical, dans les services où il y a des pathologies très lourdes et des décès réguliers. C’est aussi fréquent dans les maisons de retraites où le personnel est confronté à la mort et à la morbidité et où le turn over est très important.  

Notre société manque de lieux pour s’exprimer et dans les secteurs professionnels difficiles, il n’y a pas le soutien psychologique qui me paraît pourtant être une nécessité.

 

Propos recueillis par JMMC

 

 

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