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Stef Binon : Rencontre avec une artiste du one woman sit-up show

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Stef Binon : Rencontre avec une artiste du one woman sit-up show
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Stef Binon : « Quoi qu’il arrive, il faut être acteur de sa vie »

Artiste du one woman sit-up show, Stef Binon a fait ses grands débuts sur scène en juin 2019. En situation de handicap depuis plus de 30 ans suite à un accident, son métier lui permet de prendre davantage confiance en elle, de raconter des anecdotes de sa vie en toute sérénité, tout en étant épanouie par son quotidien malgré la situation sanitaire qui frappe tout le pays. Mariée et maman d’une petite fille de 11 ans et passionnée par son métier, Stef a tout de même surmonté des périodes très difficiles qui ont énormément joué sur son moral et sur sa situation professionnelle. Elle nous parle de son métier et de ses spectacles. 

Pourriez-vous vous présenter ?

Stef Binon : Je suis artiste dans le spectacle et je fais plus précisément du one woman sit-up show. Expatriée belge, j’habite dans le sud de la France depuis bientôt 10 ans. J’ai également un blog depuis 6 ans, sur lequel je raconte tout sur moi, sur mon métier. Avant de me lancer dans le one woman sit-up show, j’ai commencé en racontant ma vie de manière décalée et humoristique. Au quotidien je m’occupe de ma fille, j’essaye également de m’occuper de moi et d’être créative sur mes réseaux. J’écris aussi régulièrement pour essayer de renouveler le spectacle de temps en temps. D’autre part, je fais des vidéos un peu décalées et humoristiques sur les réseaux.

Pourquoi avoir choisi le one woman sit-up show ?

Stef Binon : Tout a commencé par le théâtre lorsque j’étais dans une troupe d’amateurs pour une durée de deux ans. La dernière année, on a créé une pièce et j’avais un rôle un peu « extérieur » par rapport à la troupe. C’est-à-dire que j’étais un peu le narrateur de ce qui se passait sur scène et j’avais un contact avec le public qui était direct. Au final, je me suis rendu compte que j’adorais cette relation qui était vraiment devenue personnelle. Je riais, je jouais et j’interagissais avec eux. Je commençais à avoir envie de raconter différentes anecdotes que j’évoquais déjà sur mon blog. Après avoir bien discuté de tout cela avec mon mari et ma professeure de théâtre, je me suis dit pourquoi pas. Et effectivement, on a commencé à travailler tout cela en juin 2018. Et en juin 2019, j’ai fait mon premier one woman sit-up show sur scène.

En quoi consistent vos spectacles ?

Stef Binon : Le projet du spectacle en soi est centré sur le one woman sit-up show mais ce n’est pas du tout le même fonctionnement puisque je ne peux pas faire du stand-up. C’est avant tout un spectacle monté et créé pour être tonique et simple. Dans la pièce, on a affaire à une femme qui raconte avec différents accessoires ou principalement avec son téléphone, des anecdotes de vie qui pourraient arriver à n’importe quelle femme de son âge.

Je commence par interpeller les gens parce que, forcément, il y a quand même le handicap qui arrive quelque part, puisqu’il fait partie de moi. Sur l’ensemble de mes sketchs, je parle d’une engueulade sur un parking avec une personne qui est également en situation de handicap, je parle aussi de mes copines, des garçons que j’ai eu dans ma vie, de mon rôle en tant que maman, de la chirurgie esthétique… L’objectif est vraiment de commencer à réfléchir à toutes ces questions qu’on peut se poser.

Puis à partir de ce moment-là, j’interpelle les personnes du public. Le thème principal du spectacle n’est absolument pas le handicap et c’est justement ça qui est intéressant : une femme qui vient dévoiler des anecdotes sur sa vie tout à fait ordinaire. Des faits qui pourraient arriver à n’importe qui, sauf que le handicap rend les personnes un petit peu plus extraordinaires.

Stef Binon, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

Stef Binon : Être en contact avec le public, c’est évident, et c’est justement ça qui est difficile aujourd’hui. On m’a déjà proposé de jouer dans des sketches ou d’aller faire une partie du one woman show sur scène sans spectateurs, mais pour moi ce n’était pas possible. Les personnes qui viennent me voir, principalement, ne sont principalement pas en situation de handicap. Elles savent par avance que je le suis moi-même et c’est justement ça qui est génial.

Mon but reste avant tout le même : j’essaie de leur faire comprendre certaines choses sous un ton vraiment humoristique et décalé, sans les mettre en jugement ou les critiquer, puisqu’on veut leur faire comprendre qu’on vit la même chose qu’eux. Le plus intéressant dans tout ça, c’est de voir la réaction du public par rapport à la personne qui est là, en situation de handicap et qui ne l’imaginait pas du tout sur une scène de spectacle. L’essence même de cette mise en scène est vraiment de trouver une synergie des gens et de trouver une manière de monter sur scène. Enfin, dès que je suis sur scène, je me mets en situation et c’est assez drôle parce que tout de suite ça casse le truc. Il n’y a pas de froid et c’est une manière de se rapprocher encore plus du public et de se donner un avant-goût du spectacle.

Qu’en est-il de l’organisation de vos spectacles ?

Stef Binon : La dernière fois que j’ai joué un spectacle en entier, c’était en février 2020 donc juste avant le début de la pandémie. J’avais pas mal de spectacles programmés mais toutes les représentations ont été annulées. Parmi les inconvénients qui me viennent à l’esprit, il y a le fait de ne pas trouver d’endroits adaptés pour jouer parce qu’il faut quand même que le lieu soit un minimum accessible. Même si la scène n’est pas accessible, si on ne peut pas rentrer dans le théâtre, moi ou les autres personnes en situation de handicap, c’est une réelle problématique.

Effectivement, la majorité des personnes qui viennent me voir ne sont pas spécialement en fauteuil roulant et c’est primordial pour elles de pouvoir rentrer dans le spectacle. C’est sûr que c’est plus compliqué de jouer dans de toutes petites salles, puisque cela restreint les options et qu’il n’y a pas toujours assez d’espace. Donc tout cela demande beaucoup d’organisation puisqu’on essaye tant bien que mal de trouver des scènes qui soient accessibles à tous. Néanmoins, j’ai eu la chance de pouvoir faire mes spectacles dans différents endroits tels que les médiathèques, les salles pour les associations théâtrales… je n’ai jamais joué dans des endroits qui soient spécifiquement liés au handicap. Cette chance m’a donné une vraie occasion de m’ouvrir au monde extérieur et de voyager un petit peu partout, mais je reste bien évidemment ouverte à tout.

Concernant les voyages, je me déplace toujours avec mon mari puisque c’est lui qui s’occupe de la sonorisation, de l’éclairage, de la musique etc. En revanche, il arrive quelquefois qu’un régisseur soit déjà présent sur les lieux pour s’occuper de la technique du spectacle. Auquel cas, mon mari n’est pas obligé d’être présent mais quoi qu’il en soit, je ne me déplace jamais seule car c’est physiquement impossible pour moi. C’est là que le handicap pose problème parce qu’effectivement, je ne peux pas voyager totalement seule. Bien évidemment, il y a une prise de contact bien avant, parce que je n’arrive pas dans un lieu sans m’être renseignée à l’avance. Je demande régulièrement des photos pour avoir un meilleur aperçu de la pièce, mais de toute façon, n’importe quel artiste qui se déplace dans une salle travail avec un effectif technique qui s’occupe de tout ça.

Comment vivez-vous votre handicap au quotidien ?

Stef Binon : Je vis très bien avec mon handicap. Cela fait maintenant 31 ans que j’ai eu mon accident et c’est quelque chose qui fait évidemment partie de moi et avec quoi je dois vivre. Alors je ne parle jamais d’acceptation parce que je ne pense pas qu’on puisse accepter de se retrouver du jour au lendemain sur un fauteuil roulant. En revanche, on vit très bien avec, c’est juste une question d’organisation : il faut tout simplement tout prévoir.

Ce qu’il y a de plus compliqué avec le handicap, c’est que rien n’est possible si on n’est pas un minimum prévoyant et si on n’anticipe pas les choses. À partir du moment où on n’anticipe pas, on peut faire en sorte que ça se passe bien. De plus, il ne faut surtout pas hésiter à demander de l’aide si on se retrouve face à un obstacle. Il ne faut pas reculer, au contraire il est même préférable d’interpeller les gens pour qu’ils viennent nous aider. Si tout est fait dans la joie et la bonne humeur, généralement ça se passe très bien. Je pense qu’il faut que chacun soit ouvert et s’adapte aux autres.

Maintenant, je ne dis pas qu’on ne doit rien faire pour l’accessibilité. Je dis simplement qu’il ne faut pas s’empêcher de vivre non plus pour autant. Il faut rester avant tout ouvert aux solutions qu’on nous offre. Donc forcément, cela fait partie de mon organisation et de ma situation. Je n’ai pas à me morfondre là-dessus puisque je sais que c’est comme ça. Je sais qu’il me faudra plus de temps pour me préparer mais c’est un rythme de vie tout à fait adaptable.

Quelle est votre situation depuis l’arrivée du Covid-19 ?

Stef Binon : J’ai eu plusieurs phases comme beaucoup de personnes. Une première phase où je voyais les spectacles s’annuler les uns après les autres. J’ai eu une deuxième phase où j’étais en pleine réflexion avec moi-même en me demandant quand est-ce que ça allait redémarrer. Puis j’ai eu cette phase à être très inquiète de la situation et du futur. Ce qui est très difficile à vivre, pour tout le monde, je trouve, c’est qu’on est dans l’incertitude et qu’on n’a aucune visibilité sur ce qui va se passer et sur ce qui pourrait arriver ou non.

J’ai également eu une période où j’ai eu très peur pour ma santé. Je me suis interrogée, sur ce qui pourrait m’arriver si j’attrapais le Covid. Je m’étais mis énormément la pression, mais après mûre réflexion, je me suis dit que ce n’était finalement pas si terrible que ça, mais je finissais tout de même par replonger dans l’inquiétude. J’ai peur pour mes proches, j’ai peur pour mon métier, j’ai peur de ne plus y arriver, de perdre la mémoire, donc c’est très difficile aussi après un an à ne plus avoir joué. On a l’impression d’avoir tout oublié et de se sentir minable.

Aujourd’hui, on est passé à ce basculement psychologique en se disant qu’on ne maîtrise pas le virus et qu’on a aucune emprise dessus. En fin de compte, je savais que je n’y étais pour rien et que si je ne produisais pas ce n’était pas grave. Même si j’avais peur de me sentir oubliée, j’ai arrêté de me mettre la pression et je me suis mise à produire des vidéos et à créer du contenu pour prouver aux personnes qui me suivent que j’existais encore. Malheureusement, pour nous les artistes, ça reste très compliqué de créer dans un environnement anxiogène tel qu’on l’a actuellement. Nous, notre cœur de métier c’est de rire, de dédramatiser les choses. De mon côté, j’essaye tout de même de me nourrir de souvenirs afin de mieux vivre mon quotidien.

Stef Binon, souhaitez-vous faire passer un message ?

Stef Binon : Habituellement, je dis toujours aux personnes qui me suivent que quoi qu’il arrive, il faut être acteur de sa vie. On n’a pas à s’empêcher de vivre, on n’a pas à avoir peur d’être artiste de sa vie, ni d’avancer tout en restant positif. Quoi qu’il arrive, on doit toujours aller de l’avant, en le faisant avec le sourire.

Pour en savoir plus sur Stef Binon, rendez-vous sur son blog : https://www.stef-binon.fr/ 

Propos recueillis par Robin Hubert

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Journaliste pour le magazine papier « Handirect » et son site internet www.handirect.fr, je rédige actuellement des articles sur tout ce qui touche de près ou de loin au handicap. L’objectif étant aussi bien de sensibiliser le public non initié que d’apporter des informations pratiques aux personnes directement concernées. Cela comprend plus particulièrement : - Le handicap en tant que tel qu’il soit permanent ou temporaire, visible ou invisible, qu’il touche des adultes ou des enfants, et quelle que soit sa forme ou sa nature : handicap moteur, déficience visuelle ou auditive, handicap psychique, intellectuel ou cognitif, autisme, polyhandicap. Cela inclut aussi toutes les situations de handicap au sens large, telles que les problèmes de santé, la douleur, les conséquences ou séquelles d’une maladie, les effets de l’évolution en âge… - L’accessibilité appliquée à tous les domaines de la vie quotidienne pour une personne en situation de handicap : l’école, les lieux publics, les soins médicaux, la culture, le tourisme et les loisirs, la vie sociale, intime, et professionnelle. - Les aidants et proches des personnes en situation de handicap : les difficultés qu’ils rencontrent, les différents lieux et acteurs auprès desquels ils peuvent trouver un soutien, le répit, leur rôle indispensable dans la société, leurs revendications et les évolutions juridiques les concernant. - Des interviews et portraits de personnalités Outre ces articles de nature pratique, je réalise également des interviews et portraits destinés avant tout à mettre en valeur des personnalités, des parcours, des initiatives, des situations, des manières de vivre… qui à mon sens méritent d’être mieux connues et/ou partagées avec le plus grand nombre. Auparavant correspondante pour le quotidien régional « Le Progrès », et journaliste au sein du magazine papier et internet « Le Journal de l’Emploi Rhône-Alpes », j’ai par ailleurs une sensibilité particulière aux thèmes de l’emploi, la formation et l’insertion professionnelle, des éléments primordiaux pour faciliter l’intégration de chacun dans la société, et souvent à plus forte raison pour des personnes en situation de handicap.

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