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Sport adapté aux Jeux Paralympiques : Six sportifs français qualifiés

À l’approche des Jeux Paralympiques de Tokyo, nous avons interviewé Marc Truffaut, président de la FFSA, et président de la Fédération internationale du sport adapté, au sujet de cet événement et de la pratique du sport adapté.

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Marc Truffaut, président de la FFSA, et président de la Fédération internationale du sport adapté, évoque les prochains Jeux Paralympiques et la pratique du sport adapté.

Lors des Jeux paralympiques de Tokyo, qui se dérouleront du 24 août au 5 septembre, les sportifs de deux fédérations distinctes seront en compétition : ceux de la Fédération Française Handisport (FFH), et ceux de la Fédération Française de Sport Adapté (FFSA). C’est sûr cette dernière que nous nous sommes penchés avec Marc Truffaut, président de la FFSA, et président de la Fédération internationale du sport adapté. En catégorie sport adapté, six sportifs français sont qualifiés pour les Jeux Paralympiques de Tokyo.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis président de la Fédération Française de Sport Adapté (FFSA). Je suis également président de la Fédération internationale du sport adapté qui s’appelle Virtus. Professionnellement, après avoir été éduc sportif, je suis directeur d’un établissement, un foyer de vie à Châlons-en-Champagne.

Le sport adapté, qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord il faut savoir qu’en France, il y a 2 fédérations qui ont la délégation pour l’organisation des pratiques sportives pour les personnes en situation de handicap. Celle qui est la plus connue, la Fédération Française Handisport, concerne le handicap physique. Et il y a une deuxième fédération, c’est nous, la FFSA – Fédération Française de Sport Adapté – où nous avons la délégation pour l’organisation du sport pour les personnes en situation de handicap mental et handicap psychique.

Qui peut le pratiquer ?

Le sport adapté est ouvert à toute personne qui a une reconnaissance de son handicap mental ou psychique. En pratique, il arrive parfois que les gens n’aient pas de reconnaissance. Quand c’est le cas, que les personnes concernées ne sont pas suivies par un établissement du médico-social ou pris en charge pour un handicap, il faut faire un passage chez le médecin et remplir un petit dossier pour vérifier l’éligibilité. Pour être éligible, il faut être impacté dans les domaines de la vie de tous les jours. Cela passe par la communication, la motricité, la socialisation ou encore les apprentissages. Le médecin atteste qu’un handicap mental ou psychique impacte la vie quotidienne et permet ainsi la pratique du sport adapté. Cette démarche s’adresse aux personnes qui n’auraient jamais été suivies par qui que ce soit. Dès l’instant où un suivi a déjà été fait, cela veut dire que la personne est passée en MDPH et n’a pas besoin de remplir ce dossier.

Quels sont les types de sports représentés ?

Nous avons plusieurs secteurs de pratique. Il y a les activités motrices jusqu’au sport de haut niveau ; le sport adapté pour les jeunes de moins de 21 ans, avec un programme loisir et un programme compétitif. Après, on a les défis du sport adapté, qui font partie des sports de loisirs. Et puis, on a une vingtaine de disciplines en compétition, pour lesquelles on organise les compétitions du niveau départemental jusqu’au niveau national. Et nous avons, tous les ans, 30 championnats de France qui sont organisés. Nous avons des disciplines qui sont reconnues de haut niveau par le ministère des sports, parmi lesquelles l’athlétisme, la natation, le tennis de table, le basket, le football, le cyclisme, le ski alpin, le ski nordique et, on espère bientôt le tennis.

Qu’est-ce qui est prévu pour ces sportifs de haut niveau ?

Quand les sportifs sont reconnus de haut niveau, des équipes de France sont mises en place avec des préparations. Nous avons des pôles France dans différents Creps, où les sportifs viennent s’entraîner et se préparer.

Ils sont reconnus comme n’importe quel autre sportif de haut niveau et sont inscrits sur une liste ministérielle. Ils peuvent participer à des championnats d’Europe, des championnats du monde, des jeux mondiaux et aux Jeux paralympiques. Le sport adapté est présent aux Jeux paralympiques sur quelques disciplines : quatre épreuves en en athlétisme, quatre en natation et une en tennis de table.

À l’échelle internationale, on a le côté Jeux paralympiques, avec ces trois disciplines, puis, au niveau de la Fédération internationale, avec Virtus, on va retrouver toutes les disciplines sportives, avec en point d’orgue les « Global Games » qui sont les jeux mondiaux. C’est le plus gros rassemblement de sportif de haut niveau atteints de déficience intellectuelle. Les prochains Global Games seront d’ailleurs organisés en France, à Vichy, en 2023, par la FFSA. Les précédents avaient eu lieu en Australie.

Les Global Games représentent donc l’événement majeur du sport adapté, même plus peut être que les Jeux paralympiques ?

Effectivement, même s’il y a une plus grande médiatisation pour les Jeux paralympiques. Mais les paralympiques revêtent tout de même une importance particulière. Là on se prépare pour Tokyo et nous avons pour l’instant 6 sportifs qualifiés, ce qui est très peu au regard des 130 sportifs de haut niveau inscrits à la fédération, et qui eux vont sur les compétitions internationales.

Tous les sports sont-ils adaptables ou est-ce que c’est très réglementé ?

C’est la délégation qui met en place la réglementation, le but étant d’adapter la discipline et le règlement afin qu’ils puissent être accessibles. Il y a différents niveaux de pratique dans chaque sport et donc nous adaptons les règlements pour que chaque personne puisse pratiquer en toute sécurité.

D’accord donc pour un responsable de club qui voudrait ouvrir une section sport adapté, il doit contacter la Fédération ?

Voilà. Nous avons une démarche très ouverte vers les clubs dits ordinaires, puisque c’est vrai qu’il y a les clubs ordinaires et les clubs extraordinaires, qui sont ceux du sport adapté. Nous avons simplifié au maximum la possibilité de création de section puisque cela n’a aucun coût en termes de prise de licence pour les dirigeants du club qui s’affilient. La seule chose que l’on demande, c’est un engagement, à modifier les statuts et à mettre la pratique du sport adapté dans la discipline dans les statuts, et de les changer à l’Assemblée générale qui suit. Donc on a facilité les choses au maximum du point de vue des associations. Pour les sportifs, on simplifie aussi car la licence sport adapté est multisports et multi-clubs : nous sommes la seule fédération à proposer cela.

Donc pour une personne qui veut faire du sport adapté, il suffit d’une licence, dès lors il peut toquer à la porte de n’importe quel club ?

C’est cela ! Alors après il y a l’adhésion au club, c’est autre chose, mais le sportif n’aura pas besoin de repayer de licence fédérale.

Pour les personnes qui souhaitent se renseigner, il y a différents outils, à commencer par notre site internet qui recense les clubs affiliés. Ensuite, il faut se rapprocher des comités départementaux sport adapté. Il y en a dans chaque département, et eux sont à même soit d’identifier le club qui peut déjà recevoir un sportif, soit d’accompagner les clubs qui souhaiteraient s’affilier.

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur les activités de la FFSA ?

Nous prenons les conséquences de la crise vraiment de pleine face avec une diminution de 70 % des pratiquants. Cela s’explique tout simplement par le fait que la plupart sont en établissement médico-social et que les consignes étaient de ne pas faire de brassage, de ne pas sortir de l’établissement. Du coup ils ont pratiqué mais sans forcément s’affilier. Avant le COVID nous étions à 65 000 licenciés avec environ 1300 clubs. Des chiffres en progression sur les affiliations de section de clubs ordinaires qui créent des section sport adapté, ce qui était plutôt bon signe et répond à une demande de proximité. Cela permet aussi de proposer une offre à différents endroits de la France.

Quelle sera la place du sport adapté lors des Jeux Paralympiques de Tokyo ? Pouvez-vous nous citer les disciplines dans lesquelles les sportifs français seront en compétition ?

Il y a aujourd’hui 6 sportifs français qualifiés en sport adapté : deux pongistes, trois athlètes et un nageur, avec des espoirs de médailles

En tennis de table, il y a Lucas Créange, c’est l’un des favoris du tournoi masculin ; et Léa Ferney, qui vient de gagner le tournoi de qualification. En athlétisme, on retrouve Gloria Agblemagnon, qui a terminé 3e au dernier championnat du monde et qui détient la 2e perf mondiale pour l’instant ; Charles Antoine Kouacou sur le 400 m qui lui, également, fait partie des meilleurs mondiaux et détient la 5e performance mondiale actuelle ; et Gaël Geffroy sur l’épreuve du 1500 m. En natation, Nathan Maillet évoluera sur les épreuves de 100 m dos et 200 m nage libre.

Rappelons que le sport adapté avait été exclu des Jeux paralympiques en 2000, après qu’une équipe espagnole ait triché au basket – avec des joueurs qui n’étaient pas tous déficients intellectuels. Le sport adapté est revenu au Jeux en 2012 et nous sommes revenus de cette édition avec une médaille de bronze au tennis de table. C’est très encourageant. Cela a donné un peu de lisibilité à la fédération et donné envie de venir à de nouveaux pratiquants. On fondait beaucoup d’espoir sur Rio et ça s’est joué à pas grand-chose, mais c’est ça le sport et donc on n’a pas eu de médaille, mais là on espère vraiment pouvoir en reconquérir.

Justement, avez-vous des ambitions particulières pour ces Jeux ?

Oui, nous espérons remporter deux ou trois médailles, et si c’est dans des sports différents c’est encore mieux.

En sport adapté, nous n’avons que l’athlétisme, la natation et le tennis de table, et pour vous donner la proportion : sur les 4200 sportifs qui participent aux Jeux paralympiques, il y en a 200 pour le sport adapté.

En fait, c’est simple, c’est que le nombre de participants aux Jeux paralympiques et est fixé par le Comité olympique international et il est limité. En fait, si l’on souhaite faire revenir un sport, il faut en retirer un autre d’abord. Là nous travaillons pour les Jeux d’hiver où l’on n’a toujours pas d’épreuves et on espère pouvoir revenir bientôt sur du ski nordique ou ski alpin. C’est l’un des objectifs pour l’avenir proche de la Fédération.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Nous allons nous plonger dans le futur projet fédéral et je trouve que c’est important de souligner que le sport c’est une chose, mais qu’on veut aller au-delà. Dans ce projet fédéral, notre objectif sera de permettre aux personnes en situation de handicap de prendre une place dans leur club. Alors c’est aussi le poids de l’histoire, nous allons fêter nos 50 ans et nous n’avons que des sportifs jusque-là. Ils vieillissent un peu et nous disent qu’ils n’ont pas envie d’arrêter le sport adapté… et qu’ils aspirent parfois à devenir encadrant, juge ou bénévole dans leur club. C’est donc cela qui va être un des objectifs de ce projet fédéral, c’est de former. Nous avons d’ailleurs organisé la première formation récemment sur un diplôme fédéral physiquement réservé aux personnes en situation de handicap, du sport adapté. Cela a été un vrai succès. Donc voilà, nous souhaitons leur donner un autre rôle, et que le sport ne soit pas seulement vu comme une activité physique mais vraiment comme un vecteur d’intégration et de socialisation.

Pour plus d’informations sur le sport adapté : https://sportadapte.fr/

En photo : Marc Truffaut : « En sport adapté, six sportifs sont qualifiés pour les Jeux paralympiques en athlétisme, tennis de table et natation ».

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