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Témoignages et portraits

Sonia Derory, little big woman

Sonia Derory

Sonia Derory, little big woman

Par Caroline Lhomme. Sonia Derory, c’est 1,23 m d’énergie brute. De rire, aussi. Elle se décrit ainsi, toujours avec un sourire malicieux : « Je mesure 1,23 m et je suis atteinte de nanisme achondroplase (les membres courts) : Mimie Matty, avec un teint plus hâlé et 9 cm en moins ». Elle a vécu son enfance en Rhône-Alpes. Sa famille est le pilier fondateur  de l’acquisition de son autonomie.

La jeune femme a eu, dès  l’âge adulte, besoin de partir pour  s’émanciper et vivre ses propres expériences. « Mes parents avaient une fâcheuse tendance à me surprotéger. Normal, me direz-vous ? ». La vie de cette jeune femme énergique s’annonçait  pleine d’obstacles. À sa naissance, les médecins doutaient de sa capacité future à marcher. Alors, chaque étape supplémentaire a toujours  été  une victoire de plus : marcher, courir, faire du vélo, du roller… jusqu’à décrocher le permis et avoir son propre véhicule.

Une jeune cadre très dynamique

Après un BTS à Vichy, Sonia Derory trouve son premier emploi, dans une start-up. Chargée de communication, elle a aussi développé une polyvalence lui permettant de prétendre à d’autres postes. À une ou deux exceptions près, la jeune femme a toujours travaillé  dans des structures où l’on a oublié son handicap. Dès qu’elle a l’aménagement nécessaire (marchepied et escabeau 3 marches), elle fait toujours en sorte que les gens se sentent à l’aise avec elle. « S’il y a un problème, je n’hésite pas à le dire. J’ai toujours eu des collègues intuitifs autour de moi, dotés d’un savoir être avec l’autre, quelle que soit la différence. » Passionnée, quand elle n’exerce pas son métier comme salariée, elle l’exerce comme bénévole. Cela a été le cas à Handi-Sup Auvergne, association dédiée à l’accessibilité des études. Depuis 6 mois, elle est chargée de communication de GossipSkate, un club  de roller, en tant que bénévole.

Aujourd’hui à la recherche d’un emploi, Sonia  profite de son temps libre pour consacrer plus de temps à ses passions : le théâtre et le cinéma. Parfois, elle est appelée par Wanted Models, une agence de mannequins de modèle atypique. « So Apostrophe, c’est mon nom de scène, je ne me ferme pas de portes dans ce domaine. Je voudrais juste éviter de jouer des rôles qui me réduisent à mon statut de personne de petite taille : trolls, schtroumpfs ou autres nains imaginaires. Une personne de petite taille, c’est d’abord une personne ancrée dans le réel ! D’ailleurs, pour expliquer mon handicap au quotidien, il faut que je prenne de la hauteur ». Sonia a développé une grande capacité d’adaptation pour compenser ces difficultés. Elle n’aime pas la périphrase « une personne en situation de handicap » et revendique être une personne handicapée. « Je suis une personne handicapée mais, me cantonner à ce qualificatif serait très réducteur. » Sonia est  aussi et surtout une femme active, sportive, professionnelle de la communication et amatrice de théâtre et de cinéma.

S’adapter au quotidien

« Chez moi, ce n’est pas l’école maternelle, je ne vis pas avec tous les meubles taille enfant. Il y a seulement plus de marchepieds que chez une personne valide. » La jeune femme a toujours un escabeau trois marches à disposition. Dans le métro, elle a repéré les changements impliquant le moins de marche à pied. En heure de pointe, si le métro n’est pas sonorisé, Sonia doit compter les arrêts car elle ne voit pas l’extérieur. « Imaginez 10 géants, debout devant vous, ce que ça peut donner… et pour sortir ? Et bien, je joue des coudes ! » On lui laisse rarement la place assise dans le métro ou dans le bus, car on ne s’imagine pas qu’être de petite taille, c’est être handicapé. Nombre de recruteurs m’ont d’ailleurs fait cette remarque : « Et en fait, vous n’êtes pas handicapée… ». Comment rétorquer sereinement que si, sans étaler ma vie, alors que je suis là pour faire valoir mes compétences. »  Faire 1,23 m, dans une société où tout a été pensé pour une taille moyenne, d’1,60 m-1,70 m, c’est trouver toujours au quotidien plus de stratégies, pour compenser, vivre avec. « Être handicapé, c’est aussi être conscient que le capital santé qui nous est donné à la  naissance est encore plus à préserver. Il s’agit d’admettre ses propres limites physiques. Le sport est pour moi un bon moyen de préserver ce fameux capital. » Du coup, Sonia Derory circule beaucoup en roller, et parfois sur de très longs trajets, seule. « On me traite d’inconsciente mais advienne que pourra. Au mieux, je rentre en métro, au pire, j’appelle un taxi et, au pire du pire, les pompiers. Puissent mes intuitions continuer à guider mes choix », conclut la jeune femme. Sonia espère dans l’idéal trouver un poste de chargée de communication dans le domaine de l’économie sociale et solidaire et en parallèle s’accorder du temps pour ses passions : le roller, le théâtre, le cinéma et, « qui sait, un jour obtenir le rôle qui me fera prendre la décision de changer de voie ».

Caroline Lhomme

Note:

L’achondroplasie est une maladie congénitale de l’os donnant un nanisme avec raccourcissement des membres et un visage caractéristique à cette maladie mais n’affectant pas l’intelligence. C’est le cas le plus fréquent des nanismes d’origine génétique, dont est atteinte par exemple la célèbre actrice française Mimie Mathy.

Photo: Sonia Derory © Christine Dumouchel

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