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Sommet mondial Destination pour tous : Initier une démarche d’harmonisation internationale

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Le premier Sommet mondial Destination pour tous se tiendra à Montréal du 19 au 22 octobre. Tour d’horizon avec les organisateurs de cet événement: André Leclerc, fondateur et président-directeur général de Kéroul, organisme à but non lucratif créé en 1979 et dédié au développement de l’accessibilité du tourisme et de la culture pour les personnes à  capacité physique restreinte ; Isabelle Ducharme, Présidente du Conseil d’administration de Kéroul. 

 

Pouvez-vous nous présenter le Sommet mondial Destination pour tous 2014 ? 

Ce sommet répond à un besoin de la communauté internationale qui développe et promeut le tourisme accessible. En effet, il faut partager nos bonnes pratiques et encourager les acteurs internationaux à faciliter les voyages pour les personnes handicapées. Autant que possible, il nous faut convenir de standards internationaux pour nos services touristiques et tout particulièrement pour l’hébergement et les transports. C’est sur la base de tels standards communs que l’information pourra être utile aux personnes handicapées souhaitant entreprendre un voyage.

 

Qui peut y participer ? 

Toute personne ayant un intérêt pour le tourisme et la culture accessibles aux personnes handicapées.

– Les élus des gouvernements nationaux, régionaux et locaux.

– Les représentants des ministères du tourisme et des offices du tourisme régionaux ou locaux.

– Les gestionnaires de destinations et d’attraits touristiques, culturels et récréatifs.

– Les propriétaires de commerces liés au tourisme et au voyage, les dirigeants et gestionnaires, incluant les gestionnaires d’hôtels et du marketing.

– Les planificateurs et designers de produits, d’édifices, de villes, d’environnements, des technologies de l’information, des aides techniques; des experts en design universel.

– Les planificateurs des transports et les fournisseurs de transports, de l’échelle locale à l’échelle globale.

– Les représentants des organismes, agences et instituts chargés de l’établissement des normes.

– Les enseignants, chercheurs et formateurs.

– Les journalistes, les éditeurs et les médias portés sur le tourisme et le voyage. 

– Les représentants des organisations non-gouvernementales régionales, nationales et internationales, incluant les chambres de commerce et les entreprises touristiques, les ONG constituées de personnes handicapées, de personnes âgées ou agissant pour elles, et les autres groupes d’intérêt ou de consommateurs.

– Les personnes impliquées dans le tourisme accessible, les groupes d’intérêt, les voyageurs et les experts.

 

Quels sont les objectifs  de ce sommet? 

– Partager les meilleures pratiques afin de faciliter un tourisme accessible pour tous ;

– Initier une démarche d’harmonisation internationale des normes d’accessibilité des établissements et des lieux touristiques et des services de transport ;

– Faire valoir les avantages économiques pour les destinations à être complètement inclusives et accessibles ainsi qu’à développer et à mettre en valeur des produits touristiques accessibles ;

– Établir un partenariat mondial et une stratégie commune à l’international visant à développer l’accessibilité universelle des infrastructures, des services touristiques et des services de transport, et à accroître la disponibilité de l’information sur l’accessibilité des destinations.

 

Comment va-t-il se dérouler ?

Nous prévoyons une session d’introduction pendant laquelle les fondements du tourisme pour tous seront présentés :

       Madame Daniela Bas directrice des Politiques sociales et du Développement à l’ONU expliquera comment les aménagements touristiques accessibles répondent aux engagements des états parties à la Convention relative aux droits des personnes handicapées;

       Madame Marina Diotallevi, responsable du Programme Éthique et Dimensions sociales du tourisme de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) présentera le Code mondial d’Éthique du tourisme de même que les « Recommandations de l’OMT en faveur d’un tourisme accessible à tous ».

Deux autres conférenciers (à confirmer) présenteront :

       Le lien entre le développement durable et l’accessibilité ;

       L’importance économique de la clientèle des personnes handicapées.

Par la suite, les divers ateliers se dérouleront sous différentes formes : présentations, panels, vidéos, etc. Un salon permettra d’exposer des destinations, des produits, des équipements de transport…

En résumé, nous voudrions être en mesure d’offrir à la communauté internationale une plateforme de conseils, d’informations, de documentation et de recommandations afin de multiplier le nombre et la qualité des destinations accessibles aux personnes handicapées. Nous souhaitons aussi que ce sommet relance la coopération entre tous les partenaires afin de diffuser notre expertise et notre savoir faire.

 

Que signifie pour vous la notion de « tourisme pour tous » ? 

Le tourisme pour tous est un ensemble d’établissements, de services et d’attraits qui ne comportent pas d’obstacles pour les personnes handicapées et pour tous (avec ou sans handicap physique, personnes âgées, parent avec poussette, etc.). Ceci inclut bien évidemment les services de transport de personnes qui font partie de l’ensemble de la chaîne de l’expérience touristique : du domicile à la destination, sur les lieux et au retour.

Une destination pour tous est un territoire déterminé (municipalité, village, quartier, région) qui permet à une personne handicapée et à sa famille de faire un séjour prolongé et sans obstacles. Ceci implique que non seulement les établissements touristiques soient accessibles mais également l’espace public, les transports et les commerces de première nécessité.

 

Quel état des lieux peut-on faire aujourd’hui du tourisme pour tous dans le monde ? 

Il y a une meilleure écoute mais pas encore assez d’actions et d’engagements. Il y a beaucoup de projets locaux souvent préparés par de petits organismes ou entreprises, mais rarement appuyés par des instances gouvernementales.

 

Qu’en est-il plus précisément :

– En matière d’accessibilité des lieux et activités ? 

Les pays occidentaux ont adopté des lois et ont les moyens de développer l’accessibilité de leurs espaces publics et des bâtiments ouverts au public. Il faut comprendre que tout nouveau bâtiment dont la vocation est d’accueillir le public devrait être conçu sans comporter d’obstacles pour les personnes handicapées : cela ne coûte pas plus cher quand c’est prévu au niveau des plans. Certaines lacunes qui surviennent sont dues au manque de suivi et de responsabilisation.

Concernant le comportement et les attentes des personnes handicapées ?

La clientèle est plus exigeante. Les revendications des personnes handicapées datent de plusieurs décennies et dans certains pays rien n’a été fait.

La cohorte qui vieillit présentement – les boomers – est constituée de personnes qui ont voyagé, qui sont expérimentées et qui ont les moyens de voyager encore. Comme le taux de déficience augmente avec l’âge, voilà des personnes qui ne manqueront pas de revendiquer leurs droits si les lieux qu’elles fréquentent comportent des obstacles qui les empêchent de circuler ou d’y accéder.

On ne veut pas aller que dans les endroits qui sont dédiés aux personnes handicapées. On peut vivre comme les autres voyageurs et expérimenter en symbiose avec eux.

– En matière d’information touristique destinée aux personnes handicapées ?

Il y a plus d’informations disponibles et plus de moyens pour les consulter. La problématique se situe au niveau de la rigueur de ces informations : comment s’assurer que l’hôtel que l’on veut réserver à distance est aussi accessible qu’il le prétend ?

Les normes d’accessibilité varient d’un pays à l’autre. Il y a encore beaucoup trop d’endroits où ce sont les entreprises elles-mêmes qui déclarent leurs cotes d’accessibilité et les publient sans vérification.

 

Quels sont les principaux obstacles rencontrés ? 

L’accessibilité des moyens de transport est une grande difficulté, autant pour se rendre à destination qu’une fois arrivé, soit parce qu’elle est déficiente ou tout simplement absente :

– Transport aérien : le manque d’espace et les toilettes dans les habitacles ne permettent pas toujours le respect de la dignité des personnes handicapées ;

– Transport en commun et taxis accessibles: la qualité et la disponibilité du service varient considérablement d’une ville à l’autre. La non disponibilité d’un service de transport en commun et taxis accessibles aux personnes handicapées est « une porte fermée » sur la destination.

La mauvaise information sur l’accessibilité des établissements est également un vrai problème: des hôtels ou des restaurants se prétendent accessibles et sur place on constate de nombreux obstacles dans la chambre, les aires de circulation, les toilettes,  les salles de réunion, etc.

 

Globalement constatez-vous une évolution positive ? 

Oui ! Il y a de plus en plus de destinations accessibles, d’établissements touristiques attentionnés. Les services de transport se sont nettement améliorés. Mais il y a encore beaucoup à faire. 

Quels sont les pays les plus en avance ? Les plus en retard ? 

Les plus en avance sont les États-Unis, l’Australie, l’Espagne, la France et le Québec. Les plus en retard restent bien évidemment les pays en voie de développement.

 

Qu’en est-il de l’accessibilité du tourisme en France ? 

Vu de ce côté-ci de l’Atlantique, il y a beaucoup de projets en cours. Il semble y avoir une belle ébullition. C’est sans aucun doute lié à l’impulsion de la Loi de 2005, qui est une forte affirmation nationale de la volonté de lever les obstacles à l’inclusion pleine et entière des personnes handicapées.

Que pensez-vous des labels Tourisme et Handicap et Destination pour tous ?

Le label Tourisme et Handicap ressemble à ce que fait Kéroul au Québec : nous attribuons une cote d’accessibilité aux établissements afin d’informer la clientèle de son niveau d’accessibilité pour les personnes ayant des capacités physiques limitées – toutefois Kéroul ne couvre pas dans ses évaluations les déficiences intellectuelles.

Quant au label Destination pour tous, Kéroul s’en est inspiré et voudrait le proposer aux municipalités du Québec ; mais nous voudrions le mettre en œuvre différemment, en faisant en sorte qu’une « destination pour tous » ne puisse comporter d’obstacle aux personnes à capacité physique restreinte. Si la destination est  pour tous, elle doit répondre à tous les critères…

 

Qu’est-ce qui pourrait encore faire avancer les choses ? 

– La sensibilité et la volonté politique de chacune des autorités à faire respecter les droits des personnes handicapées. Nous pensons que le tourisme est un vecteur de propagation et de « contamination » internationale des principes de la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU. Le tourisme, par la pression des clientèles étrangères et par la diffusion des bonnes pratiques, incitera les destinations et les communautés locales à adopter des lois, règlements et normes qui feront peu à peu la différence.

– Une meilleure compréhension de l’avantage pour les gens de la localité de rendre le tourisme accessible chez eux. Une fois que l’on a compris qu’en permettant d’accueillir des touristes – peu importe leur types de limitations – on améliore l’accessibilité pour les gens de la localité, on ne peut faire autrement que de vouloir faire les démarches.

 

Propos recueillis par Caroline Madeuf et Michel Trudel (conseiller Kéroul)

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