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Ski assis : Lou Braz-Dagand, athlète handisport en ski alpin

Lou Braz-Dagand : Découvrir le ski assis est une expérience extraordinaire

Lou Braz-Dagand, athlète de haut niveau en ski assis : « Découvrir le ski assis est une expérience extraordinaire »

Rencontre avec Lou Braz-Dagand, 23 ans, athlète qui pratique le ski alpin handisport à haut-niveau (ski assis) et qui rêve d’une qualification pour les Jeux paralympiques de Pékin en 2022.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre handicap ?
Je suis touché par la maladie de Lyme depuis bientôt 5 ans. C’est une maladie transmise par les tiques et qui atteint le système nerveux. Elle peut se manifester différemment selon chaque personne. Pour ma part, cette maladie m’a rendu paraplégique. Je n’ai pas de sensations dans les jambes, celles-ci ne bougent pas, et je ne sens pas mes abdos du côté gauche.

Chez d’autres personnes la maladie de Lyme peut se traduire par de la fatigue, des douleurs ou de nombreux autres symptômes.
Pour moi cela a commencé très brutalement. Je suis d’abord devenu tétraplégique, j’ai perdu la parole et la vue. Puis, grâce des traitements importants j’ai pu retrouver la vision, la parole et l’usage du haut de mon corps. Par contre il y avait déjà de trop grosses séquelles sur mes jambes. C’est un peu comme si les nerfs de ma moëlle épinière étaient brûlés, et du coup il n’y avait plus de connexion entre le haut et le bas de ma moëlle épinière. Aujourd’hui la maladie est stabilisée et je ne suis plus de traitement particulier. Mon seul traitement est le sport.

Racontez-nous votre parcours sportif : comment le sport est venu à vous, quelles ont été les étapes importantes jusqu’à aujourd’hui ?
Lorsque ma maladie a commencé à se stabiliser, mon premier objectif n’était pas de recommencer à marcher, c’était de recommencer à skier ! La glisse était vraiment ma passion de toujours. Du coup j’ai commencé le ski handisport très vite après ma sortie de l’hôpital. Après quelques temps j’ai été recruté en équipe de France de ski alpin handisport et j’ai fait une première saison nationale, puis européenne, et ensuite mondiale. Ces expériences ont été extraordinaires pour moi, déjà le fait de pouvoir refaire du ski aussi rapidement, mais aussi et surtout le fait de découvrir le ski assis. J’y éprouve des sensations encore meilleures qu’en ski valide. C’est très différent : ce n’est pas le même matériel, on n’a pas le même équilibre, la sensation de vitesse n’est pas la même… c’est juste exceptionnel et je m’éclate encore plus qu’avant à travers le ski.

Quelles sont vos prochaines échéances ?
L’objectif de la saison prochaine sera de prendre de l’expérience au niveau mondial, en m’intégrant de plus en plus sur les coupes du monde, et en cherchant un classement européen. Lors de la saison précédente j’ai terminé au pied du podium en terminant 4e au classement général européen. À plus long terme, l’objectif ultime serait d’être sélectionné pour les Jeux paralympiques de 2022 à Pékin, et dans ce cas donner le meilleur pour essayer de ramener une éventuelle médaille. Les sélections finales seront décidées deux mois avant le déroulement des Jeux.

Que représente le sport pour vous aujourd’hui ?
Cela représente tout, c’est ma vie. Le sport m’aide au quotidien, aussi bien par rapport à ma maladie qu’à ma façon de vivre. C’est un besoin indispensable que j’ai, ne serait-ce que pour ressentir du bien-être après chaque séance d’entraînement.

Quel est votre rythme d’entraînement ?
Je m’entraîne quatre à cinq fois par semaine, pas tous les jours car le repos est aussi important. En plus de ski, je fais beaucoup de préparation physique en salle, je fais également du handbike, ainsi que des sports extérieurs autres que le ski pour ne pas saturer. Je dois veiller à ce qu’un maximum de parties de mon corps soient musclées, pour être performant mais aussi pour me protéger en cas de chute, et pour pouvoir enchaîner les compétitions sans aucun problème physique ou de fatigue.
Je participe aux stages de l’équipe de France ou le rythme est plus intense, avec en général quatre heures de ski le matin, deux heures de sport l’après-midi, puis des séances d’équilibre, d’ostéopathie, suivies d’un debrief pour terminer vers 20h le soir. Ce sont des journées très remplies mais il faut se donner les moyens pour réussir en compétition.
Pour pouvoir skier pendant l’été, nous nous rendons sur les glaciers, notamment au Val d’Isère en juin-juillet, à plus de 3000 mètres. Au mois d’août nous allons skier dans les Dômes, en ski Indoor avec de la neige artificielle.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le sport que vous pratiquez ?
J’aime particulièrement la sensation de glisse qu’on ressent dans le ski, et encore plus dans le ski assis. L’aspect compétition me plaît aussi beaucoup car j’aime cet état d’esprit et le fait d’essayer de toujours se dépasser, d’aller chercher la performance, de devoir aller toujours de l’avant et chaque jour de plus ne plus loin pour aller chercher un titre ou un temps. C’est à la fois une compétition contre moi-même et contre les autres, ce que je trouve très intéressant.
C’est aussi un sport où il y a plus de risques de chutes que dans d’autres disciplines, mais cela fait partie de l’activité, avec le facteur chance et l’adrénaline qui l’accompagnent. Il y a aussi la vitesse, on peut atteindre les 100 km/h, ce qui ajoute quelque chose.

Quels vont projets et/ou objectifs à présent ?
À présent mon but est vraiment de me préparer au mieux et d’être dans les meilleures conditions physiques possibles pour la saison prochaine qui débutera au mois d’octobre. Cela comprend aussi le fait de bien travailler sur le matériel et de vérifier que tout soit bien opérationnel pour le jour J.
Chaque année, les compétitions commencent mi-octobre/début novembre et se terminent au mois d’avril.

Notre dossier est consacré au thème sport et handicap au sens large. Souhaitez-vous dire quelque chose en particulier par rapport à ce thème ?
Je trouve que le sport, le handisport et le sport adapté évoluent beaucoup depuis une quinzaine d’années et c’est une très bonne chose car cela ouvre des possibilités à chacun, de choisir son activité mais aussi la manière dont il souhaite la pratiquer, en loisirs ou en compétition et à différents niveaux.
Autrement je pense que quand on est en situation de handicap et que l’on a envie de faire du sport, il ne faut surtout pas reculer en se disant : « Non, ce n’est pas pour nous ». Il y a beaucoup de possibilités, soit de refaire un sport que l’on faisait avant, si le handicap arrive pendant la vie, soit de réapprendre différemment, soit de découvrir un nouveau sport qui nous plaît. En tout cas il ne faut pas hésiter à se renseigner, à aller voir dans les clubs et à se lancer. Il faut oser faire la démarche pour pouvoir savoir vraiment ce qui est possible ou non, et ce que l’on est capable de faire. À la clef il peut y avoir un nouveau sport, une nouvelle passion et peut-être des objectifs de haut niveau pour certaines personnes.

Un petit mot sur les prochains Jeux paralympiques ?
L’un de mes principaux objectifs dès aujourd’hui est de parvenir à me qualifier pour les Jeux de Pékin en 2022, et si je réussis, mon ambition sera de ramener une médaille.
Concernant les Jeux de Paris en 2024, ce ne sera pas une année de paralympiques pour moi, car il s’agira des Jeux d’été. Mais c’est génial d’avoir cette édition à Paris et je serai sûrement présent pour aller soutenir tous mes collègues en compétition, on se connaît tous, c’est une évidence de venir les encourager et je pense que ce sera un très bel événement.

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