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Sandrine Martinet : Les sportifs français aux Jeux Paralympiques de Tokyo

Ce sera sa cinquième participations aux Jeux Paralympiques ! La judokate Sandrine Martinet est de retour en tant que porte-drapeau de l’équipe de France, pour aller disputer les Jeux de Tokyo. Elle avait remporté une médaille d’or à Rio, en 2016.

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Sandrine Martinet : À la poursuite d’un deuxième titre aux Jeux Paralympiques de Tokyo

Après quatre participations aux Jeux Paralympiques et une médaille d’or à Rio, en 2016, la judokate Sandrine Martinet est de retour en tant que porte-drapeau de l’équipe de France, pour aller disputer les Jeux de Tokyo.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je fais du para-judo, je suis médaillée d’argent des Jeux d’Athènes et de Pékin et championne paralympique à Rio. Depuis peu, j’ai l’immense honneur et la fierté d’être porte-drapeau, avec Stéphane Houdet, qui fait du para-tennis.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre handicap ?  

Je suis atteinte d’une achromatopsie. Il s’agit d’une maladie génétique qui entraîne une absence ou une atrophie des cônes. Les répercussions sont une non vision des couleurs, une photosensibilité importante et une diminution importante de l’acuité visuelle. À côté, je suis, en plus, myope et astigmate.

Sandrine Martinet : « Il fallait que je fasse du sport. C’était quelque chose de vital pour moi »

Quand et pourquoi avez-vous commencé le sport ?  

J’ai commencé le judo à l’âge de 9 ans, pour plusieurs raisons. Déjà, il fallait que je fasse du sport. C’était quelque chose de vital pour moi. Mes frères en faisaient au lycée et je me suis dit “pourquoi pas faire comme eux ? ”. Je trouvais les sports de combat assez intéressants. Ensuite, je me suis dit que l’accessibilité, par rapport au handicap, dans ce sport, était bien plus simple que dans les sports de balles. Pour finir, le fait que le judo possède un code moral, avec des valeurs de respect et de contrôle de soi, m’a laissé penser que ce serait peut-être moins compliqué qu’à l’école. Peut-être que je serais mieux intégrée, moins moquée, insultée et autres. Ce qui s’est avéré tout à fait vrai.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours sportif ? Est-ce que la compétition a toujours été une évidence ? 

J’ai commencé les compétitions quand j’étais petite, seulement quelques mois après le début du judo. Je combattais toujours en valide au départ. J’étais assez performante, je m’amusais, j’aimais bien le défi de la compétition. J’ai vite pris goût au fait de monter sur le podium. Quant au para-judo, je l’ai découvert très brièvement à 16 ans, lors d’une compétition en Allemagne. Mais, je n’ai pas voulu me lancer tout de suite dedans car je voulais prioriser mes études. Il faut savoir que mon club de Vincennes, à l’époque, était sensibilisé au handicap visuel et avait déjà eu des athlètes paralympiques. Donc je savais que j’avais cette possibilité de progresser en para-judo. Finalement, 2002 sera une année charnière. J’ai redoublé à la fac et je me suis retrouvée avec seulement quelques heures de cours. Je me suis dit que c’était peut-être le moment d’aller voir ce qui passe dans le para-judo. Donc, j’y suis allée, et disons que l’objectif de faire les premiers Jeux à Athènes a tout de suite été une source de motivation supplémentaire. D’autant plus qu’il s’agissait des premiers Jeux Paralympiques ouverts au judo féminin.

Ainsi, je suis rentrée en équipe de France de para-judo. J’ai rencontré mon mari sur un tatami pendant une compétition par équipes. Moi, je faisais partie de l’équipe, qu’on disait à l’époque handisport, et lui faisait partie de l’équipe du club de mon directeur technique.

Cette année a également été un tournant professionnel pour vous…

En effet, en entrant en équipe de France, j’ai pu échanger avec un des athlètes : Olivier Cugnon. En faisant connaissance et en lui demandant ce qu’il faisait dans la vie, j’ai découvert qu’il était en école de kiné. Je lui ai demandé si visuellement il arrivait à suivre, car ça m’avait trotté dans la tête de faire kiné. Mais je m’étais dit que ça allait être trop compliqué. Cependant, il m’a appris qu’il existait des écoles spécialisées pour les déficients visuels. À partir de là, j’ai effectué toute ma reconnaissance par rapport au handicap (RQTH). Ça n’avait pas été fait jusqu’ici, car mes parents ne voulaient pas qu’on soit considérés, mon frère, qui est atteint de la même pathologie, et moi, comme des personnes en situation de handicap car c’était encore vraiment péjoratif à l’époque et mes parents voulaient qu’on avance, qu’on s’adapte et qu’on soit, chacun, le plus autonome possible. Ils ne voulaient pas que ça me freine dans ce que je voulais faire. C’est donc à ce moment-là que j’ai fait toutes les démarches : ma carte d’invalidité, la reconnaissance de travailleur handicapé… L’année suivante j’entrais à Guinot (Institut préparant au Diplôme d’État de Masseur Kinésithérapeute).

Donc une année importante : je rentre en équipe de France, je rencontre l’homme de ma vie, et je fais des études pour devenir kiné, métier que j’adore et qui me manque, d’ailleurs, beaucoup en ce moment. Actuellement, je reste focus sur l’objectif sportif. Devoir gérer, à la fois, un métier en libéral, avec une obligation de suivi des soins, et le haut niveau devenait trop difficile. Puis, mes enfants ont aussi besoin de leur mère à un moment. Mais c’est grâce à la Fédération Française de Judo, qui a augmenté les aides personnelles, que j’ai pu me libérer quasiment totalement de mon métier, afin de préparer les Jeux sereinement.

Sandrine Martinet : « J’ai toujours dû faire les trois en même temps : travailler, gérer ma famille et faire du sport de haut niveau »

Est-il difficile de vivre en tant que sportive handisport ?

Oui, moi j’ai pu arrêter de travailler et me consacrer à ça il y a un an et demi, parce que la fédération a augmenté les aides. Mais sinon, je n’ai quasiment jamais eu de sponsors. Les aides personnalisées ne sont pas assez hautes pour me permettre de vivre et m’entraîner. J’ai toujours dû faire les trois en même temps : travailler, gérer ma famille et faire du sport de haut niveau. Donc en ce qui me concerne, ce n’est pas possible. Après, d’autres ont eu plus de chance. Mais moi, on va dire que ça a été mon combat pendant toutes ces années. Les choses commencent à évoluer mais mes camarades judokas ont eu plus de possibilités que j’en ai eu durant toute ma carrière, jusqu’à présent. Après, cela reste une problématique pour tous les sports qui ne sont pas très connus et peu médiatisés de devoir gérer le haut niveau et le travail à côté pour boucler les fins de mois. Mais cela concerne aussi les valides. Cet aspect est compliqué en France. Il faut l’améliorer pour permettre aux sportifs de mieux s’entraîner et de mieux aménager ce double projet socio-professionnel, qui va aussi permettre de faire la transition avec l’après-carrière. C’est très global, même si évidemment, le côté handicap ajoute à la complexité. Mais on avance !

Quelles sont les différences entre le judo valide et le judo handisport ? 

C’est exactement la même chose au niveau des règlements. On a les mêmes temps de combats, mêmes catégories, mêmes sanctions, mêmes marques. La seule chose qui va vraiment être différente, c’est la prise « kumikata » au départ en para-judo. On part en garde installée, en tenant le kimono de l’autre. Etant donné qu’il y a le handicap visuel, le fait de venir attraper l’adversaire nous permet de faire du judo comme n’importe quel autre judoka.

Il y a une différence pour les sorties de tapis. L’arbitre, situé au centre du tatami, emploie le terme “jogai”, référence sonore qui nous permet de savoir que l’on se trouve près de la bordure. À ce moment-là, on doit absolument faire un effort de changement de direction, sinon on est sanctionné pour sortie de tapis.

Sandrine Martinet, comment envisagez-vous les Jeux Paralympiques de Tokyo ? Qu’est-ce que vous en attendez ?

Qu’ils soient beaux, qu’on soit performants. Les conditions sanitaires ont compliqué un peu la vie, ça va être des Jeux différents. Mais ça reste les Jeux et ça reste la compétition reine. Donc, nous, athlètes, il faut qu’on fasse le travail de rester focus, de rester concentrés sur notre objectif, et qu’on continue de se faire plaisir. Les Jeux restent les Jeux, peu importe les conditions dans lesquelles ils seront organisés. On sait que le Japon fait son maximum pour que tout le monde soit en sécurité au niveau sanitaire. Que cela soit pour les athlètes, ou l’ensemble des personnes qui sont là : le staff, l’ensemble de l’organisation et le peuple japonais. Voilà, on va faire notre job de sportif de haut niveau. Et je pense qu’on va être très performants. Tout le monde a eu des conditions particulières pour la préparation. Ça va se jouer au mental et voilà.

Après, c’est sûr que la fête sera un petit peu différente. Il n’y aura pas de public, alors ça va être une autre ambiance. Du coup, on fera plutôt la fête en France, au retour. Et ça peut aussi être quelque chose de très sympathique ! Ce n’est pas organisé en temps normal, alors ça peut justement être l’occasion, au retour, de pouvoir communiquer avec le public.

Et en termes de résultats personnels ?

Personnellement, l’objectif est d’aller chercher ce deuxième titre et terminer magnifiquement cette carrière en étant, à la fois, porte-drapeau et médaillée d’or.

La situation sanitaire a-t-elle beaucoup affectée votre préparation ?

Pas tant que ça, car il y a juste eu le premier confinement où on n’a pas pu faire de judo. Mais, j’avais aussi une petite blessure qui m’a éloignée des tatamis. Donc finalement, je pense que c’est surtout les clubs qui ont été le plus gênés. Franchement, à part le manque de compétition et le fait d’avoir moins d’oppositions pour travailler, on a pu s’entraîner, on s’est concentrés sur notre métier de sportif de haut niveau, et on s’est adaptés. Le maître mot avec le Covid c’est “l’adaptation”. Puis, on a tous été logés à la même enseigne. Les athlètes des pays étrangers aussi ont eu des difficultés à s’entraîner. Ça fait partie du jeu.

Vous venez d’être élue porte-drapeau, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’est une grande fierté, un immense honneur, une grande responsabilité aussi, que d’être capitaine de cette équipe de France. C’est une reconnaissance de nos parcours à tous les quatre, avec nos homologues des JO. On nous fait confiance pour nos qualités humaines et sportives, pour mener cette équipe de France le plus loin possible. Je trouve que c’est un merveilleux cadeau que l’on nous fait. Car c’est vrai qu’on se bat tous les jours pour aller chercher des médailles, on répète, on s’entraîne à fond pour ça, et là, ça récompense tous les efforts d’être porte-drapeau. C’est fantastique parce qu’il y a tellement peu d’athlètes qui ont cet honneur. On a tous les quatre beaucoup de mal à réaliser que c’est nous !

Selon vous, où en est-on en termes de médiatisation du handisport ?  

Alors, je pense qu’on a énormément de travail à faire. En dehors des Jeux, on n’a aucune ouverture médiatique. C’est pour ça que la médiatisation est importante, car c’est un peu notre seule fenêtre d’ouverture et on espère que ça va changer. Mais en tout cas, on profite à fond de ce moment-là ! Afin de montrer tous ces athlètes, tous ces parcours, toutes ces performances sportives. On essaye de mettre en avant tout ça, même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Mais, le fait d’avoir choisi ce système de votes pour élire les porte-drapeaux, a permis d’avoir une augmentation de la visibilité. Donc ça, c’était très bien, et c’était voulu pour donner envie, à travers ces 7 sportifs, ces 7 personnalités, de nous suivre. Et évidemment, aussi dans le cadre de Paris 2024 qui arrive chez nous dans 3 ans.

Aimeriez-vous ajouter quelque chose ?

Par rapport au handicap, il faut avoir confiance en soi. Il faut se fixer des objectifs, rêver, mais se rappeler que tout ça, ça demande de la volonté, du travail, qu’on n’a rien sans rien, mais que c’est possible !

Le palmarès de Sandrine Martinet aux Paralympiques

  • Médaille d’argent à Athènes en 2004.
  • Médaille d’argent à Pékin en 2008.
  • 5e à Londres en 2012.
  • Médaille d’or à Rio en 2016.

Propos recueillis par Angèle Duplouy

À noter que Sandrine Martinet a été élue porte-drapeau avec Stéphane Houdet. Pour en savoir plus sur les Jeux Paralympiques et suivre les athlètes français : https://france-paralympique.fr/

En photo : Sandrine Martinet savoure sa médaille aux Jeux de Rio en 2016 © G-Picout

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