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Rencontre européenne : Erzsébet Szöllösi

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Erzsébet Szöllösi a fait des études d’ingéniérie en rééducation à l’Université Technique de Budapest. En 1977, elle s’est engagée dans le mouvement pour les personnes handicapées en occupant la présidence de l’Association hongroise des Polyos et depuis 1998, elle est un des membres actifs de la Fédération Nationale des Personnes Handicapées (MEOSZ).

Quelle est la situation des personnes handicapées aujourd’hui en Hongrie ?
Nous avons pourtant été parmi les premiers états à ratifier la Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées. Malheureusement, on a peu agi pour sa mise en œuvre. Je pense qu’en apparence, le gouvernement a trouvé que c’était mieux de ratifier la Convention et d’être un des premiers à le faire, mais lorsqu’est venu le moment de prendre des mesures concrètes, il a renoncé à le faire. Nous avons une superbe législation qui n’est pas appliquée faute d’avoir été rendue obligatoire par un gouvernement qui ne s’est pas donné les moyens, ni l’obligation de l’appliquer. Ainsi, il n’a jamais fixé de date butoir à sa mise en application effective et se contente de modifier la date limite à sa guise. Cela fait que nous vivons en dessous des prescriptions de la loi sur l’égalité. En matière de mise en accessibilité des bâtiments, la date limite avait été fixée au mois de janvier 2005. Pourtant, 20% seulement d’entre eux sont accessibles actuellement. Cela signifie que, non seulement, les politiques n’ont pas pu terminer ce travail, mais qu’en plus, ils ne l’ont pas pris au sérieux. En effet, s’ils avaient pris cette tâche au sérieux, il aurait été facile de rendre plus de bâtiments accessibles et de pouvoir parler de 90% de bâtiments accessibles ! Comme cela n’a pas été possible, ils ont modifié la date butoir. Ce genre d’attitude n’est pas acceptable et nous voudrions voir appliquer une politique plus efficace.

Est-ce que les personnes handicapées sont organisées pour lutter pour leurs droits ? 

En 2001, avait eu lieu une grande enquête en Hongrie. Nous avons pas mal de questions à poser au gouvernement, et même si ces questions concernant le handicap n’avaient aucun caractère obligatoire, elles avaient eu le mérite d’être posées et cela avait permis au grand public d’avoir quelques données sur le sujet. En 2011, doit avoir lieu une autre grande enquête nationale, mais cette fois-ci, toutes les questions concernant le handicap ont été retirées du questionnaire. Donc, en dépit de la ratification de la Convention des Nations Unies par la Hongrie, en dépit que celle-ci précise qu’il faut toujours collecter plus de données sur les personnes handicapées afin de mener une politique en profondeur en faveur du handicap, le gouvernement renie ses engagements en réduisant les aides et les budgets des services sociaux pour les personnes handicapées et en tronquant l’enquête nationale. Le président actuel a envoyé un rapport au Parlement afin qu’il étudie la nécessité d’insérer ces questions dans l’enquête qui va être menée en 2011. Il y a là un nouveau combat à mener qui va être long et demander beaucoup d’énergie de notre part.

A propos des transports publics hongrois – trains, bus… -, que pouvez-vous nous dire ? Les personnes handicapées possèdent-elles des véhicules personnels ?

Comme je vous l’ai dit, 9% seulement de la population handicapée travaille. Cela donne une idée du nombre qui ont les moyens d’acheter une voiture ! Elles sont, par conséquent, très dépendantes des transports publics mais ceux-ci ne sont pas du tout accessibles même s’il y a bien eu quelques progrès. De plus en plus de bus par exemple, sont accessibles mais le vrai problème, c’est qu’il n’existe pas de vrai réseau de transports. Alors si une personne handicapée quitte son domicile, elle va peut-être trouver un bus adapté pour aller jusqu’à sa destination, mais si elle doit pour cela changer de bus, elle n’est absolument pas sûre de trouver un autre bus adapté… Vous n’avez jamais la garantie de pouvoir effectuer votre trajet dans son intégralité. Il en est de même pour les horaires de ces bus. En effet, l’accessibilité des bus est mentionnée sur les horaires affichés aux arrêts, mais rien ne garantit qu’en cas de panne du bus adapté, un autre le remplace…

Nous avons récemment eu vent qu’une ligne de tramway devait être rénovée. Cette ligne qui parcourait une grande avenue de Budapest et effectuait un long trajet dans la ville devait être remplacée par une ligne de bus. Le tramway était d’un modèle à plancher bas mais, comme il n’y avait eu aucune communication au moment de l’élaboration du projet, il devait être remplacé par des bus qui ne seraient pas accessibles aux voyageurs handicapés. Quand nous avons protesté, on nous a expliqué que les bus à plancher bas était trop larges pour pouvoir circuler sur l’espace où roulait auparavant le tramway… On sent bien que les autorités voudraient parfois trouver des solutions pour le transport des personnes valides qui conviennent aussi aux personnes handicapées, mais souvent cela reste sans effet.

En fait le mode de pensée des gens, c’est que tout le monde devrait pouvoir se déplacer en Hongrie. Pourtant les besoins des personnes handicapées ne sont guère pris en compte. C’est pourquoi nous sommes enchantés que la législation de l’Union européenne sur les bus et les cars impose que tous les « city bus » doivent être accessibles. Je crois que c’est là une excellente initiative car si la décision est prise au niveau européen, les personnes handicapées devraient pouvoir être sûres d’avoir accès aux modes de transport où qu’elles soient en Europe. L’implication européenne dans le domaine de la mobilité est essentielle car c’est le seul moyen de garantir le droit à la mobilité des personnes handicapées.

Avec les responsabilités qui sont les vôtres au niveau européen, quel regard portez-vous sur la situation globale des personnes handicapées en Europe ?

Lorsque j’écoute les intervenants, ici à Bruxelles, qui présentent la situation dans les différents pays de l’Union, je m’aperçois que le problème est le même partout. Les personnes handicapées sont parmi les plus pauvres et c’est là un très mauvais signe car il va falloir se battre encore car être handicapé n’implique pas d’être pauvre ! Ce n’est pas de la faute des personnes si on en est arrivé là, c’est de la faute des gouvernements et de l’Union européenne. Je pense que l’Union devrait être plus active dans la rédaction de lois en faveur des personnes handicapées car si nous voulons avoir les mêmes droits partout en Europe, il faut que la même législation s’applique dans tous les pays. Comment pourrais-je aller travailler en France si je n’ai pas accès aux services sociaux ? Je ne peux pas quitter la Hongrie sans quoi, je n’aurais plus droit à mes aides. Peut-être même ne bénéficierai-je plus de transports adaptés… etc. Je crois qu’il est donc très important que l’Union européenne fasse un pas de plus dans ce sens pour renforcer le cadre législatif autour des personnes handicapées car c’est la seule voie pour que les principes essentiels de liberté de circulation, de travail ou de services puissent s’appliquer aussi aux personnes handicapées. Sans cela, nous serons toujours exclus en Europe. De plus, cela peut constituer un excellent exemple pour le reste du monde. Nous sommes très fiers de notre Europe, mais si elle ne peut se placer en modèle en matière de respect des droits des personnes handicapées, c’est une honte pour elle…

Les personnes handicapées ont des organisations très fortes pour les représenter. Nous avons une Fédération nationale des aveugles et malvoyants, une autre pour les sourds et les malentendants, pour les personnes atteintes de déficiences mentales ou physiques et même pour les autistes. Nous avons aussi des organisations puissantes et nous nous sommes organisés en Conseil national des personnes handicapées. Nous sommes forts, mais du fait de la baisse continuelle des aides du gouvernement, nous avons de la peine à continuer. Pour se faire entendre, il faut disposer de ressources et vous ne pouvez faire pression sur lui que s’il vous en donne les moyens. En ne soutenant pas les organisations, il dessert la cause des personnes handicapées. Cette année, les politiques ont pris l’excuse de la crise économique pour vouloir réduire son aide financière de 40%. De notre côté, nous étions d’accord pour participer à l’effort de toute la société, d’être solidaires parce qu’il devait y avoir des restrictions à tous les niveaux, mais nous ne pouvions accepter que ces réductions se fassent au niveau de toutes nos ressources. Les ministères ont vu leur budget réduit de 9%. Le ministère des affaires sociales a donc déduit de son budget les 40% que le gouvernement voulait voir appliquer sur nos aides. Nous avons dû mener un dur combat pour garder nos ressources. Elle n’est pas très brillante. Si je vous dis que le pourcentage de personnes handicapées qui travaillent est seulement de neuf pour cent, cela suffit à vous donner une idée de la situation en Hongrie. Le plus gros problème, c’est que le gouvernement trouve toujours des arguments pour réduire les sommes consacrées aux services pour les personnes handicapées, à la création d’emplois ou de lieux de travail adaptés et à l’insertion des enfants en milieu scolaire ordinaire. Depuis longtemps en effet, et bien avant la crise actuelle, il a toujours trouvé des excuses pour ne rien faire. Evidemment, la crise donne encore aux politiques de nouveaux arguments.

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