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Autonomie et handicap

Pairémulation ® en France : Témoignage d’Hubert Vautier

Pairémulation Hubert Vautier

Hubert Vautier : Témoignage sur la pairémulation ® en France

Nous avons rencontré Hubert Vautier, personnage remarquable du monde du handicap qui, malgré sa paraplégie a assuré plusieurs missions en Afrique pour Handicap International, et qui en France s’est toujours consacré à des associations en faveur des personnes handicapées. Sa formation et son expérience l’on mené à pratiquer pendant plusieurs années la pairémulation ® et même à participer aux deux années de recherches sur le sujet, à l’initiative du Groupement Français des Personnes Handicapées présidé par Jean-Luc Simon. 

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur l’origine de la pairémulation ® ?
C’est un mouvement qui est né aux États-Unis dans les années 1970 en Californie, à l’Université de Berkeley. L’initiative en revient à un étudiant handicapé qui a voulu créer un mouvement d’ entraide entre personnes handicapées de cette université afin de pouvoir développer et mieux vivre leur autonomie. Eux-mêmes s’étaient inspirés de mouvements d’entraide d’immigrés et de femmes qui se trouvaient devant des problématiques communes.

Comment et quand ce mouvement est-il arrivé en France ?
Il est arrivé en France par le biais du GFPH (Groupement Français des Personnes Handicapées) qui a organisé en 1994 la journée nationale de la vie autonome. C’est lors de cette journée que le terme français de pairémeluation ® a émergé, il est le fruit de la traduction du terme anglais peer councelling ou peer support, qui peut s’utiliser dans de nombreuses situations.

Le mouvement s’est-il répandu en France ?
Oui, nous avons essayé de le développer, il y a eu de pics puis le mouvement est redescendu, c’est un peu en montagnes russes. C’est le GFPH qui manage cela au niveau national. Entre 2012 et 2015 nous avons lancé une étude financée par la FIRAH (Fondation Internationale De La Recherche Appliquée Sur Le Handicap). Cela a permis de creuser le concept de la pairémeluation ®, ce qui a été un temps fort pour le mouvement GFPH. Beaucoup de réflexions et de pratiques ont été mise noir sur blanc. À la suite de cette étude, la dynamique est un peu retombée. Il en reste des pratiques de terrain qui malheureusement sont assez diluées.

La pairémeluation ®, en quoi consiste-t-elle exactement ?
C’est la transmission de l’expérience par des personnes qui ont acquis de l’autonomie au cours de leur vie par leur expérience personnelle. Cette expérience est partagée et mise au profit de personnes qui sont récemment devenues handicapées et qui découvrent les écueils du handicap. Bien sûr cela peut aussi dans certains cas se partager avec des personnes handicapées de naissance. Cela se fait en complément de la chaîne des thérapeutes qui évoluent autour de la personne devenue handicapée. Nous sommes surtout dans le partage du vécu, c’est un peu comme la transmission d’un sage à un profane. La relation est plus directe. La définition officielle de la pairémeluation ® : « Elle définit la transmission de l’expérience par les personnes qui ont appris à surmonter les conséquences de leur handicap et acquis ou retrouvé les moyens de leur autonomie. Cette transmission est destinée à des personnes en recherche de plus d‘autonomie et vise à renforcer la conscience de chacun sur ses possibilités, ses droits et ses devoirs. »

Qui peut devenir pairémulateur ?
Avant la recherche le GFPH organisait régulièrement des formations certifiantes de trois jours qui pouvaient permettre à des pairémulateurs potentiels de s’aguerrir sur de méthodes. Passée la période de la recherche, à ma connaissance, le GFPH n’a pas poursuivi ces formations. Cela dit le président du GFPH Jean-Luc Simon m’a annoncé qu’une formation plus encadrée, plus structurée, mieux reconnue était en préparation. Il est vrai que chacun a beaucoup donné pour cette étude et il nous a fallu du temps pour se nourrir des conclusions, voir sur le terrain ce qui avait vraiment résisté et reprendre le développement du mouvement.

Est-ce obligatoirement une personne handicapée qui devient pairémulateur ?
Oui, c’est obligatoirement une personne handicapée. C’est dans l’ADN du dispositif mais aucun diplôme n’est obligatoire. Tout le monde peut s’improviser pairémulateur, mais ensuite il y des postures, des personnalités qui pourront le faire bien et d’autres non. L’expérience de vie joue aussi son rôle, il faut une véritable expérience pour le devenir. Même si le cadre est assez difficile à définir. Elle peut se faire de manière informelle et aussi de manière formalisée comme je l’ai fait sur trois années à Rennes. Ma formation d’éducateur spécialisé m’a aussi beaucoup aidé. J’ai des acquis professionnels forts en plus de mon expérience. Il ne suffit pas d’avoir des connaissances, il faut savoir les transmettre. La relation n’est cependant pas à sens unique, le pairémulateur apprend aussi beaucoup du pairémulé.
J’essayais d’adopter une posture aussi bien physique qu’intellectuelle, pour ne surtout pas être perçu comme une blouse blanche. Donc pas de bureau, une relation simple et directe et surtout pas de notes. Dans la forme il faut savoir que je n’intervenais que sur demande sur tel ou tel point de vie. Mais cela débouche la plupart du temps sur beaucoup d’autres choses, qui sont parfois plus intimes.

Quel était votre rythme ?
La plupart du temps c’était un rythme hebdomadaire.

Comment se manifestent les demandes ?
J’en ai eu quelques-unes dans des centres de rééducation mais c’était compliqué, la plupart du temps cela passait par des ergothérapeutes, qui sont des interlocuteurs privilégiés. La nouvelle génération, des ergothérapeutes est d’ailleurs plus ouverte à ce type de demande.

Qu’est-ce que vous viviez émotionnellement ?
C’est toujours valorisant de pouvoir transmettre quelque chose que l’on a mis du temps à acquérir, surtout à des personnes pour qui la vie en sera nettement améliorée.

Quel est le statut du pairémulateur ?
Il y a un peu de tout, moi j’avais réussi à me faire rémunérer par un montage associatif mais aujourd’hui à ma connaissance c’est purement bénévole. C’est un vrai problème, cela représente du temps, de l’investissement, des responsabilités. Il faudrait que cela devienne plus professionnel et nous y croyons. Si la formation qui va être mise en place est reconnue par des établissements médico-sociaux nous aurons fait un grand pas. Nous avons beaucoup discuté durant la recherche car le risque c’est de casser la spontanéité et de revenir à la blouse blanche. Les contours sont assez difficiles à trouver car de toute façon la prise en charge est encore difficile à faire émerger.

Aviez-vous aussi des relations avec les familles des pairémulés ?
Oui, c’est très important dans le cas de jeunes car ils sont parfois surprotégés dans les familles. La pairémulation ® sert à la fois à donner confiance au jeune mais aussi à sa famille, notamment dans le développement de l’indépendance du jeune par rapport à ses parents. Ce qu’un jeune ordinaire acquiert tout naturellement.

Quels sont les obstacles du développement de la pairémulation ® en France ?
Si l’on compare aux États-Unis, dans les associations, les dirigeants comme les salariés des MDPH sont au trois quarts des personnes handicapées. En France ce n’est presque jamais le cas. Nous avons déjà une bonne partie de la réponse. En France tout est verrouillé, le milieu médicosocial ne veut rien lâcher de son pré carré. De plus, en France nous avons la culture du diplôme, et comme cette pratique se fait sans diplôme, il y a une absence de reconnaissance. Dans les pays Anglo-saxons en général, l’expérience a beaucoup plus de valeur. La rivalité avec le corps médicosocial est aussi un obstacle qu’il va falloir lever même si ce n’est pas systématique.

Ce qui est fou c’est que pour le développement de la pairémulation ® en France, nous allons devoir en passer par un diplôme, ce qui est à l’opposé de la philosophie de ce mouvement même si cela n’a pas que de mauvais côtés. Aujourd’hui l’organisme qui reste le plus à même de référer des pairémulateurs c’est le GFPH. C’est donc plutôt vers eux qu’il faut se tourner. Nous essayons aussi de nous tourner vers les écoles d’éducateurs spécialisés IRPS qui pourraient assumer cette future formation.

Est-ce qu’à tout moment de la vie on peut faire appel à un pairémulateur ?
Oui bien sûr, pour tous ceux qui n’ont pas dépassé certaines choses.

Comment peut-on rencontrer un pairémulateur ?
Pour l’instant le GFPH est l’organisme qui a le plus d’adresses mais qui ne les connait pas toutes non plus.

*Le terme pairémulation ® est déposé.

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