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Masculinités et handicap : La question des assistants sexuels en débat

Dans le cadre de la Quinzaine de l’Égalité, Mylan Douthe, coordinateur de la Commission Nationale Politique de la Jeunesse d’APF France Handicap est intervenu lors d’une table ronde sur le thème des « masculinités ». Il a plaidé pour avancer sur la question des assistants sexuels en faveur des personnes en situation de handicap. Il revient sur cet événement et nous fait part de ses pistes de réflexion.

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À l’occasion d’une table ronde sur le thème des « masculinités » lors de la Quinzaine de l’Égalité, Mylan Douthe a plaidé pour avancer sur la question des assistants sexuels en faveur des personnes en situation de handicap. Il revient sur cet événement et nous fait part de ses pistes de réflexion.

Par Mylan Douthe, coordinateur de la Commission Nationale Politique de la Jeunesse d’APF France Handicap. « Masculinité.s ? » : Tel était le thème de la table ronde sur laquelle je suis intervenu le 16 novembre dernier, dans le cadre de la Quinzaine de l’égalité, de la diversité et de la citoyenneté de Bordeaux, suite à l’invitation de Marie-Noëlle Gallois, responsable développement et communication en charge de l’événement. L’idée était de s’interroger collectivement pour savoir quelles sont nos expériences de la masculinité, et notamment au regard du handicap. Non pas dans le but d’apporter des réponses définitives, mais plutôt pour ouvrir le dialogue à partir d’expériences de vies.

Si les mouvements féministes sont parvenus à fissurer plusieurs murs de la société patriarcale moderne, qui s’est employée à censurer toutes les alternatives aux modèles masculins et féminins traditionnels, il n’en reste pas moins qu’il y a encore énormément à faire pour la pleine reconnaissance de la place de toutes les minorités dans la vie de la cité.

On le voit d’ailleurs très bien avec beaucoup de jeunes en situation de handicap qui sont encore très souvent remplis de doutes face à une remise en cause fréquente de leur droit à la vie affective et sexuelle. Ce qui non seulement porte atteinte à leur dignité de façon très claire, mais de surcroît les empêche bien souvent de construire sereinement leurs masculinités.

Rappelons à toutes fins utiles, que comme pour tout un chacun, la vie affective et sexuelle constitue, pour les personnes en situation de handicap, un droit fondamental ! Malheureusement, ce droit leur est encore difficilement reconnu. Et de nombreux tabous sont encore présents.

Certes, j’en conviens volontiers, la question est d’autant plus difficile à appréhender que les situations de handicap sont variées : le handicap peut résulter d’une déficience physique, mentale ou sensorielle.

D’autres facteurs interviennent également dans l’épanouissement des personnes : la présence d’un entourage familial et/ou institutionnel, l’autonomie ou la dépendance des personnes dans la gestion de leur vie affective et sexuelle. Mais les personnes en situation de handicap, tout comme les autres citoyens, ont des besoins et des attentes dans ce domaine, que ce soit dans le cadre de la masculinité ou de la féminité.

Des droits garantis par plusieurs textes de loi

Rappelons également que le droit au respect de l’intimité des usagers hébergés en établissement médico-social a été affirmé par la loi du 2 janvier 2002, rénovant l’action sociale et médico-sociale. En effet, le texte dit la chose suivante : « Dans le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, lui sont assurés : Le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité et de sa sécurité…”

Ces mêmes droits ont été réaffirmés par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Une loi qui pose le principe de non-discrimination à l’encontre des personnes en situation de handicap.

Malheureusement, près de vingt années après le vote de la loi de 2002, le droit à l’intimité et la sexualité des personnes en situation de handicap n’est toujours pas garanti partout, tous ne se donnent pas une obligation de moyens. Fort heureusement, des établissements se mobilisent pour permettre l’accès à ce droit (IEM de Talence, Centre ressources Aquitain VAS/accompagnement à la maturation psychosexuelle).

Mais d’autres dénient le droit à une vie affective et sexuelle, et les dispositifs et espaces permettant d’exercer une sexualité en toute intimité peuvent faire défaut. Dans d’autres encore, on peut toujours constater l’impossibilité de bénéficier de suivis (accès à un gynécologue etc.), d’obtenir des informations liées à la sexualité, d’affirmer librement son orientation sexuelle, de s’isoler, de recevoir la personne de son choix, de vivre en couple avec son/sa partenaire, de s’engager dans des pratiques sexuelles librement choisies, de formuler un désir d’enfant… ou tout simplement d’acquérir un lit double !

Reconnaître et rendre possible la vie intime et sexuelle de tous

Parmi les équipes éducatives, pour celles qui s’emploient à rendre possible la sexualité au sein de leurs établissements, les difficultés sont multiples. Ils se heurtent parfois à l’incompréhension de leurs collègues. D’autres attitudes professionnelles peuvent aller du déni de la réalité de la sexualité chez les personnes handicapées au silence gêné et assourdissant, tolérant une sexualité vouée à la clandestinité. Sans même parler du déficit de formation spécifique des professionnels.

Il est grand temps que notre pays reconnaisse l’existence d’une vie affective, intime et sexuelle pour toutes et tous y compris avec un handicap. Cette reconnaissance passe par la création de nouveaux services, notamment d’accompagnement sexuel faisant appel à des assistants sexuels.
Il ne s’agit pas « d’ouvrir un réseau de prostitution », mais de pouvoir fournir un accompagnement dans leur vie intime et sexuelle aux personnes en situation de handicap, ce qui correspond aux désirs et aux attentes des personnes. Ces assistants de vie sexuelle existent déjà en Belgique, aux Pays-Bas.

Bérangère Couillard, députée de la septième circonscription de la Gironde, avait appelé courageusement, il y a plusieurs mois maintenant, à ouvrir le débat sur ce sujet : « Allons voir comment ont été formées ces personnes et ayons le courage d’avancer sur ce sujet », disait-elle alors. Je la rejoins totalement sur ce point, car il est extrêmement dommageable pour des millions de personnes en situation de handicap qu’elle n’ait pas été entendue. Ce faisant, on maintient purement et simplement une discrimination !

Pour voir un extrait de la table ronde Masculinités et handicap, rendez-vous ici : https://www.facebook.com/story.php?story_fbid=5247473881934620&id=100000161808908&scmts=scwspsdd

En photo : Mylan Douthe, coordinateur de la Commission Nationale Politique de la Jeunesse d’APF France Handicap, et Alexandre Pélissier, représentant du Centre ressource Aquitaine vie affective et sexuelle APF France handicap.

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