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Mariage pour tous : même pour nous ?

 C’est chose faite, le mariage pour tous a été adopté par le parlement, après un débat marathon de 10 jours et 5000 amendements déposés par les députés opposés au projet. On avait aussi eu droit aux manifestations surmédiatisées des opposants : militants historiques du Front National, membres des ultras de Civitas, Royalistes, crânes rasés, curés en soutane, familles souvent nombreuses, Catholiques et à particule, ils étaient venus de toute la France pour scander leurs slogans et exprimer leur vision de la famille et du sacrosaint mariage : un homme papa, une femme maman, pour fonder une famille.

Emmenés par l’égérie foldingue catholique Frigide Barjot, les manifestants bigarrés tentaient de faire passer leur message en évitant à tout prix les propos homophobes – mission impossible. D’ailleurs, on a souvent entendu la phrase suivante : « J’ai rien contre les homos, j’ai même des amis qui le sont ! »,variante du cultissime « je ne suis pas raciste, j’ai une amie plus noire que vous ! » de la non moins culte Nadine Morano.
On peut être sûr que la communauté catholique, majoritaire dans le mouvement « anti-mariage pour tous » serait capable, si elle était interrogée sur le sujet, de s’exclamer « je n’ai rien contre les handicapés, j’ai un ami qui l’est ! ». Mais quand il s’agit de les marier c’est une autre histoire, et pour cause : les églises de notre belle France sont encore très inaccessibles. Il ne suffit donc pas d’être un homme et une femme pour faire valider par une bonne bénédiction les sacrés liens du mariage, il vaut mieux aussi être bien portant et bien marchant pour pouvoir accéder à l’autel et à cette délicieuse hostie.

Côté civil et état français, là aussi le mariage pour une personne handicapée n’est pas vraiment une évidence, pour une raison différente – en général, les mairies françaises sont accessibles. Le problème est ailleurs et tient en un mot : fiscalité. Car pour une personne handicapée bénéficiaire des minimas sociaux (de l’aah par exemple), se marier revient à risquer de les perdre puisque les revenus du conjoint seront prises en compte dans l’attribution de ces mêmes minimaux. En clair, se marier, c’est être obligé de vivre au crochet de l’heureux ou de l’heureuse élu(e) ! Cela fait maintenant des décades que les associations représentatives demandent à ce que le plafond fiscal maximum soit modifié pour qu’enfin, ceux qui ont choisi de se marier ne soient pas pénalisés systématiquement quand ils sont bénéficiaires des minimas. Et cela fait des années que les gouvernements successifs font la sourde oreille à ce sujet. 

Des centaines de couples en France, dont l’un des deux est handicapé ne se marient pas. Non qu’ils ne le désirent pas, notamment pour fonder une famille, mais parce que cet acte officiel les fragilise, alors qu’il devrait les renforcer.

Étonnant, non ?

 

Pierre Bardina

 

Photo : © LUIS LOURO – FOTOLIA.com

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