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Maire en situation de handicap, Yann Jondot se bat pour l’accessibilité

Maire en situation de handicap, Yann Jondot se bat pour l’accessibilité

Yann Jondot se bat pour l’accessibilité à travers son rôle d’élu et de maire en situation de handicap

Yann Jondot est le maire actuel de la ville de Langoëlan, en Bretagne. Maire en situation de handicap, étant paraplégique, il se bat depuis plusieurs années pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Même s’il ne souhaite pas se représenter aux élections municipales en mars prochain, cet ancien sportif a d’autres projets en lien avec le handicap. 

  • Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Avant d’être maire de Langoëlan, j’ai d’abord été international de tennis de table handisport et coach pour les joueurs valides et en situation de handicap.

  • Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter en tant que maire de Langoëlan aux dernières élections ?

D’une part, je l’ai fait dans l’intérêt de la commune. D’autre part, lors des compétitions sportives, justement, je me rendais compte que les personnes qui nous remettaient les médailles ou les prix avaient plus tendance à parler de leur salle polyvalente ou de leurs travaux, que des actions réelles que l’on menait sportivement. Pendant longtemps je leur en ai voulu. Et puis un jour je me suis dit « il faut faire de la politique pour pouvoir revendiquer nos idées, notre situation, et de pouvoir avoir cette place de décideur ». Alors je me suis lancé.

  • Comment s’est passé votre mandat ? Quel souvenir en gardez-vous ?

Mon mandat s’est très bien passé, c’est même un mandat qui m’aura appris beaucoup de choses. C’était très enrichissant humainement. J’avais une force d’aller vers les autres et d’y emmener mon expérience de personne en situation de handicap. C’est très intéressant de voir qu’après tout ce qu’on a souffert, aujourd’hui toutes les démarches qu’on a dû mettre en place servent à tout le monde. C’était un beau mandat pour moi et aussi pour les administrés je pense.

  • Un projet en tête qui vous a marqué ?

Nous avons mené plusieurs projets, dans le cadre notamment, de la situation des personnes handicapées dans les petites communes. Nous avons construit deux pavillons adaptés pour les personnes vieillissantes et handicapées. Et nous avons beaucoup travaillé sur l’accessibilité, au point que j’ai été nommé « ambassadeur des maires bretons de l’accessibilité ». Nous avons fait un grand travail même au niveau national. Nous avons proposé plein de choses. J’ai lancé un défi à l’État en demandant : « Qu’est ce qui est le plus facile aujourd’hui pour une personne paraplégique ? Monter le Kilimandjaro ou espérer qu’un élu apporte des solutions pragmatiques et peu coûteuses ? ».

  • Selon vous, le fait que vous soyez un maire en situation de handicap a-t-il changé le regard des autres sur le handicap ? Ou la manière dont vous êtes perçu par les gens que vous avez côtoyés ?

Au niveau personnel, j’avais déjà un contact très fort avec la population parce que j’ai toujours vécu à Langoëlan. Au niveau extérieur, au niveau de la commune, oui évidemment. Les gens ont fait plus attention, par exemple aux salles de réunions. Ils se sont un petit peu plus posé la question de la situation réelle des personnes handicapées. Surtout on s’est rendu compte qu’on avait une population française vieillissante et qu’il était temps de travailler justement sur l’accessibilité, la mobilité de certaines personnes, le logement. Donc oui, cela a beaucoup influencé mes collègues maires et toutes les personnes que j’ai rencontrées bien évidemment.

  • Pourquoi n’allez-vous pas vous représenter en mars prochain ?

Parce que je suis un petit peu « aventurier ». J’ai fait du sport, je finis la politique et je vais commencer à travailler dans l’industrie. Je pense monter une société. C’est important de se rendre compte qu’une personne handicapée n’est pas forcément quelqu’un qui parle toujours du handicap mais qui a aussi une vie. J’ai une vie, je dirais, comme les autres personnes, donc j’ai d’autres projets. Et puis, j’adore les échéances. J’avais 6 ans pour faire tout ce que j’avais à faire au niveau de la mairie de Langoëlan.

  • Allez-vous tout de même poursuivre votre engagement pour défendre la cause des personnes en situation de handicap ?

Oui, je continue quand-même la politique parce que je reste ambassadeur des maires bretons dans le cadre de l’accessibilité.

Mon statut de maire me permet d’avoir des contacts, parce que nous avons beaucoup travaillé sur l’accessibilité au niveau de tout le territoire breton. Et nous commençons également à le faire sur le territoire national. J’étais sur l’île de la Réunion, j’irai bientôt en Corse et ensuite en Guyane, pour faire des propositions sur l’accessibilité. Durant toutes ces rencontres, je reçois beaucoup de sollicitations pour d’abord aller travailler dans des entreprises, puis ensuite voler de mes propres ailes.

Dans le cadre de la continuité de cette expérience en tant que maire, je vais essayer de travailler très dur. Cela ne va pas être si facile, pour qu’il y ait un référent accessibilité dans toutes les communes de France. Cela veut dire que sur la prochaine échéance électorale, dans le cadre du conseil municipal, une personne – un élu – serait référente sur l’accessibilité comme les référents qui existent aujourd’hui, par exemple, pour la sécurité routière. De cette façon, on aurait vraiment un interlocuteur qui s’occupe de cela pour vraiment avancer sur ce sujet. J’ai déjà contacté beaucoup de maires pour évoquer cet aspect. J’ai échangé avec presque toutes les mairies de Bretagne, je sais donc que c’est difficile. Mais voilà ma prochaine mission.  

  • Avez-vous des attentes par rapport à la personne qui va vous succéder, ou un message à lui transmettre, des conseils à lui donner… ?

Je n’ai certainement pas d’attente, ce n’est pas mon rôle, mais je me suis proposé comme « personne ressource ». Quelle que soit la personne élue, je viendrai à sa demande la renseigner sur tous les dossiers, et si besoin lui faire part de mon expertise. Il n’y a aucun problème pour cela, je me suis déjà proposé.

  • Nous allons bientôt fêter le 15e anniversaire de la loi du 11 février 2005. Que pensez-vous de cet anniversaire ?

Déjà, dans l’idée d’accessibilité, c’est bien triste que nous soyons encore en train de parler de cette loi. Normalement en 2015, tout devait être réglé au moins au niveau des ERP (établissements recevant du public). Malheureusement nous n’en sommes pas là encore aujourd’hui, cinq ans après cette date qui devait pour nous être symbolique et pleine d’espoir. Après, cet anniversaire est bien aussi parce que cela va permet de faire avancer pas mal de choses. On parle de la loi de 2005 et c’est quand même quelque chose de très important.

– Selon vous, quel a été l’impact de cette loi ?

Cela a mis une législation en place qui, pour moi, n’a pas été assez forte. Et c’est peut-être une loi qui, quelque part à travers son enthousiasme, a été un peu trop ambitieuse. Nous n’avons pas connu les résultats que nous aurions dû obtenir. Mais il ne faut surtout pas oublier tout le travail qui a été réalisé par la mise en place de cette loi.

  • Pensez-vous que nous puissions encore en attendre quelque chose aujourd’hui ?

Nous pourrions la moderniser et la rendre complètement réalisable dans les faits, de façon à ce qu’on puisse au moins aller dans le bon sens. On se rend bien compte qu’il y a des choses obsolètes ou qui ne peuvent pas être réalisées concrètement et dans toutes les communes de France. En 15 ans les choses évoluent beaucoup dans une société comme la nôtre, ne serait-ce que par le numérique, les progrès de la robotique, de la domotique. Il faut à tout prix pouvoir l’adapter à notre temps. Il y a beaucoup de choses qui sont applicables par rapport au patrimoine, au relief ou au budget des communes.

L’idée d’un référent accessibilité dans chaque commune de France, pourrait être ajoutée dans cette loi handicap justement. C’est très important car c’est vraiment en passant par la base qu’on pourra faire quelque chose aujourd’hui.

  • Avez-vous quelque chose à ajouter ?

J’entraîne les pompiers sportivement chaque mercredi pourtant je suis paraplégique. J’ai un casier avec mon casque et mes affaires, parce que c’était un rêve d’enfant d’être pompier.
Tout cela pour dire que l’on peut être tous dans des conditions différentes, mais qu’il n’y a aucun rêve ou projet qui s’arrête parce que l’on est en situation de handicap. On peut y arriver quand même, même si c’est de façon différente. C’est vraiment très important et c’est valable pour le fait d’être un maire en situation de handicap mais aussi pour toute autre chose.

Propos recueillis par Camille R.

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