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Le handicap au cinéma : le septième art en débat à Lyon 2

Le handicap au cinéma : retour sur le colloque de l'Université Lyon 2

« Le handicap au cinéma : Images, Visages, Usages » : tel était le thème du colloque annuel dédié au handicap de l’Université Lyon 2 qui a eu lieu le 18 juin dernier.

Quelle image le cinéma donne-t-il de celles ou ceux qui vivent le handicap au quotidien ? C’est l’une des principales questions qui s’est posée lors du colloque « Le handicap au cinéma : Images, Visages, Usages » qui s’est déroulé le 18 juin dernier à l’Université Lumière Lyon 2. Le thème de la première table ronde de la journée était centré sur les images que le cinéma renvoie des personnes en situation de handicap.

De quelles images parlons-nous et quels messages véhiculent-elles ? Voilà la problématique de la première table ronde de cette journée de colloque à l’Université Lumière Lyon 2. Elle était animée par Elsa Grangier, journaliste et chroniqueuse de télévision et spécialiste des questions de société.

Pour certains intervenants, comme, Olivier Grim, docteur en anthropologie sociale et en ethnologie, le discours et l’image du handicap sont parfois « convenus, stéréotypés et empreints d’un certain conformisme ». Ce dernier a pris comme exemple le film de 1932 Freaks de Tod Browning. Ce film est en plein « Âge d’or du cinéma fantastique » avec par exemple L’île du Docteur MoreauFrankenstein ou encore Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Ce sont souvent des films d’horreur ou fantastiques, où l’on rejette la différence de l’autre avec peur et dégoût. Seulement, Freaks, aurait pu être une histoire vraie. « Pourquoi représenter des créatures chimériques et monstrueuses alors que la réalité dépasse toujours, et de très loin, la fiction ? » s’interroge Olivier Grim.

Le synopsis de Freaks est celui-ci : Dans une troupe de cirque, le nain Hans, fiancé à l’écuyère naine Frieda, tombe amoureux de l’acrobate Cléopâtre. Apprenant que Hans vient d’hériter d’une grande fortune, celle-ci décide de l’épouser pour ensuite l’empoisonner avec la complicité de son amant Hercule. Mais à la fin, « les nains restent avec les nains et les méchants sont punis. Chacun reste à sa place. » Et si Cléopâtre était vraiment tombée amoureuse de Hans ? L’histoire aurait sans doute été beaucoup plus complexe et intéressante…

Si la différence, le handicap étaient avant vus comme des monstruosités, pour Emmanuelle Dal Secco, journaliste à Handicap.fr et spécialiste du cinéma, une « évolution favorable » se met en place dans les années 1980. Le fantastique et l’horreur laissent place à la comédie dramatique avec des films comme Rain Man ou Forrest Gump. Même s’ils sont « un peu stéréotypés, parce qu’on présentait l’autisme comme quelque chose d’un peu exceptionnel. C’est loin d’être la réalité des personnes autistes en général. »

Mais selon la journaliste, c’est depuis deux ou trois ans qu’une réelle avancée se fait sentir pour le handicap au cinéma. « Je suis étonnée par la recrudescence de films qui ont pour thème le handicap, et qui le traitent dans la vie quotidienne. Le handicap nourrit réellement le cinéma ces dernières années et de manière plutôt malicieuse. Ce qu’on ne faisait pas il y a 30 ou 40 ans, on le fait aujourd’hui. Intouchables a certainement fait un peu basculer les choses. On a pensé que ça allait révolutionner l’image du handicap. Je ne suis pas sûre que ça ait été aussi flagrant mais je pense que ça a néanmoins ouvert les esprits. »

Luc Boland, réalisateur et organisateur de The Extraordinary Film Festival, nous a fait partager sa pensée.

« Dans notre public, nous avons 3 à 10 % de personnes porteuses d’un handicap. Notre objectif c’est de réfléchir à la représentation que l’on a de la personne handicapée. Qui peut demander à une personne née aveugle ce qu’elle perçoit visuellement dans son cerveau ? Est-ce le noir, est-ce le blanc ? On va tous imaginer que c’est le noir dans notre représentation de voyants. On a tous nos représentations. Il y a autant de formes de handicap qu’il y a d’êtres humains. »

The Extraordinary Film Festival, axé sur le handicap au cinéma, prend de plus en plus d’ampleur puisque qu’il reçoit de plus en plus de films sur le handicap chaque année. La première édition en 2011 a reçu 120 films, pour la prochaine en novembre 2019, il y en aura plus de 830 ! « C’est absolument incroyable et ça montre qu’il y a une émergence qui se passe au niveau du handicap », s’est réjoui Luc Boland.

Même si une prise de conscience est en marche, elle est « trop lente ». Il reste encore des efforts à faire pour mettre le handicap plus en avant. Rappelons que les personnes en situation de handicap représentent 20% de la population française, mais 0,7% du paysage télévisuel d’après le CSA.

Pour en savoir plus sur les festivals qui mettent en valeur le handicap au cinéma :

The Extraordinary film Festival : https://teff.be/

Le Festival International du Film sur le Handicap : https://www.festival-international-du-film-sur-le-handicap.fr/

Camille Romand

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