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LADAPT Rhône-Métropole de Lyon : une réponse à la hauteur de la crise

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Face à la crise sanitaire et économique, LADAPT Rhône-Métropole de Lyon se mobilise

Nous avons rencontré Nathalie Paris, directrice de LADAPT Rhône-Métropole de Lyon. Elle nous explique comment ses équipes ont géré le confinement et la crise sanitaire, et comment les personnes accompagnées ont été maintenues dans un cercle de solidarité pour éviter toute rupture avec la vie sociale et les services de LADAPT. Article paru dans notre magazine de janvier-février 2021.

Comment avez-vous abordé la crise sanitaire et ses conséquences sur les personnes en situation de handicap qui dépendent de vous et de votre personnel ?

Notre principal objectif a été la protection et le maintien du lien dans l’accompagnement. Le premier constat est la différence d’aisance entre les personnes sur le plan numérique, sans corrélation avec la situation de handicap. Le deuxième point, c’est la capacité d’adaptation au changement. Des personnes que nous pensions peu adaptables ont plutôt bien réagi, et au contraire, certaines que l’on pensait autonomes ont eu du mal avec cette nouvelle situation.

Pour les professionnels comme pour les usagers, cette crise a révélé des fragilités psychiques parfois inattendues. C’est là que la qualité de l’anticipation et de l’organisation prend tout son sens. Nous avons pu observer que les outils d’accompagnement personnalisés sur l’ensemble des services étaient pertinents.

Cela nous a amené à organiser, au-delà des contacts téléphoniques, des visites à domicile pour renforcer le lien avec les usagers. Nous utilisions déjà des plateformes virtuelles pour de la formation à distance, ce qui nous a permis d’assurer la continuité des services. Notre parc informatique était suffisant pour prêter du matériel. Certains outils innovants ont été utilisés, par exemple pour former des personnes aux gestes et postures pour le télétravail, la formation et la réadaptation à distance.

Comment vivez-vous cette situation au sein de LADAPT Rhône-Métropole de Lyon ?

Cette crise a en quelque sorte développé la capacité d’agir des usagers ; elle a bousculé la place de chacun. Les professionnels ont dû parfois se repositionner. La distanciation sociale n’a pas réduit la proximité de l’accompagnement. Nous avons pratiqué « la ruse » (au sens du sociologue Pierre Vidal-Naquet). Par exemple, un bénéficiaire avait son domicile « infesté » de punaises. Nous avons dû lui faire une attestation de sortie dérogatoire pour qu’il puisse prendre une douche – hors domicile – alors que tout était fermé en période de confinement. De même, pour des personnes atteintes de troubles psychiques, insécurisées à l’idée de sortir de chez elles, nous avons mis en place les ressources pour assurer leurs courses, sans quoi elles ne se nourrissaient plus.

Cette crise nous a également amenés à renforcer l’aide aux aidants. Ces derniers nous « appelaient à l’aide » pour pouvoir souffler un peu. Nous sommes d’ailleurs, depuis 2020, au Conseil d’Administration de la Métropole Aidante. C’est un lieu ressource important pour les échanges de pratiques à ce sujet.

Dès le début du confinement, nous avons favorisé le lien au sein des équipes, en particulier par le maintien des séances d’analyse de la pratique. Cela s’est avéré extrêmement précieux pour les soutenir et conserver les habitudes de travail pluridisciplinaires.

Un autre aspect important à souligner est le lien avec les partenaires sociaux. Dans une ambiance générale anxiogène, il était crucial que le climat social soit le plus serein possible. Lors du déconfinement en mai, les membres de la CSSCT (Commissions Santé, Sécurité et Conditions de travail), venus dans les locaux avant la réouverture, ont été très rassurés par les protocoles que nous avions mis en place.

Pour la première fois, l’Agence Régionale de Santé a reconnu l’instance représentative des usagers (Conseil de la Vie Sociale) comme instance légitime pour valider nos plans de retour à l’activité au moment du déconfinement. C’est un signe de démocratie sanitaire important.

Quels sont les problèmes que vous avez rencontrés ?

Nous avons fait une enquête auprès des usagers afin de mesurer le degré de difficultés rencontrées. Dans un questionnaire qui faisait apparaître une échelle de 1 à 4 (le 1 étant le plus en difficulté), les résultats ont fait ressortir que 33% des personnes ont connu de grandes ou moyennes difficultés, contre 67% qui n’ont pas connu de difficultés ou très peu. Cela montre un haut niveau de résilience. Chez les 4% de personnes qui ont connu de grandes difficultés, c’est l’isolement et l’incertitude qui ressortent en tête des préoccupations. Celles-ci ont été pondérées par une bonne communication avec LADAPT, des outils adaptés et un bon accompagnement. Une expérience d’entraide spontanée est née.

Que pouvez-vous dire sur l’emploi des personnes en situation de handicap en 2021 ?

C’est une grande préoccupation. Nous n’avons pas eu de sortie à l’emploi à l’ESAT Hors-Murs en 2020 alors que nous étions proches de 10% en 2019. Pour les autres services, nous avons eu de belles réussites d’emploi en milieu ordinaire. La Semaine Européenne pour l’Emploi des Personnes Handicapées (SEEPH) a été maintenue lors du deuxième confinement sous forme digitale. Nous avons développé pour cela un nouveau concept de rencontres entre entreprises et candidats, le « Handigital-Café ». 2021 sera une année complexe. En période de tension économique, les entreprises vont souvent au plus facile et risquent de ne pas s’investir pour les personnes en situation de handicap. Notre mobilisation demeure entière pour favoriser le « travailler ensemble, égaux et différents ».

Pour en savoir plus : https://www.ladapt.net/

En photo : Nathalie Paris, directrice de LADAPT Rhône-Métropole de Lyon.

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