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La volonté de mettre en adéquation métiers et handicaps

Filiale électricité et maintenance du groupe Bouygues, la société ETDE réalise un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euro et emploie 13 000 personnes dont 8 500 en France. Didier Rabiti en est le responsable de la Mission Handicap depuis le printemps 2005. Il est également en charge de la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. Alors que le second accord va débuter, il nous livre ses réflexions sur l’intégration du handicap dans une entreprise de BTP.

ETDE affiche aujourd’hui un taux d’emploi légèrement supérieur à 4%, soit une progression de 1% au cours du premier accord triennal. Et ce, malgré l’application de la loi de février 2005 qui avait fait chuter le taux de 5,8% à 3% en obligeant les entreprises du bâtiment à réintégrer des emplois jusque là exclus, comme le compagnonnage.

H. : Quel bilan tirez-vous du premier accord et qu’attendez-vous du deuxième ?
Didier Rabiti : Le bilan que nous avons fait avec la Direction du Travail s’est avéré globalement positif. En effet, nous avons effectué soixante recrutements. Nous avons également su garder plus de gens, divisant par deux le nombre des départs et, grâce aux actions de communication menées en interne, nous avons enregistré plusieurs déclarations. Après une période où a primé le quantitatif, nous envisageons l’avenir de manière plus qualitative. Il sera en effet difficile de dépasser le chiffre de soixante embauches car il sera difficile de trouver les profils techniques que l’on recherche. Nous avons déjà assuré la formation de onze personnes handicapées, sans quoi il aurait été difficile d’atteindre ce chiffre…

H. : En pratique, comment procédez-vous ?
D.R. : Il faut prendre des personnes motivées et capables, effectuer un pré-recrutement puis la formation. Cela débouche sur des CDI pour des personnes formées « sur mesure » et nous tenons à capitaliser ce genre de recrutement. Même si la dynamique va être moindre dans les années à venir, en particulier parce qu’il va être difficile de trouver des profils. On se dirige vers une formation en alternance pour bénéficier d’un recrutement de qualité et participer à l’emploi des personnes handicapées. Nous sommes face à un triple enjeu : l’employabilité des personnes handicapées, la qualité afin de pourvoir nos postes avec des personnes capables et bien sûr atteindre les objectifs de l’accord.

 

H. : Dans quel secteur recrutez-vous ?
D.R. : Les métiers sont très diversifiés. Contrairement à ce que l’on pense généralement, deux tiers des personnes handicapées travaillent en production, soit sur les chantiers, soit dans l’encadrement des chantiers. Il s’agit souvent dans ce cas de personnes maintenues dans leur emploi suite à des aménagements de postes. Nous recrutons une grande variété de profils et finalement pas tant de profils sédentaires… en fait les postes se répartissent pour moitié entre sédentarité et production.

H. : Quel est le rôle de la Mission Handicap ?
D.R. :
Elle contribue à démythifier le handicap. Pour cela, nous menons des opérations de sensibilisation en interne afin de faire changer le regard de certains de nos collaborateurs. Nous avons un métier où les accidents sont fréquents et le maintien dans l’emploi n’était pas une nouveauté pour nous au moment du premier accord. Nous avions déjà vécu ce genre de situation de retour à l’emploi. L’accord a permis la mise en place d’une méthode et d’une meilleure anticipation du retour de la personne handicapée. Au-delà de l’identification de la personne en arrêt de plus de trois mois, il fallait tout faire pour rendre son retour possible : adaptation, reconversion et formation. Il n’est plus possible de travailler sur la question du retour à l’emploi au moment de la visite de reprise…

H. : Justement, quels sont vos rapports avec les médecins du travail ?
D.R. : Nos rapports sont un peu difficiles du fait de la dispersion géographique. Nous avons quelques deux cent implantations en France. On rencontre tous les cas, collaboration idéale et dialogue ou médecins moins présents selon les régions. Nous envisageons, dans le cadre du deuxième accord, une meilleure communication avec les médecins du travail. Une communication globale si possible. Il existe déjà un comité de maintien qui rassemble les RH, les patrons, les responsables sécurité, les médecins, les personnes relais de l’accord, les assistantes sociales et les spécialistes si nécessaire, comme des ergothérapeutes. Nous enregistrons une bonne réaction de la part des médecins qui sentent une vraie volonté de notre part d’assurer le retour à l’emploi. Il y a un véritable enjeu dans ce travail avec les médecins du travail. En effet, le recensement des Travailleurs Handicapés par l’employeur est lié à la seule volonté de reconnaissance de ces derniers. Le médecin du travail pourrait être un relais intéressant, avec une autre approche de la déclaration du handicap par le salarié que celle du patron.

H. : C’est, à votre avis, la solution d’avenir ?
D.R. : On pourrait imaginer que chaque fin d’année, ce soit les médecins du travail qui fourniraient le nombre exact de TH, même si ceux-ci ne se sont pas déclarés eux-mêmes. Cela permettrait un recensement plus juste, et soumise au secret médical, et une amélioration certaine du taux d’emploi déclaré. Nous avons l’exemple de personnes qui ont un handicap flagrant et qui refusent de le déclarer. Pour l’entreprise, cela constitue une vraie perte sur le pourcentage d’emploi de personnes handicapées. Si un tel recensement des salariés susceptibles d’être reconnus handicapés était effectué, je pense qu’on ne serait pas loin des 6%… Et l’on pourrait même imaginer un taux plus élevé encore si la reconnaissance était purement médicale et non administrative. D’où l’importance de notre démarche en direction des médecins du travail.

H. : Existe-t-il une politique globale par rapport au handicap au sein du groupe ?
D.R. : Il existe des comités de coordination, nous échangeons avec nos homologues des autres filiales du groupe Bouygues. Il y a une volonté d’accompagner les filiales, mais pas réellement de politique de groupe. Plusieurs filiales ont signé un accord d’entreprise, ETDE, TF1, Quille (entreprise Rouennaise) et Bouygues Telecom. Quelques structures sont sous convention avec l’Agefiph. Chacun avance à son rythme. La sensibilisation constitue un sujet capital. Nous organisons chaque une journée de sensibilisation. C’est une journée d’échange et de mises en situation à tous les niveaux, du comité de direction jusqu’aux employés. Ce genre d’action a un impact fort car la prise de conscience des plus hauts échelons redescend forcément auprès du personnel. Nous avons fait réaliser un film qui présente les témoignages de quatre employés d’ETDE et nous le projetons lors de chaque réunion d’information, convention ou assemblée.

H. : Un mot de conclusion ?
D.R. : Nous sommes dans une situation où il y a une grande diversité de métiers face à une grande diversité de handicaps. Il y aura un moment où il y aura adéquation entre métiers et handicaps.

Propos recueillis par Serge Mouraret

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