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Aidants et handicapArchives des articles et dossiers du handicap

« La première difficulté est de concilier une mission d’aidant avec le reste de sa vie »

Florence Leduc est présidente de l’Association Française des Aidants.

 

Pouvez-vous nous présenter l’Association Française des Aidants ?

L’Association Française des Aidants (AFA) a été créée en 2003. Elle a pour objectif de soutenir les aidants et portent un projet politique fort : Faire savoir que dans notre pays beaucoup de gens sont solidaires de leurs proches. Ces aidants sont de tous les âges, toutes les catégories sociales et aident des personnes qui rencontrent des difficultés de tous ordres.

Le point le plus sensible aujourd’hui consiste à faire en sorte que la société mette à la disposition des personnes qui ont des difficultés de vie toutes les mesures nécessaires pour leur permettre un accès suffisant aux compétences des professionnels. Le but étant de ne laisser aux aidants que la partie pratique de l’accompagnement quotidien : les papiers, les courses… Les aidants doivent pouvoir concilier leur fonction d’aide avec leur travail, leur santé et leur vie sociale.

 

Quelles actions met-elle en œuvre ?

– L’association développe avec les acteurs locaux de toute la France (CCAS, MDPH, maisons d’accueil, crèches…) un réseau national de Café des Aidants. Objectif : apporter aux aidants une réponse de soutien dans différents lieux, temps et espaces. À l’occasion de réunions organisées régulièrement dans plus de 70 localités partout en France, ils peuvent ainsi venir rencontrer une équipe de l’AFA (organisateurs, psychologue…) et échanger librement avec les autres participants de leur secteur.

– L’AFA propose également des ateliers santé. Certains aidants ont une santé altérée du fait de leur rôle. On leur propose de venir débattre sur la question des signes qui peuvent montrer une altération de la santé (perte de sommeil, de poids, d’appétit, fatigue…) et nous travaillons avec eux sur l’identification des déterminants de la santé auxquels ils doivent être attentifs.

– Nous proposons également des formations :

* Aux professionnels (MDPH, équipe de l’AFA, services d’aide à domicile, services infirmiers…) pour leur permettre de trouver, dans le cadre d’une relation avec une personne fragile, leur juste place ; et pour les guider dans la relation à trois qui se créer entre eux, l’aidé et les aidants, afin de que chacun exerce son rôle et que personne n’empiète sur celui des autres.

* Aux aidants, à travers le même type de formations à la différence qu’on ne les forme pas à faire des gestes professionnels, qu’ils ne devraient en principe pas avoir à réaliser. On se concentre sur les gestes pratiques du quotidien (savoir relever la personne…) mais l’essentiel de la formation porte sur le questionnement par rapport au rôle d’aidant et ses frontières.

– Nous mettons par ailleurs beaucoup d’actions en œuvre pour communiquer sur le thème des aidants et nous entourer d’un maximum de partenaires actifs et représentatifs.

 

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les aidants aujourd’hui ?

Il y a une difficulté principale. Elle repose sur la question de la conciliation entre la mission d’un aidant et le reste de sa vie. Être aidant ne signifie pas ne plus avoir d’autre vie. Et dans les faits il souvent extrêmement difficile pour eux de continuer à vivre pleinement une vie familiale (pourtant très importante), sociale et professionnelle. À noter que 48% des aidants exercent une activité professionnelle en parallèle. Se maintenir en bonne santé est également l’une des principales difficultés et de nombreux aidants ne sont pas en bonne forme.

 

Comment améliorer la situation ?

– Un aidant doit rester dans son rôle, organiser un relai efficace entre les professionnels de l’aide à domicile, lui-même et les autres proches de la personne aidée lorsque c’est possible.

– L’aidant doit veiller avec beaucoup d’attention à sa propre santé, en allant consulter un médecin et/ ou en participant à des actions de sensibilisations telles que les ateliers santé de l’AFA.

– Plus globalement, nous devons aussi travailler avec les entreprises, pour permettre aux aidants de continuer à travailler. C’est une catastrophe que les aidants arrêtent de travailler. Pour beaucoup d’entre eux le travail est une planche de salut, qui leur garantit de leur argent, des contacts extérieurs et avenir. Il est plus que nécessaire de mettre en place des aménagements dans les entreprises. , et notamment de faire évoluer certains modes de fonctionnement et de vie au travail. Par exemple les réunions importantes devraient être évitées après 18h30… On pourrait prendre exemple sur des pays mieux organisés car il y en a.

– Nous devons également continuer à développer des lieux de répit qui restent rares aujourd’hui. Autrement que des lieux de répit, on peut élaborer d’autres systèmes : envoyer quelqu’un à la maison, faire appel à un lieu d’accueil temporaire pour la journée (établissements de solidarité…), ou faire jouer la solidarité familiale et celle des amis.

 

Dans quelle mesure les aidants sont-ils reconnus aux yeux de la société aujourd’hui ?

Ils commencent à être reconnus. Cependant on en parle souvent comme des gens qui souffrent et sont malheureux. Or, 60% des 1200 répondants à notre dernière enquête se sont déclarés heureux d’apporter un soutien. Les aidants sont dans une situation difficile mais ce n’est pas pour cela qu’ils sont malheureux. De plus en plus parviennent à s’organiser de manière à bien concilier les différents pans de leur vie. Sur le plan législatif, je ne crois pas que la réflexion soit suffisamment mûre à l’heure actuelle et la loi d’adaptation au vieillissement n’est pas encore terminée au moment où l’on parle. Concernant le statut des aidants, je ne suis pas spécialement pour que l’on en crée un, ce n’est pas forcément utile. Le point fondamental c’est surtout que l’on ne confonde pas aidant et infirmier. Cela ne se règle pas par la loi.

 

Les dernières études en date estiment à 8,3 millions le nombre d’aidants en France, et à 164 milliards la contribution qu’ils apportent à l’économie française. Que pensez-vous de ces chiffres ?

8,3 millions d’aidants, cela montre bien que nous sommes tous concernés. Le chiffre de 164 milliards de contribution est intéressant pour frapper les esprits mais n’apporte pas plus. Il donne un aperçu de ce qui se passerait si un jour les aidants décidaient de ne plus rien faire pour leurs proches.

 

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

L’Association Française des Aidants a créé un outil mis à disposition des proches aidants. Il s’agit d’un outil électronique d’évaluation qui permet à l’aidant de trouver son rôle et sa juste place, de mesurer à quel point la situation lui pèse, de ne pas oublier de penser à sa santé… On le donne lors de nos sessions d’informations.

 

Propos recueillis par Caroline Madeuf

 

Plus d’infos sur : www.aidants.fr

 

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