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« La moitié des dyspraxies ne sont pas diagnostiquées »

Rencontre avec Marianne Delétang, présidente de l’association Dyspraxique Mais Fantastique.  

 

Pouvez-vous vous présenter ?  

J’ai découvert l’association Dyspraxique Mais Fantastique (DMF) en 2007, au moment où l’une de mes filles est entrée à l’école et a rencontré des difficultés liées à la dyspraxie. Je suis d’abord entrée au Conseil d’administration en 2011 avant de devenir présidente de DMF en 2015.  

 

Qu’est-ce que la dyspraxie ?  

La dyspraxie est une altération de la coordination et de l’automatisation des gestes de la vie quotidienne. En principe, chacun automatise tout en matière de successions de mouvements, dès lors que le geste est appris (manger, s’habiller, marcher, conduire…). Mais une personne dyspraxique doit réapprendre chaque geste et enchaînement tous les jours. Ce trouble est souvent banalisé et relié à tort à un retard intellectuel, alors que ces personnes sont tout aussi intelligentes que les autres, voire plus, car elles vont compenser une difficulté et étant plus performantes ailleurs. C’est un handicap invisible, aussi appelé syndrome de l’enfant maladroit.  

 

Quelles sont les différentes formes de dyspraxie ?

 

Il existe de nombreuses formes de dyspraxies, qui peuvent être associées.  

– La dyspraxie constructive : difficultés à assembler plusieurs éléments (couture, bricolage, Légos…).

– La dyspraxie visuo-spatiale : trouble dans l’organisation des gestes et trouble du regard (mouvement des globes oculaires), difficulté à fixer… Par exemple, cela peut se traduire par une incapacité à se situer pour écrire sur un tableau ou en haut à gauche d’une feuille de papier.

– La dyspraxie non-constructive : trouble de la séquentialité des gestes. Mener une action qui comporte plusieurs étapes demande de nombreux gestes différents. Par exemple pour manger : prendre la fourchette, prendre le couteau, piquer avec la fourchette, utiliser le couteau pour couper…

– La dyspraxie idéatoire: difficulté à manipuler des objets, manipuler un compas, allumer des allumettes…

– La dyspraxie idéomotrice : difficulté pour comprendre ou mimer des gestes, faire « chut »…

– La dyspraxie oro-faciale : difficultés pour souffler, siffler, parfois pour déglutir ou parler.

– La dyspraxie de l’habillage : difficulté à enfiler des vêtements, à utiliser une fermeture éclair, des lacets…

– La dyspraxie dysgraphique : trouble dans l’écriture, par exemple besoin de réapprendre chaque jour à faire la courbe du a…  

 

La dyspraxie est souvent associée à d’autres troubles dys (langage, attention…) même si ce n’est pas systématique.  

 

À partir de quel moment les symptômes peuvent apparaître ? Comment les repérer ?

 

Les symptômes sont présents dès la naissance et sont perceptibles quand l’enfant commence à marcher tard et pas forcément normalement, se cogne, renverse les choses, montre globalement une lenteur d’exécution, une certaine maladresse, une grande fatigabilité Cela peut se voir aussi à l’entrée à l’école, si l’enfant ne sait pas faire les mêmes choses que ses camarades (gommettes, écriture, coloriage sans dépasser…).   

Le véritable problème c’est que la dyspraxie n’est pas forcément visible et que l’on va souvent considéré que l’enfant est maladroit sans chercher plus loin. C’est pourquoi il très important de faire mieux connaître la dyspraxie.  

 

Quelles peuvent être les répercussions de la dyspraxie dans la vie quotidienne ?  

La dyspraxie peut avoir des répercussions sur tous les plans (habillage, toilette, prise de repas, école notamment pour les mathématiques et la géométrie, le travail manuel, la conduite, les loisirs…). À cela s’ajoutent des difficultés d’organisation de manière générale et une grande fatigabilité dans la mesure où les dyspraxiques doivent réfléchir beaucoup plus que les autres pour chaque action réalisée.  

 

Les symptômes de la dyspraxie peuvent-ils s’estomper au fil du temps ?  

Ils ne peuvent pas disparaître, mais si la dyspraxie est diagnostiquée assez tôt et qu’une bonne rééducation est menée, l’enfant va pouvoir mettre en place des stratégies de compensation qui vont devenir de plus en plus efficaces au fur et à mesure qu’il va grandir. Différents outils peuvent également aider les dyspraxiques à compenser leurs difficultés : ordinateur, voiture à boîte automatique.

La force des personnes dyspraxiques est souvent l’oral, qu’ils vont beaucoup développer pour compenser les autres difficultés. Favoriser le verbal, en particulier dans les apprentissages peut ainsi leur permettre de dépasser leurs difficultés.  

 

Quelle est la proportion de personnes souffrant d’une dyspraxie en France ?

 

On estime que la dyspraxie concerne environ 5% de la population française (environ 7% des enfants) et que la moitié n’est pas diagnostiquée.  

 

Comment obtenir un diagnostic ? Et ensuite ?  

Lorsque des signes se présentent, l’idéal est de se tourner vers un professionnel de santé en commençant par le médecin généraliste ou le médecin scolaire. Il pourra ensuite orienter les parents vers un pédiatre, un neuropédiatre, un orthophoniste et/ou un neuropsychologue. Les tests de quotient intellectuel permettront de montrer que l’enfant a une intelligence normale. En général, un enfant dyspraxique va réussir les tests verbaux, mnésiques et raisonnementaux ; mais on va constater une cassure avec les tests visuels, spatiaux et praxiques. Même si les enfants à haut potentiel développent des stratégies de compensation, les résultats sont en principe assez nets.

Dès lors on sera en mesure de parler de dyspraxie. Un bilan sera fait sur les plans de l’orthophonie, l’orthoptie, la psychomotricité et l’ergothérapie, afin d’évaluer la meilleure rééducation et les mesures de compensation à mettre en place.  

À partir de là, nous recommandons aux familles de rester positives, et de valoriser les points forts de l’enfant tout en identifiant ses points faibles – sans pour autant chercher à les faire disparaître à tout prix. Chacun a ses points forts et points faibles, l’important est de trouver ce qui peut correspond le mieux à nos atouts et ce qui crée le moins de difficultés, notamment en matière d’études et d’emploi.  

 

Que propose l’association Dyspraxique Mais Fantastique ?  

L’association Dyspraxique Mais Fantastique a une couverture nationale avec des référents présents dans toute la France. Elle a pour objectif de rassembler des gens dyspraxiques de tous âges, afin de leur permettre de se connaître entre eux, de créer des liens y compris entre familles. Nous proposons également un soutien aux familles lorsqu’elles rencontrent des difficultés (travail, école, administration, prêt de matériel…).

En parallèle, nous assurons des minis formations à destination des enseignants. Nous animons aussi régulièrement des conférences et colloques.  Le 10 octobre prochain, nous participerons comme chaque année à la Journée des Dys, lors de laquelle des événements sont organisés dans toute la France par des associations qui travaillent autour des troubles dys.

Par ailleurs, l’association DMF participera au marathon de Paris en mars 2016, avec un groupe formé par des membres de l’association.  

 

Pour plus d’infos sur la dyspraxie et l’association Dyspraxique Mais Fantastique, rendez-vous sur : http://dyspraxie.info/ 

 

Propos recueillis par Caroline Madeuf  

 

 

Quelques ouvrages recommandés par l’association Dyspraxique Mais Fantastique…

 

L’Enfant dyspraxique: Mieux l’aider, à la maison et à l’école

Dans ce livre, Caroline Huron utilise ses compétences de médecin pour comprendre les aspects cliniques, son expérience de psychiatre pour évoquer les parcours psychologiques des enfants et de leurs parents, ses connaissances en sciences cognitives et son expérience de mère d’enfant dyspraxique pour vous aider à faire face au mieux aux difficultés rencontrées. Des informations scientifiques solides pour comprendre l’enfant dyspraxique ; des conseils pratiques pour l’accompagner dans la vie quotidienne, à la maison comme à l’école. Caroline Huron est psychiatre, chercheuse en sciences cognitives à l’Inserm dans le Laboratoire de neuro-imagerie cognitive.

Caroline Huron, 2011, éditions Odile Jacob, 198 pages, 22, 25€.  

 

Maladresses et Dyspraxies de l’Enfant

La dyspraxie de l’enfant est une déficience du développement de l’organisation motrice. Ce trouble reste encore trop méconnu dans nos pays francophones, européens surtout. Nous avons voulu faire le point sur nos connaissances à travers une synthèse qui s’adresse d’abord à tous les professionnels de la santé. Mais des parents et des enseignants intéressés y trouveront matière à réflexion et informations pratiques.

Serge Dalla Piazza, 2011, éditions L’Harmattan, 152 pages, 14,50€.    

 

Et encore à l’envers ! : L’autre histoire de Dagobert…

Comprendre la dyspraxie et la dédramatiser : c’est ce que propose cet ouvrage composé de textes faciles d’accès et de photos. Un livre ludique qui s’adresse aussi bien aux enfants – dyspraxiques ou non – qu’à leur entourage.

Christine Teruel, Julie Eugène, 2008, éditions Afphivolis, 12,52 euros.

   

Même pas grave ! : L’échec scolaire, ça se soigne

Les notes baissent, l’école n’en veut plus. À la maison, la tension monte. Tout le monde est à bout. Pas si grave, affirme le Dr Olivier Revol, la souffrance n’est pas une fatalité. Précocité, hyperactivité, dyslexie : poser un diagnostic fiable est le premier pas vers la guérison. Le traitement suivra, animé par une équipe parents-médecins-enseignants cohérente et soudée. Des récits et témoignages tirés de l’expérience d’un pédopsychiatre en lutte contre l’isolement des enfants en difficulté et de leur famille ; des outils pour identifier le trouble et les méthodes adaptées pour le traiter ; des conseils rassurants pour tous les parents et enseignants confrontés à la spirale de l’échec scolaire.

Olivier Revol, 2007, éditions Bien-être J’ai lu, 342 pages, 7,30 €.

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