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Jeux Paralympiques de Tokyo : Le regard de Rudi Van den Abeele

Rudi Van den Abeele, ancien nageur et athlète international handisport, notamment en athlétisme, nous fait par de son point de vue sur le handisport à l’approche des Jeux Paralympiques de Tokyo.

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« Nous allons de plus en plus vers le sport spectacle », commente Rudi Van den Abeele, vice-président de la Fédération Française Handisport, à l’approche des Jeux Paralympiques de Tokyo.

Rudi Van den Abeele, ancien nageur et athlète international handisport, notamment en athlétisme, est aussi l’homme qui a fondé le club handisport de Bourgoin-Jallieu en 1976. Rudi est aussi vice-président de la Fédération Française Handisport, Chargé de mission Sports, du développement de la classification et des relations Internationales. À ce titre, il répond à nos questions sur la pratique du para-sport en France et sur l’engagement de la France aux Jeux Paralympiques de Tokyo.

Compte tenue de la crise sanitaire qui perdure, quel regard la FFH porte-t-elle sur l’organisation des Jeux Paralympiques de Tokyo ?

Les Jeux ont été reportés une fois et tous les athlètes se sont préparés pour cette édition 2021. Le fait que les Jeux aient lieu, c’est je pense une très bonne chose pour les sportifs. En qualité de fédération sportive, nous ne pouvons que répondre favorablement aux engagements que nous avons vis-à-vis de nos partenaires. Tous les quatre ans, cet événement représente le sport et le handisport au niveau mondial. Nous nous engageons en tant que fédération à amener nos partenaires dans le lieu qui représente le summum de la compétition sportive et cela vaut pour les athlètes. Nous faisons confiance aux Japonais pour l’organisation et la sécurisation des Jeux. Je pense que les contraintes liées à la crise n’auront pas d’influence sur les athlètes. En France aucun athlète n’a décliné sa sélection paralympique. Il nous a seulement été demandé de limiter la taille de la délégation aux opérationnels.

Malgré tout, ces Jeux pourraient-ils dégradés en termes de performances ?

Nous avons toujours vu les athlètes se dépasser dans ces circonstances mais il est vrai que les conditions de préparation n’ont pas été optimales. La plupart des athlètes ne savent pas se situer par rapport à leurs concurrents au niveau international ; surtout les Asiatiques, les Européens, les Américains et les Sud-américains ne se sont presque jamais croisés sur le peu de compétitions qui ont eu lieu les deux dernières années. Malgré tout, des records mondiaux ont été battus au cours de ces derniers mois..

L’entraînement des français a-t-il été selon vous au niveau de l’enjeu des jeux Paralympiques de Tokyo ?

Depuis septembre 2020, le Gouvernement a mis en place des dérogations pour les athlètes de haut niveau afin qu’ils puissent se préparer dans les meilleures conditions. Aujourd’hui le but des athlètes qui vont aux Jeux, c’est de ramener une médaille. La participation ne suffit plus, les ambitions sont très hautes. Nous pouvons ressentir d’ores et déjà les prémisses de la préparation pour Paris 2024 ; la sélection 2021 n’est plus ce qu’aurait été la sélection 2020.

Quels engagements supplémentaires la FFH doit-elle accepter pour accompagner les athlètes vers les Jeux ?

À ce jour, autour des athlètes de haut niveau, il y a une équipe ; technique ; médicale, préparation mentale, du matériel spécifique des fois financé à 25% par la FFH, ce qui représente une charge énorme. Mais notre budget reste minime au regard du budget de l’Angleterre qui se chiffre à plusieurs dizaine de millions de livres. L’écart entre pays est encore énorme et je ne compte pas les pays pauvres. La différence s’explique par une approche de subventions en France alors qu’en Angleterre, par exemple, ce sont des sponsors privés qui s’engagent. La Fédération s’engage aussi à ce que chaque athlète bénéficie d’une certaine reconnaissance médiatique et pour cela nous avons beaucoup investi tant au niveau financier qu’humain.

Comment les athlètes français se perçoivent-ils au niveau international ?

Ils se considèrent tous comme des athlètes de haut niveau sans considération pour le handicap.

Se perçoivent-ils comme une équipe soudée et solidaire au moment des Jeux ?

C’est difficile. Je dirais que nous arrivons à obtenir ce résultat par discipline et pas toujours à 100%.

Quelle est la longévité des athlètes dans le handisport ?

Le niveau des performances évolue tellement vite aujourd’hui que c’est la plupart du temps difficile de tenir sur la longueur.

Qu’a changé l’arrivée relativement récente des personnes tétraplégiques dans le haut niveau ?

Je dirais que c’est plus le mouvement Paralympique, avec la boccia, le rugby en fauteuil roulant comme sport paralympiques qui protège la participation de ces personnes. Les progrès de la médecine ont fait évoluer les types de handicap présents dans les compétitions. Nous voyons donc plus de personnes avec un handicap lourd alors que les athlètes atteints de polio ont disparu. Mais la direction que prennent les compétitions handisport, c’est le sport spectacle et donc le handicap lourd s’efface des sites de compétition au profit d’athlètes de moins en moins handicapés, avec des performances spectaculaires.

Quels sont les besoins de la FFH aujourd’hui pour évoluer ?

Je pense que ce sont plutôt les clubs et comités départementaux qui ont besoin d’une meilleure reconnaissance des collectivités locales pour mener à bien leur mission d’identification du potentiel et les accompagner dans les meilleures conditions. La région Auvergne-Rhône-Alpes est un exemple dans ce domaine. Le transport des athlètes en situation de handicap vers les lieux de pratique sportive, comme d’une compétition à l’autre, reste l’un des principaux problèmes des clubs.

Quelles différences faîtes-vous avec votre carrière sportive ?

Ce que j’ai connu, c’est beaucoup de convivialité, y compris entre adversaires. Nous avions plaisir à nous retrouver et à échanger après la compétition. Aujourd’hui, la plupart des athlètes arrivent à leur compétition et repartent tout de suite après. Les liens d’amitiés entre athlètes de haut niveau sont devenus rares. C’est sans doute dû au niveau d’exigence de plus en plus élevé. En fin de carrière, très peu poursuivent dans la transmission aux plus jeunes de l’amour du sport.

Les disciplines dédiées à une forme de handicap sont-elles l’avenir ?

Ce type de discipline est pour moi l’idéal, c’est grâce à cela que le basket ou le foot fauteuil sont devenus ce qu’ils sont. Elles représentent aussi la possibilité pour des personnes véritablement handicapées de pratiquer un sport, y compris en compétition. A contrario, nous voyons dans le tennis en fauteuil des personnes de moins en moins en handicapées, qui adoptent une position quasi debout sur leur fauteuil.

Plus d’infos sur : https://www.handisport.org/

En photo : Rudi Van Den Abeele récompensé à l’occasion de la remise de l’Ordre Paralympique en 2019.

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