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Jeunes en situation de handicap : La FÉDÉEH se mobilise

Jeunes en situation de handicap : La FÉDÉEH se mobilise

Études et formation professionnelle : La FÉDÉEH se mobilise pour la réussite des jeunes en situation de handicap
Rencontre avec Fabien Gaulué, délégué général de la FÉDÉEH depuis son origine, en 2010. Il évoque les actions de l’association en direction des jeunes en situation de handicap.

La FÉDÉEH, qu’est-ce que c’est ?

La FÉDÉEH se définit comme le mouvement des jeunes pour la réussite des jeunes handicapés. L’une de ses missions principales consiste à mobiliser des jeunes en situation de handicap et/ou membres d’associations étudiantes pour agir concrètement en faveur de la formation et de l’emploi des jeunes handicapés.
La FÉDÉEH fédère ces bénévoles autour de deux composantes :
– Un réseau d’entraide de 800 jeunes handicapés, qui est lui-même organisé en groupes thématiques (liés à un trouble en particulier ou à des préoccupations de la vie étudiante).
– Une cinquantaine d’associations et de fédérations nationales étudiantes adhérentes que nous accompagnons et formons à conduire localement des projets pour une société inclusive.

Il nous tient à cœur d’agir dans la mixité, avec une dynamique d’entraide et d’émulation.
Ainsi il y a deux valeurs fortes à la FÉDÉEH :
– L’empowerment : considérer que les jeunes handicapés doivent être les premiers acteurs de leurs projets, de leur participation citoyenne et de leur réussite.
– La « pairémulation » : l’entraide entre les jeunes en situation de handicap, lorsque les aînés apportent leur expérience à des plus jeunes pour les aider à gagner en autonomie. Nous évoquons plus largement l’émulation car il y a d’autres types d’actions qui permettent notamment des échanges entre étudiants et lycéens.

Que mettez-vous en œuvre pour améliorer l’accessibilité des jeunes en situation de handicap aux grandes écoles et à l’enseignement supérieur ?

Nos actions s’articulent autour de trois axes principaux :

– En amont des études supérieures, nous proposons un appui à l’orientation et au développement personnel des collégiens et lycéens handicapés, pour qu’ils aillent au plus loin de leurs capacités. Par exemple, une vingtaine d’écoles et d’universités mettent en place sur leur territoire nos programmes de tutorat étudiants d’élèves du secondaire : « PHARES » et « PHRATRIES ».

– Nous intervenons sur tout ce qui touche la vie de campus inclusive, pour soutenir la socialisation des étudiants handicapés, en formant les associations étudiantes pour qu’elles rendent leurs actions inclusives, en sensibilisant les campus, en versant des bourses d’études pour compenser les surcoûts qui peuvent être liés au handicap, et en animant le réseau d’entraide de la FÉDÉEH.

– Le troisième axe concerne l’insertion professionnelle et la vie active. Nous organisons des Handicafés ©, actions mises en place par LADAPT, que nous déployons dans le milieu étudiant à raison de 25 à 30 Handicafés par an sur les forums de recrutement des établissements supérieurs. C’est une action de recrutement qui concerne 350 à 400 jeunes et qui repose sur des rencontres informelles entre étudiants et recruteurs dans un esprit convivial.
Nous mettons aussi en place des parrainages, avec des parrains qui sont soit des jeunes actifs handicapés, soit des étudiants en formation RH ou en Master RH, soit des jeunes collaborateurs d’entreprises.

Au-delà de l’activité concrète, il y a également une dimension de plaidoyer et de défense des intérêts des jeunes handicapés. Dans ce cadre nous avons une commission qui s’appelle « Pouvoir d’agir » qui se positionne de temps à autre, au gré de l’actualité du handicap, et qui réalise notamment un livre blanc à l’occasion des élections présidentielles. Elle reste en veille sur tout ce qui concerne les droits des personnes handicapées. Cela nous vaut d’être la seule association de jeunes présente au Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH).

Selon vous, quels sont aujourd’hui les obstacles qui freinent l’accès des étudiants aux Grandes écoles ? Et qu’en est-il de l’enseignement supérieur en général ?

Il y a des différentes assez notables entre Grandes écoles et universités, chaque système ayant ses avantages et inconvénients.

Les classes préparatoires aux grandes écoles

Une idée préconçue qui perdure est que l’intégration des grandes écoles suppose nécessairement le passage par les classes préparatoires. Mais ce n’est pas du tout la seule voie possible, et les exceptions sont importantes, notamment les écoles avec classe prépa intégrée, ainsi que les passerelles aux niveaux licences 3 et masters. Ceci dit, les classes préparatoires font encore partie des choix principaux et elles présentent un certain nombre de contraintes en termes d’accessibilité physique et pédagogique. Concernant l’accessibilité physique c’est notable et c’est l’un de nos plaidoyers : il y a un pourcentage assez dérisoire de lycées avec classes prépas totalement accessibles pour les personnes à mobilité réduite (notamment en fauteuil électrique) en Île-de-France. On compte quelques dizaines d’établissements accessibles sur plusieurs centaines. C’est déjà un gros problème de discrimination et d’inégalité. Un jeune en fauteuil, doué en sciences ou en éco et qui voudrait faire une classe prépa dans ce domaine, ne va pas pouvoir choisir en fonction de son niveau mais devoir le faire en fonction de l’accessibilité de l’établissement.
Il peut aussi y avoir des difficultés d’accessibilité pédagogique pour des jeunes ayant un déficit sensoriel ou un trouble « dys », entre autres exemples.

Il y a là un gros enjeu et on y travaille, en bonne intelligence, avec l’association des professeurs de classes prépas scientifiques (UPS), pour voir de quelle manière on peut mutualiser les bonnes pratiques et faire en sorte que quand un élève arrive il soit accueilli du mieux possible. Cela couvre trois axes d’intervention : le bâti (qui relève de décisions politiques et budgétaires), la pédagogie (là il faut réussir à créer une dynamique vertueuse auprès du corps enseignant et de la communauté étudiante), ainsi que les préjugés et les freins objectifs pour des lycéens handicapés visant ce type de formation.

Justement, quels sont ces préjugés de la part des candidats aux grandes écoles ?

Parmi les préjugés principaux, on trouve le sentiment persistant pour l’étudiant qu’il n’est pas capable de réussir. Mais il y a aussi le fait que la classe prépa est connue pour être très éprouvante, pendant deux ans, en termes de masse de travail et de stress. Du coup, pour les jeunes qui ont des problématiques de soins et de déplacements, le facteur temps est déjà une grosse contrainte au quotidien… si cela vient s’ajouter à du travail scolaire à plein temps, ils ont peur – et parfois à juste titre – de ne pas pouvoir y arriver. La décision devra donc relever du cas par cas. Les écoles avec prépa intégrée ont généralement une bonne culture inclusive et plus de savoir-faire pour aménager la formation une fois que l’élève est entré, pour lui permettre de suivre son cursus jusqu’au bout… Parfois en doublant une année si les contraintes de temps sont vraiment trop fortes. Mais encore une fois, c’est du cas par cas qui va dépendre du profil de l’étudiant et de l’école. Si on est dans le cas d’un étudiant qui est très doué, quel que soit son handicap, on peut aussi lui conseiller de suivre le parcours d’excellence, de tenter les plus grandes classes prépas et les plus grandes écoles… en s’assurant qu’elles soient tout de même handi-accueillantes. Il peut aussi ne pas signaler son handicap mais dans ce cas, ça passe ou ça casse… notamment s’il rencontre des difficultés par la suite.

Quels sont les autres obstacles que l’on peut citer pour les jeunes en situation de handicap ?

La gestion des étudiants en situation de handicap

Une autre difficulté que vont avoir les grandes écoles par rapport aux universités, c’est qu’elles ne gèrent pas des masses d’étudiants handicapés, mais plutôt des cas particuliers au fil de l’eau, qui peuvent se présenter d’une année à l’autre. Par exemple, dans toutes les universités il y a aujourd’hui une mission handicap avec au moins un équivalent temps plein dédié à l’accompagnement des étudiants handicapés (en général plusieurs centaines). Alors que dans les grandes écoles, on va plutôt identifier une dizaine d’étudiants handicapés (sauf exceptions), ce qui ne va pas forcément justifier pour elles la création d’un poste dédié. Il va donc y avoir toute la question du savoir-faire de l’institution au moment où une situation problématique se présente. D’où l’enjeu du groupe de travail handicap de la CGE (Conférence des grandes écoles) auquel nous sommes associés qui permet éventuellement de mutualiser les connaissances : lorsqu’un responsable diversité fera face à un manque d’expérience devant l’accueil d’un étudiant dont il ne maîtrise pas bien la situation de handicap par exemple. Ce responsable pourra en quelque sorte envoyer un appel à conseil en direction de la CGE pour faire au mieux.
L’avantage des grandes écoles, quand il y a une dynamique vertueuse en leur sein, c’est que cela permet de faire du sur-mesure. C’est aussi un inconvénient car cela signifie qu’ils ne seront pas systématiquement opérationnels sur tous les volets, sachant que cela dépend des situations qui ont déjà été vécues par le passé… mais cela ne peut que s’améliorer avec les années d’expérience. Et cette difficulté ne s’applique pas forcément aux écoles qui gèrent des effectifs importants, comme par exemple Science Po, qui a presque la dimension d’une université.

L’accessibilité des épreuves

Il y a aussi la problématique de l’accessibilité des épreuves, et notamment celles des concours d’entrée. Là il y a aussi un travail à faire avec les banques de concours, pour qu’elles intègrent au maximum les aménagements qui peuvent être mis en œuvre… en sachant que l’instauration d’un temps complémentaire n’est pas toujours la compensation la plus appropriée. À mon sens il y a déjà de la bonne volonté en ce sens. Pour leur faciliter la tâche, il est toujours préférable que les étudiants qui ont besoin d’aménagements le fassent savoir le plus tôt possible. Certains étudiants décident de cacher et de compenser par eux-mêmes leur handicap durant leur classe prépa, par exemple des troubles dys… du coup certains ne vont pas juger utile de déclarer leur handicap qu’au moment de passer le concours, qui va aboutir à un classement sélectif. Lorsqu’ils présentent tardivement leur demande, cela peut parfois être reçu avec suspicion par les banques de concours, même si l’étudiant présente un certificat.

La mobilité internationale des jeunes en situation de handicap

Dans les grandes écoles et dans certains cursus d’études supérieures, les étudiants ont l’obligation de suivre un semestre d’études à l’étranger. Cela pose la question du transfert des aménagements dans le pays où l’on se rend. C’est du cas par cas mais on est parfois loin du compte, et même si en Europe les étudiants gardent une situation un peu plus privilégiée, il n’y a aucune automaticité. Les étudiants doivent donc anticiper énormément leur séjour à l’étranger et entrer en contact avec l’établissement scolaire d’accueil, qui parfois va dire que la mise en place d’aménagements ne relève pas de sa compétence, et encore moins quand il s’agit de trouver un logement et des transports accessibles. Dans les écoles où il y a un référent handicap, les étudiants peuvent recevoir une aide, mais ce n’est pas le cas de toutes.
À noter tout de même que la Conférence des grandes écoles dispose d’une bourse d’étude dédiée. La FÉDÉEH propose également une bourse d’étude, qui peut concerner la mobilité internationale (notamment pour les étudiants en université) mais qui vise plus largement tout surcoût pénalisant la réussite des études lié à une situation de handicap.

 

L’anglais

La maîtrise de l’anglais, qui est un critère de validation pour l’obtention du diplôme, peut être un vrai souci par rapport à certains types de handicap, notamment la surdité et certains troubles dys, qui rendent l’acquisition des bases beaucoup plus difficiles. Et parfois un diplôme peut être refusé à un étudiant qui a de mauvais résultats en anglais même s’il a une bonne moyenne partout ailleurs.
Pour résoudre ce problème, certaines écoles mettent en place des cours renforcés pour faire en sorte que l’étudiant ne se retrouve pas complètement en échec. Par ailleurs, certains établissements prévoient différents formats d’épreuves, afin de pouvoir évaluer le niveau réel de l’étudiant en compensant son handicap.

Selon vous, qu’est-ce qui pourrait permettre d’améliorer la situation des jeunes en situation de handicap ?

Dans le supérieur, je pense que sur le papier de nombreux progrès ont déjà été faits. Il y a toujours l’enjeu de la formation des personnels et des enseignants, qui permet de démystifier le handicap et de faire en sorte que chacun puisse savoir où trouver les informations lorsqu’il est confronté à une situation particulière.
Dans certains établissements, des enseignants refusent de transmettre leurs cours en format numérique ou encore d’être enregistrés et la langue des signes est notoirement insuffisante. Pour y remédier, à l’université on va notamment avoir des preneurs de notes, à savoir des camarades de classe qui vont prendre leurs notes avec soin et les partager avec des élèves en situation de handicap : il s’agit le plus souvent de jobs étudiants, ce qui garantit la continuité du service rendu.

D’autre part, peut-être que les grandes écoles sont un peu plus communautaires, donc si les associations étudiantes sont bien formées, ou qu’il y a une association étudiante dédiée au handicap, cela peut favoriser l’inclusion, ne serait-ce que pour rendre les week-ends d’intégration accessibles à tous.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

La FÉDÉEH renforce progressivement ses collaborations avec les représentations du supérieur (ministère, Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs, etc.) Déjà importantes depuis sa fondation en 2010 celles avec la Conférence des grandes écoles se sont encore resserrées en 2017 à travers un plaidoyer commun en faveur de la création d’un statut international d’étudiant handicapé. La FÉDÉEH fêtera ses dix ans en 2020 et ce sera l’un des axes importants de la conférence qui sera organisée à cette occasion. Nous y évoquerons sans doute aussi l’inscription que nous défendons actuellement du handicap parmi les thèmes prioritaires du service sanitaire qui mobilisera cette année près de 50 000 étudiants en santé dans des opérations de sensibilisation, en particulier auprès des plus jeunes.

Ce qui nous préoccupe à l’heure actuelle c’est que la loi qui régit les accords d’entreprise pour les travailleurs handicapés est en train d’évoluer, et qu’elle a un impact sur les acteurs associatifs qui interviennent en amont de l’emploi. À compter du 1er janvier 2020, toutes les associations qui viennent mener des actions de tutorat et d’orientation auprès de lycéens, avant ou pendant les études supérieures mais sans lien direct avec une prise de poste, ne pourront plus être soutenues par les entreprises dans le cadre de leur accord handicap. Le discours ambiant consiste à dire que c’est à la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) de prendre la relève, mais sans aucune garantie. Cela précarise la continuité des accompagnements qui existent aujourd’hui pour les jeunes alors qu’il conviendrait plutôt de les généraliser. En novembre 2018, nos tutorats étaient la seule expérience inspirante concernant des élèves handicapés mise en exergue dans le cadre de la conférence de comparaisons internationales consacrée à l’« Éducation à l’orientation » (CNESCO, CESE, France stratégie, CIEP). Notre rêve serait que ce dispositif maille bientôt tout le territoire national mais chaque année sa stabilité financière est un défi. Notre principal espoir pour 2020 tient au fait que notre association compte parmi les 39 organismes habilités nationalement à percevoir la taxe d’apprentissage sur la petite portion que les entreprises peuvent choisir d’affecter dans cette perspective de RSE.

Même inquiétude dans les Grandes écoles qui bénéficient d’une mission handicap. Souvent Celles-ci ne peuvent pas être financées par des subventions publiques, et de fait elles sont souvent principalement financées grâce aux accords handicap des entreprises partenaires. De la même manière, pour toutes les actions qui ne porteront pas directement sur de l’emploi, cela pourra poser un problème.

Plus d’infos sur : https://fedeeh.org/

En photo : Fabien Gaulué, délégué général de la FÉDÉEH.

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