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Interprète LSF en milieu judiciaire : Un double témoignage à découvrir

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Interprète LSF en milieu judiciaire : L’accessibilité de la justice pour les personnes sourdes signantes

Par notre partenaire URAPEDA. L’URAPEDA Auvergne-Rhône-Alpes agit pour l’accompagnement des personnes sourdes et malentendantes, principalement dans le domaine de l’emploi et de la formation. Néanmoins, les professionnels de la structure peuvent parfois intervenir dans des domaines plus personnels ou quotidiens. Pour répondre à ces demandes, Mathilde et Christelle, qui exercent la fonction d’interprète LSF/Français de l’URAPEDA, ont choisi de se spécialiser dans l’interprétariat du domaine judiciaire.

Présentez-nous le métier d’interprète LSF/Français.

M/C : Une interprète est une professionnelle diplômée Bac+5. En France il existe seulement cinq universités qui proposent un tel master. L’interprète permet l’inter-compréhension entre deux locuteurs de langues différentes (Langue des Signes et français). Il rend accessible le message et la communication entre une personne entendante et une personne sourde. Ses interventions peuvent être variées : liaison, conférence, formation, réunion, etc.

Pour quelles raisons se spécialiser dans le milieu judiciaire ?

M : Le master d’interprète est généraliste, il nous forme pour intervenir dans toutes situations et pour garantir l’accessibilité des échanges. Mais certains domaines sont plus pointus, spécifiques que d’autres. Avoir une formation complémentaire permet d’affiner ses connaissances et sa pratique professionnelle.

C : C’est un milieu à la fois riche et compliqué. Pour bien interpréter dans ces situations il faut d’abord bien comprendre et connaître le système, les instances, et avoir le vocabulaire approprié.

M/C : L’interprète doit toujours rester extérieur à la situation. Il n’est pas spécialiste comme peut l’être l’avocat ou le policier en présence, ni impliqué par le casier judiciaire ou le jugement comme peut l’être la personne sourde convoquée.   En même temps, il est le garant de la communication et des échanges. L’ambiance peut être parfois lourde ou stressante. Se spécialiser permet d’acquérir des outils pour exercer dans les meilleures conditions notre métier.

En quoi consiste la formation ?

M/C : C’est l’université de Lille qui l’organise en deux niveaux, autour de plusieurs temps : des témoignages de professionnels du milieu (police, direction de maison d’arrêt, intermédiatrice sourde spécialisée…), des observations d’audiences et des cours de LSF spécialisés sur le vocabulaire judiciaire. En effet, chaque terme a un sens particulier, et l’interprète se doit de traduire toutes les nuances, afin de ne pas influencer la situation. Par exemple il y a une différence entre un « délit » et un « crime » ou un « meurtre » et un « assassinat ». Il existe d’autres formations non spécifiques à la Langue des signes française.

Comment se déroulent vos interventions en tant qu’interprète LSF en milieu judiciaire ?

M : On est convoqué par un service judiciaire (police, gendarmerie, greffe…) pour une intervention : comparution immédiate, tutelle, dépôt de plainte, garde à vue, défaut de permis ou pour d’autres situations sensibles.

C : On peut aussi intervenir chez un notaire, le juge des enfants ou pour des audiences. Mon dossier pour apparaître sur une liste d’expert est en cours de traitement. Une fois validé, je serais recensée avec d’autres professionnels à contacter pouvant intervenir pour leur expertise dans un domaine particulier.

M : Moi je n’ai pas fait cette demande, mais par le réseau et mon expérience dans la région, je suis convoquée pour intervenir, je dois prêter serment à chaque fois.

M/C : La prise en charge financière est assurée par l’Etat. Le recours à un interprète est une obligation légale. On remarque cependant que la situation reste dépendante des connaissances en termes d’accessibilité de l’interlocuteur : connaît-il la LSF ? la surdité ? le métier d’interprète ? Va-t-il convoquer un interprète diplômé garant d’un professionnalisme ?

Quelles sont les spécificités du public sourd dans le domaine judiciaire ?

M/C : La loi oblige l’accès à la justice dans la langue de chacun. Une personne étrangère sera identifiée comme parlant une autre langue. On fera appel à un interprète ou un locuteur bilingue. Selon nous la situation des personnes sourdes en milieu judicaire reflète des problématiques d’accessibilité plus générales. Une personne sourde est de nationalité française, on considère donc qu’elle maîtrise le français (écrit ou oral). La LSF n’est pas encore reconnue partout comme une langue à part entière, c’est pourtant le cas depuis 2005. La surdité n’est pas abordée comme une problématique de langue mais sous l’angle du handicap. On pense encore trop souvent que l’interprète est en fait un accompagnateur ou un éducateur.  Alors que nous sommes bien des professionnels de la langue et non pas du social.

Pour conclure ?

Interpréter en milieu judicaire peut être parfois lourd mais l’accessibilité sur ces thématiques sensibles est primordiale !

 

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