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Enfants et handicap

Intensive interaction : Pour communiquer autrement !

Intensive interaction pour communiquer autrement

Intensive Interaction : qu’est-ce-c’est ? Découvrez cette méthode de communication venue de Grande-Bretagne

Par Amandine Mourière et Anna Cauvin. Le handicap de votre enfant signifie que s’exprimer n’est pas chose facile… Que ce soit pour exprimer ses besoins ou ses émotions, communiquer est vital pour son bien-être. Un certain nombre de méthodes existe afin de faciliter le développement de la communication, et notamment la méthode intensive interaction. Et si le point de départ était le développement naturel ?

Intensive Interaction : origines.
Intensive Interaction est une approche qui a été développée au Royaume-Uni dans les années 80, par Dave Hewett et Melanie Nind. Principal d’une école pour adultes handicapés, Dave Hewett et son équipe éducative décidèrent de s’éloigner de l’approche béhavioriste de modification du comportement alors très populaire à cette époque. La raison ? Ils n’obtenaient pas de résultat positif, et étaient également de plus en plus soucieux des implications en matière d’éthique et de liberté individuelle.

A cette époque, un bon nombre de recherches sur les interactions parent-nourrissons venaient tout juste d’être publiées. Au lieu de réinventer la roue, Hewett et Nind, alors jeune enseignante, analysèrent l’apprentissage à communiquer dans la petite enfance. Ils se rendirent vite compte que leurs élèves, malgré leurs âges, n’avaient pas les compétences sociales de bases pour communiquer avec une autre personne.

C’est ainsi qu’ils compilèrent une liste de ces compétences qu’ils appelèrent :  les ‘fondamentaux de la communication’.

Les Fondamentaux de la Communication.
Cette liste donne une idée concrète des compétences de base requises pour devenir un communicateur.  Apprendre les fondamentaux de la communication est crucial. C’est le premier des apprentissages, et si ce dernier n’est pas acquis, il est alors très difficile de poursuivre avec d’autres apprentissages.

Le fonctionnement ?
Cette approche étant basée sur le model naturel, le but est de recréer des conditions similaires afin qu’un enfant ait l’opportunité de développer ces compétences. Pour un parent, cela signifie garder le cadre de la petite enfance afin de continuer à rencontrer son enfant à son niveau de développement, malgré son âge chronologique. Pour un praticien, cela signifie apprendre un ensemble de techniques visant à reproduire les conditions optimales pour le développement de la personne :

  • Se mettre au diapason
  • Prendre plaisir
  • Observer et patienter
  • Permettre à la personne d’initier, de mener l’interaction
  • Répondre sensiblement, ce qui inclut se joindre à l’autre, ou l’imitation
  • Être détendu et calme
  • Être silencieux, ‘pauser’
  • Synchroniser ses réponses
  • Positionnement et disponibilité

Interview : Anna Cauvin, maman de Simon
De langue maternelle anglaise, je pratique depuis deux ans l’Intensive Interaction avec Simon, mon fils de 9 ans qui a un handicap multiple. Ayant discuté avec une amie qui pratiquait la méthode et voyant les progrès chez sa fille, j’ai décidé de contacter l’institut en Angleterre afin de me renseigner davantage. J’ai ensuite lu le manuel de la méthode « The Handbook of Intensive Interaction » (Hewett et al, 2012) et j’ai regardé le DVD réalisé par l’institut avant de me lancer. Au départ, il faut prendre le temps d’observer les comportements de son enfant. Puis on commence à jouer avec lui, à imiter ses gestes, ses bruits, ses vocalisations ou alors à réagir ou répondre à ses comportements de manière positive et enthousiaste. Lors des premières séances à la maison, Simon et moi s’amusions à créer des sons en tapant sur des fenêtres, sur des portes ou alors on jouait avec nos mains dans l’eau, ou dans du gravier. Ces activités étaient ses passe-temps préférés depuis un moment mais, je n’avais jamais vraiment essayé de le rejoindre dans son jeu. Très vite, Simon a compris que je voulais enfin jouer avec lui, communiquer avec lui, entrer dans son univers. Jusque lors, j’essayais de le faire entrer dans mon univers, ayant toujours des attentes et des objectifs bien précis en tête. Or, pour la première fois je le laissais me prendre par la main et me guider et il en était ravi. Il cherchait de plus en plus souvent le contact visuel avec moi, il souriait plus, rigolait plus, et il me montrait ce qu’il voulait par des gestes, des vocalisations. On commençait réellement à « parler » ensemble même s’il n’y avait pas encore de mots. Je le comprenais mieux car je partageais plus avec lui. Avant je ne l’avais jamais vu si serein, si heureux et je n’étais pas la seule à le constater. Des membres de notre entourage faisaient le même constat.

Deux ans plus tard, Simon continue à faire énormément de progrès. Il vocalise de plus en plus et il arrive à dire plusieurs mots qu’il ne prononçait pas avant de commencer l’Intensive Interaction. Pour les choses qu’il ne peut pas encore dire, il se sert de mieux en mieux de ces pictos car l’Intensive Interaction lui a fait comprendre que tous les moyens sont bons pour communiquer et exprimer ses désirs, ses besoins. L’Intensive Interaction n’est plus seulement une méthode que l’on pratique en séance, c’est devenu une mode de vie, et notre moyen de communication principal. Notre fille qui a 4 ans participe également en imitant les gestes de Simon, en s’intéressant à ses activités. Ils commencent tous les deux à apprécier la présence l’un de l’autre, à jouer ensemble, ce qui me semblait impossible avant de commencer Intensive Interaction.

Cette année, j’ai eu la grande chance de bénéficier d’une formation à distance avec un membre de l’institut en Angleterre. Je lui envoie régulièrement des vidéos de nos séances que nous analysons ensemble lors d’un entretien skype. Cette formation m’a permis d’améliorer ma pratique et d’approfondir ma compréhension des principes de l’approche. Et surtout, sachant qu’il est très difficile de pratiquer une méthode sans accompagnement, j’ai apprécié le soutien et les conseils que j’ai reçus.

Se concentrer sur ce que votre enfant aime et sur ses compétences
En s’adaptant au niveau de votre enfant, un dialogue non-verbal se met alors en place. Votre enfant émet une action (gestuelle ou verbale), et cette action est comprise et validée par votre réponse. Vous créez ainsi un dialogue avec votre enfant qui lui permet de pratiquer les fondamentaux de la communication.

La communication pourvoit à différents besoins. Cependant, elle se doit avant tout d’être agréable, intéressante et merveilleuse, soit la meilleure raison d’être un communicateur.

Amandine Mourière & Anna Cauvin

Références :

Nind, M. & Hewett, D. (2005) Access to Communication (2nd edition): Developing the basics of communication with people with severe learning difficulties through Intensive Interaction. London: David Fulton.

Hewett, D., Firth, G., Barber, D., Harrison, T. (ed.). The Intensive Interaction Handbook. London, UK: SAGE Publications.


Amandine Mourière –
www.iiconsultancy.com
En étroite association avec l’Intensive Interaction Institute, Amandine Mourière exerce comme free-lance en Angleterre.  Elle travaille aussi bien auprès d’enfants que d’adultes présentant des troubles du spectre de l’autisme, des troubles de l’apprentissage, et de personnes polyhandicapées.

Anna Cauvin
Anna Cauvin est la maman de deux enfants, Simon (10 ans) et Chloé (5 ans). Simon est atteint d’un handicap sans diagnostic qui entraine des difficultés d’apprentissage sévères ainsi qu’une déficience visuelle et des difficultés motrices.

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