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Institut Les Cent Arpents : Les travailleurs se sont adaptés au Covid

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« La crise du COVID 19 a révélé les capacités d’adaptation exceptionnelles des travailleurs » au sein de l’Institut Les Cent Arpents

La crise sanitaire a mis à mal de nombreux acteurs économiques et sociaux. Toutefois, certains d’entre eux ont réussi à faire émerger des éléments positifs au fil des difficultés rencontrées, et ont découvert en leur sein de nouvelles forces et capacités. C’est le cas de l’Institut Les Cent Arpents, plateforme médico-sociale gérée par l’Association de l’Institut Les Cent Arpents. Nous avons échangé avec Marie-Joëlle Pollet, sa directrice générale.

Pouvez-vous nous présenter votre structure ?

L’association de l’Institut les Cent Arpents est association loi 1901 qui a été créée par la Mutuelle de BNP Paribas en 1981, à Saran dans le Loiret. Elle gère une plateforme de services.

L’institut Les Cent Arpents accueille et accompagne des personnes en situation de handicap dans toutes les composantes de leur vie. Notre mission, qui s’inscrit dans une démarche volontairement inclusive et bienveillante, s’appuie sur les valeurs associatives que sont le respect, la solidarité et la valorisation de la personne. Ce sont 180 personnes en situation de handicap qui sont accompagnées par des équipes de professionnels spécialisés (60 salariés).

Quelles sont les activités de l’Institut Les Cent Arpents ?

Notre accompagnement se construit en fonction des besoins et des projets individuels autour de trois grands piliers :  L’Habitat, le Travail, La Santé et le bien-être.
– Concernant le premier pilier, toutes les formes d’habitat sont proposées de la plus accompagnée à la plus inclusive, de la plus individuelle à la plus collective. Un service de proximité soutient les actes essentiels de la vie quotidienne et favorise le développement de l’autonomie et de la participation sociale.
– Le pilier « Travail » met l’accent sur le développement des compétences, la formation, la professionnalisation, l’inclusion en milieu ordinaire. 120 personnes en situation de handicap pour 100 équivalents temps plein travaillent dans 5 ateliers de production (Imprimerie/reprographie, Menuiserie, Peinture industrielle, Espaces-verts, Sous-traitance industrielle) et trois services pour satisfaire les besoins internes (administratifs, restauration et entretien des locaux). Ces travailleurs fournissent un travail de qualité, performant et compétitif pour satisfaire une clientèle exigeante. L’ESAT fait un chiffre d’affaire moyen de 1 800 000 euros (sur les 3 dernières années).
– Le pilier « Santé/Bien être » est un enjeu fondamental qui repose d’abord sur la préventionDans ce cadre, le service d’activités de jour propose une diversité d’activités autour de quatre thématiques : « Bouge ton corps », « Bouge ta tête », « Vis ta cité » et « La Fabrique ».

Comment vous êtes-vous adaptés à la crise sanitaire ?

Après une période de fermeture totale des ateliers du 16 mars au 11 mai 2020, les ateliers ont réouvert avec une montée en charge progressive : 50 % la première semaine et 10 % supplémentaires les semaines suivantes, jusqu’à atteindre un effectif de 80 %. Les personnes présentant des pathologies à risques de développer des formes graves de la COVID 19 – telles que définies par les textes – sont restées dans un premier temps en isolement à leur domicile avec des contacts et visites régulières. Cela représente environ 20% de nos usagers. Par la suite, si ces personnes souhaitaient travailler, elles devaient fournir un avis médical autorisant la reprise d’une activité professionnelle. À ce jour, 99% de ces personnes ont repris volontairement le travail.

Un comité Qualité, Hygiène Sécurité et Environnement composé de membres de la direction, de moniteurs d’ateliers, et de membres élus au CSE et au Conseil à la Vie Sociale s’est réuni en amont de la reprise, pour établir le protocole sanitaire et procéder chaque semaine à son évaluation.

Toute reprise de travail était précédée d’un temps de formation spécifique sur les gestes barrières et les informations sur les nouvelles organisations. Tous les protocoles ont été traduits en Format Facile à Lire et à Comprendre.

Quels ont été les changements au niveau de l’organisation de l’Institut Les Cent Arpents?

Il y a eu quelques changements significatifs, encore valables à ce jour.
Par exemple au niveau des entrées et sorties, elles ne s’effectuent plus par les portes principales mais par les secteurs d’activité en respectant le protocole suivant : Prise de température dès l’entrée. Lavage des mains au gel hydroalcoolique. Distribution d’un masque chirurgical renouvelé après la pause du midi. Roulement pour accès au vestiaire. Ces consignes ont été acceptées et respectées par la grande majorité des personnes.
Concernant les pauses, celles du matin et de l’après-midi sont prises soit sur le poste de travail, soit à l’extérieur avec un lavage des mains réalisé au retour. L’accès au hall de l’ESAT et à la salle de pause ainsi que les regroupements sont interdits. Cette mesure qui supprime l’accès à la salle de pause, aux fauteuils, à la télévision, aux machines à café et au baby-foot a nui à la convivialité et aux échanges entre les ateliers, accentuant ainsi les clivages. En ce sens, les travailleurs expriment régulièrement leur frustration quant aux nouvelles contraintes qui entravent la qualité du temps de pause.

En parallèle, la tenue des travailleurs a été améliorée par la mise à disposition de tee-shirt de couleur – un par jour – en plus de l’équipement Habituel. Chaque travailleur doit, à son arrivée, enlever ses vêtements de ville, les ranger dans son placard et mettre sa tenue de travail, tee-shirt de la couleur du jour compris. Chacun doit apporter chaque lundi l’ensemble des tee-shirts utilisés la semaine précédente, lavés et propres. L’entretien hebdomadaire des tenues (autre que les tee-shirts) est assuré par l’ESAT. Cette mesure a ajouté une contrainte supplémentaire que certains ont des difficultés à respecter.

En termes d’organisation des postes de travail, tous les postes ont été identifiés et délimités par un marquage au sol temporaire ou par des éléments mobiliers comme des tables et machines. Les postes face à face sont interdits. Un espace de distanciation minimum d’1,50 m est appliqué.

Les machines ou outils ne peuvent pas être partagés sans une désinfection intermédiaire.

Et à la fin de la journée s’ensuite une désinfection du mobilier (plan de travail, chaise…) et des outils utilisés. On mesure à quel point une organisation aussi rigoureuse augmente la charge mentale liée à l’activité de travail et entrave la souplesse si souvent nécessaire pour absorber certains troubles notamment de l’attention ou du comportement.

Les changements concernent aussi la restauration. En plus du respect de toutes les règles sanitaires (gel, repas servis à l’assiette…), les repas se font en trois services au lieu d’un, avec une personne par table et une jauge de 8 m2 par personne. Ce temps de repas, seul à sa table, sans vis-à-vis, s’est substitué à une ambiance propice à l’échange et à la création du lien qu’était le temps du repas avant la COVID 19.

Avez-vous eu des retours de la part des travailleurs ? Sur leur vécu par rapport à la crise sanitaire et sur les éventuels changements au niveau de leur quotidien professionnel…

Les travailleurs en situation de handicap témoignent de leurs difficultés à vivre le confinement, l’isolement et l’absence de lien social. Ils préfèrent tous être en situation de travail, même si les contraintes liées à la nouvelle organisation sont pesantes. Pour preuve, les travailleurs aux pathologies à risques de développer des formes graves ont toutes fait la démarche pour un retour au travail, malgré la possibilité de rester chez eux en étant rémunérés. Ils appréhendent vraiment un nouveau confinement.
Le plus frustrant pour eux a été d’assister aux suppressions successives de tous les évènements festifs et de rencontre (vide grenier, fête de fin d’année, voyages etc.
En tout cas, les règles sanitaires sont exceptionnellement bien respectées par une grande majorité. D’ailleurs, une seule personne a été diagnostiquée positive au COVID 19 à ce jour.

Aujourd’hui, comment envisagez-vous la suite pour l’Institut Les Cent Arpents ?

Il s’agit de ne pas baisser les bras, de maintenir et développer l’activité économique, de continuer à investir dans l’outil de travail pour rester compétitifs et performants.
Nous souhaitons aussi mobiliser la participation active des personnes autour de projets collectifs et individuels valorisants (formation, développement des compétences, permis de conduire…). Et optimiser les effets positifs du COVID 19, notamment sur certaines règles d’hygiène collective préventive et sur certains aspects organisationnels contraints mais pertinents. Nous allons continuer à mener des projets !

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Sur le plan de nos activités économiques, il faut noter que les clients sont globalement restés fidèles, sauf ceux fortement impactés eux-mêmes par la crise (évènementiel, aéronautique…). Notre chiffre d’affaires 2020 enregistre une perte de 30 % liée à l’arrêt et à la réduction de l’activité pendant les confinements. En outre, les aides de l’état, notamment en finançant les salaires directs des travailleurs, ont modulé l’impact sur le résultat économique.

D’autre part, la crise du COVID 19 et ses effets sur l’organisation du travail ont révélé les capacités d’adaptation exceptionnelles des travailleurs et l’engagement sans faille des professionnels malgré des conditions de travail complexes. Ceci dit il est temps que ça se termine enfin…

Pour plus d’informations : https://centarpents.fr/

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