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I Wheel share : Donnez vos bons plans liés au handicap

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I Wheel share : « Faîtes entendre votre voix et œuvrez pour l’accessibilité »

Nous sommes allés à la rencontre d’Audrey Sovignet, fondatrice d’ I Wheel share, une application et un site internet qui proposent d’échanger des expériences autour de l’accessibilité et du handicap.

Racontez-nous l’histoire d’ I Wheel share.
Tout a commencé il y a un peu plus de quatre ans. Mon petit frère, Lucas, a eu un accident de la route qui l’a rendu paraplégique. Nous venons de St-Étienne et j’habite à Paris maintenant. Il avait 16 ans à l’époque, aujourd’hui il a 21 ans. Au moment où il sortait de son centre de réadaptation, après un an environ, j’étais pour ma part en formation de programmation. J’apprenais à coder et programmer des applications mobiles et des sites internet. Du coup, j’ai passé les vacances de Noël avec lui et je l’ai écouté pendant une journée raconter les situations problématiques qu’il commençait à connaître dans son quotidien. Car quand on sort d’un cocon qu’est en quelque sorte le centre de réadaptation, la réalité est assez dure et j’ai un peu halluciné. J’ai pris un carnet, j’ai noté, toutes ses histoires. Et puis, je suis allée sur internet, découvrir la parole des personnes en situation de handicap, sur les forums, sur les blogs… et je me suis rendu compte que tout était très éparpillé, que les différentes critiques et propositions manquaient de visibilité. Je parle ici de tous les handicaps et pas uniquement de la paraplégie.

À partir de là, j’ai fait plusieurs constats :
– Ces témoignages éparpillés sur la toile manquaient d’impact.
– Mon frère ne voulait pas être stigmatisé comme personne en situation de handicap.
– La parole des personnes en situation de handicap était entendue via les associations et que du coup, par exemple, celle de mon frère n’allait pas être entendue et qu’il n’était peut-être pas le seul dans ce cas.
C’est à ce moment que nous avons trouvé le nom « I Wheel share » et qu’on a décidé de créer une plateforme collaborative inclusive. Je me suis aussi rendu compte que mon frère n’était pas forcément sensibilisé aux autres types de problématiques que pouvaient rencontrer d’autres profils de personnes en situation de handicap, et qu’il y avait un manque de sensibilisation à ce niveau-là, aussi bien auprès des valides qu’entre les personnes en situation de handicap.

Comment fonctionne cette application concrètement ?
Cette application est téléchargeable sur IOS ou Android. Pour la décrire de manière simple, on peut dire que c’est un Trip advisor du handicap. Présentée sous forme de carte, elle permet à chacun d’exprimer des galères ou des bons plans rencontrés au quotidien, ou de consulter les expériences racontées par les autres, et ce de manière géolocalisée. Tout cela dans un esprit d’entraide et de partage entre des personnes en situation de handicap mais aussi des aidants. Nous essayons d’ouvrir au maximum notre champ d’action, c’est pourquoi nous incluons aussi les problématiques des personnes se déplaçant avec une poussette. À ce jour nous comptons plus de 1300 utilisateurs et plus de 4000 followers sur Facebook (au moment de l’interview). Nous en sommes actuellement à la version 1, mais une seconde version est en cours d’élaboration et devrait voir le jour d’ici fin 2017.
Nous proposons actuellement six catégories d’expériences :
– « Ça roule » : Des expériences positives de mobilité.
– « Bâtons dans les roues » : Pour les mauvaises expériences.
– « Les yeux fermés » : Pour les bonnes expériences des usagers non-voyants ou malvoyants.
– « Ouvrir l’œil » : Pour les expériences négatives des usagers non-voyants ou malvoyants.
L’application est accessible en synthèse vocale. Il est possible d’utiliser Siri pour faire part d’une expérience ou de taper avec un clavier : un clic pour entendre la lettre, deux clics pour la sélectionner. Et les utilisateurs peuvent écouter toutes les expériences postées sur la carte.
– « Bien entendu » : Pour les expériences positives des usagers sourds ou malentendants.
– « Dialogue de sourds » : Pour les expériences négatives des usagers sourds ou malentendants.

Je précise que nous avons testé les situations avec un panel d’utilisateurs propre à chaque type de handicap.
Chacun a vraiment son parcours utilisateur sur l’application : les personnes à mobilité réduite et parents avec poussette, les sourds et malentendants et les personnes non-voyantes ou malvoyantes.

Comment partage-t-on une expérience ?
C’est très simple. Nous ne demandons pas énormément d’informations lors de la création du profil, celui-ci est donc rapidement créé. Il est possible de s’inscrire soit via Facebook, soit via mail, pseudonyme et mot de passe, avec éventuellement une photo de profil. Dès lors, les utilisateurs peuvent partager une expérience. Ils rédigent un descriptif rapide. Ils peuvent prendre une photo. Puis ils choisissent une catégorie et l’application vérifie que la géolocalisation est bonne. Pour finir, ils publient leur expérience et celle-ci apparaît sur la carte visible par tous les utilisateurs.

Quels types de témoignages pouvez-vous recevoir par exemple ?
– Les personnes qui se déplacent en fauteuil vont régulièrement indiquer des restaurants ou lieux publics qu’ils ont trouvé facilement accessibles. Et citer ceux qui leur ont posé problème.
– Les usagers sourds et malentendants sont aussi particulièrement actifs. Par exemple certains ont partagé des adresses de lieux où ils peuvent se faire comprendre facilement, notamment une banque parisienne (BNP) où un chargé d’affaires sait communiquer en LSF. Du coup, c’est devenu une évidence pour ces usagers… quand on parle d’argent il est d’autant plus important de se faire comprendre et d’être compris. Nous répertorions actuellement des expériences vécues dans 13 pays (partagées par des utilisateurs qui ont téléchargé l’application en France et qui ont utilisé l’application pendant leurs voyages). Ainsi, nous avons également reçu le témoignage d’une expérience au Mozambique, où une agence d’assurance dispose d’un salarié qui sait s’exprimer en LSF. De même, ces usagers indiquent des bars calmes où il y a peu de bruit ambiant, ce qui évite le brouhaha et les migraines pour les personnes appareillées.
– Les personnes non-voyantes et malvoyantes racontent plutôt des ruptures de parcours, des choses qui vont s’installer et brouiller leurs repères. Par exemple un marché qui est installé chaque semaine, des chantiers car ce sont des zones à risques…
Certains utilisateurs se passionnent plus particulièrement pour l’application lorsqu’elles partent en voyage et qu’elles découvrent de nouveaux lieux. Leur témoignage est alors aussi très intéressant pour les personnes qui viendront visiter tel ou tel lieu après avoir lu les expériences postées… même sans connaître le lieu, elles sauront d’avance où trouver des endroits qui peuvent leur convenir.

L’application « I Wheel share » est-elle seulement destinée aux particuliers ?
Nous nous adressons aux particuliers, qui peuvent télécharger l’application et donc devenir utilisateurs. Mais en parallèle, nous proposons aussi une prestation de service aux collectivités et aux acteurs territoriaux, et à toutes les personnes et les services des entreprises qui souhaitent avoir une parole en direct des personnes en situation de handicap – cela leur fournit des relais de terrain. Par exemple, nous mettons en place en ce moment un pilote avec la ville de Paris, qui doit bien évidemment rendre accessibles toutes ses infrastructures jusqu’en 2024. Ils ont besoin de pacifier leurs relations avec les associations, de faire connaître l’évolution des travaux, et de savoir ce qu’il se passe dans un rayon de 100 mètres autour de chaque infrastructure. Car si on rend accessible un bâtiment et que la voierie et les transports en commun autour ne le sont pas, c’est un coup d’épée dans l’eau. C’est pourquoi on leur fait des reportings de la parole citoyenne des personnes en situation de handicap, qui s’expriment via notre application.
En résumé, nous avons d’une part nos utilisateurs (des particuliers), et d’autre part nos clients : les entreprises et collectivités territoriales qui font appel à nos services et s’appuient sur les témoignages de nos utilisateurs pour être davantage informés sur les problématiques rencontrées par les personnes en situation de handicap.

Quels vos projets pour I Wheel share dans les mois et années à venir ?
Après la sortie de notre nouvelle version, nous souhaitons rester proches du format réseau social, mais toujours dans l’élan numérique, digital, en lien avec les événements physiques. Par exemple, nous mettons en place en ce moment des événements d’anti-boycott pour rendre accessibles des lieux qui ne le sont pas : commerces, restaurants, bars… Nous proposons aux gérants de ces établissements de créer un événement dans leurs locaux, en faisant en sorte qu’un maximum de monde vienne à un instant T (par exemple une soirée), et nous leur proposons que les bénéfices générés servent à financer une première étape de leur mise en accessibilité. Il peut s’agir de l’achat d’une rampe amovible, d’un menu en braille, d’une formation aux rudiments de la langue des signes (LSF)… puis nous valorisons ensuite le lieu pour son engagement.

En tout cas nous nous appuyons sur une communauté qui est déjà là, puisque c’est un concept qui a été importé des États-Unis : « le carrotmob » ou « la carotte plutôt que le bâton ». Nous avons rencontré ses initiateurs en leur expliquant que nous souhaiterions mener le même type d’actions mais sur le plan de l’accessibilité (eux œuvrent plutôt sur le plan de l’écologie), et nous pouvons du coup nous appuyer sur leurs conseils et sur leur communauté.

Aujourd’hui nous mettons aussi en place une grande base de données qui a vocation à répertorier, en matière de loisirs, toutes les activités handi-accueillantes : handisport, saut à l’élastique, wakeboard, accrobranche adapté… Dans ce domaine aussi les informations sont un peu éparpillées et il est parfois difficile pour les personnes concernées de s’y retrouver. Nous sommes soutenus par la Fédération Française Handisport et l’APF avec qui l’on mène ce projet.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Nous sommes actuellement en levée de fonds car il nous faut des financements pour aller plus loin dans le développement, et les premières levées de fonds sont très complexes. Nous menons une campagne de crowdequity sur www.1001 pact.com, qui propose à des utilisateurs, comme des entrepreneurs sociaux et solidaires, des business Angels… qui le souhaitent, d’investir, de prendre des parts au sein d’I Wheel share. La part est à 180 euros et cela permet aussi de bénéficier de déduction d’impôts.

Découvrez aussi « I Wheel share » sur : www.iwheelshare.com

Photo : Audrey Sovignet, fondatrice d’ I Wheel share.

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