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Hygiène et handicap : Des pratiques qui interrogent les professionnels

La toilette, le lavage des dents, l’hygiène sont autant d’habiletés sociales au cœur des dispositifs institutionnels notamment du handicap. Mais si les pratiques évoluent sur le fond et sur la forme, elles interrogent encore beaucoup de professionnels de terrain, souvent pris dans l’ambivalence des normes sociales et le respect des besoins des individus.

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Question d’hygiène chez la personne déficiente ou en situation de handicap

Par Véronique Barreau. La toilette, le lavage des dents, l’hygiène des cheveux et des vêtements sont autant d’habiletés sociales au cœur des dispositifs institutionnels notamment du handicap. Si les pratiques évoluent sur le fond et sur la forme, elles interrogent encore beaucoup de professionnels de terrain, souvent pris dans l’ambivalence des normes sociales et le respect des besoins des individus.

 

Il y a 15 ans, je débutais une première mission auprès d’hommes et de femmes déficientes intellectuelles et résidant en foyer spécialisé. Pour atteindre l’autonomie, et pour des questions d’intégration, il était commun de voir se mettre en place des projets autour de l’hygiène corporelle, considérée comme une étape à part entière de l’accompagnement au parcours de vie. J’ai rapidement été interpellée par l’intensité avec laquelle la question de la toilette quotidienne pouvait être investie par l’institution, faisant passer les aspirations de la personne au second plan.

Le rapport à l’hygiène fait partie des habilités cognitives « de base », compétences globalement acquises par une majorité de la population vivant en société. Ainsi, pour ne pas trop déranger et se fondre dans la masse, il est acquis de se laver de temps en temps, de ne pas sentir trop mauvais, d’éviter de porter des vêtements trop sales ou trop troués, déchirés, à moins qu’ils ne s’intègrent à la mode du moment.

Pourtant, pour de nombreuses raisons, certaines personnes ont toutes les difficultés du monde à intégrer ces principes : si le manque de soins est parfois temporaire et dû à un simple laisser aller d’une personne qui va mal, il est plus souvent la résultante d’un déficit de schéma corporel et d’image du corps (« je ne vois pas que je suis sale ») ou encore déficit cognitif (codes d’hygiène mal compris car peu perçus).

« Chaque jour, je dois rappeler à Yves qu’il doit se raser, sinon il ne le fait pas », témoigne Marie-Anne. D’autres troubles amènent aussi des gens à s’encrasser pour se protéger, ou à vivre l’eau, le lavage comme une perte de soi ; imposer l’hygiène, même dans un cadre adapté, peut alors s’avérer la pire des violences.

Un baromètre institutionnel

La question d’hygiène est encore à ce jour un baromètre institutionnel très présent au regard du handicap notamment, et le marqueur clef d’une évolution ou régression des personnes déficientes. Tout est mis en œuvre pour que les notions soient acquises : avec de multiples animations, des formations, toujours plus d’outils, des vidéos, du photo langage, des marionnettes, des jeux de rôles, des coffrets pédagogiques, avec des guides.

On en a vu les intérêts, à force de répétitions, de redites, de contrôles et d’évaluations, puis on s’est interrogé sur les côtés sombres de ce surinvestissement : comment la personne vit-elle cette aide qu’elle reçoit ? Son cadre, sa forme ? Se sentirait-elle mieux si on lâchait un peu la pression de son hygiène corporelle ? Se sentirait-elle plus acceptée et comprise ? Au nom de leur bonne intégration, des règles sont dictées par les institutions, questionnant toujours plus les professionnels accompagnateurs : « On leur demande de prendre une douche par jour, on met une pression sur l’hygiène, alors que beaucoup d’entre nous ne prennent pas cette douche quotidienne », s’interroge Martine, travaillant dans un foyer de vie.

Les particularités sensorielles font parfois de la douche un véritable parcours du combattant, aussi bien pour les bénéficiaires que pour les accompagnateurs, tant les stimuli peuvent être dérangeants (température de l’eau, puissance du jet…etc.) :

« On fait notre possible pour que tout se passe le mieux possible, on adapte, mais c’est vrai qu’au bout du compte, on se demande quand même à quoi sert tout ça », mentionne Sarah. On remarque aussi que les ateliers hygiènes n’ont plus guère de succès, les établissements ayant mesuré une partie de leur impact sur les publics accueillis : « Ils ne veulent plus qu’on leur parle d’hygiène, certains se mettent parfois en colère d’ailleurs quand on veut aborder le sujet, criant à qui veut l’entendre qu’ils ne sont pas des enfants » atteste Marine, ancienne directrice
d’ESAT.

Hygiène et handicap : À la recherche de nouvelles approches

Ils sont désormais nombreux à rechercher de nouvelles approches transversales pour la favoriser : « J’interviens comme socio-conseillère en image en ESAT, et j’aborde les questions d’hygiène au fil de mes conseils sur les soins de peaux, sur le maquillage ou sur les vêtements professionnels, explique Delphine Sorin. Les messages sont souvent bien
perçus, certainement parce que je suis extérieure à la structure mais aussi parce qu’on ne parle jamais hygiène au sens strict du terme ».

Si les pratiques changent et sont désormais au plus près des besoins des usagers, gardons à l’esprit deux questions fondamentales : le dictat de l’hygiène est-il vraiment utile pour la personne que l’on accompagne ? Jusqu’à quel point ? Rappelons-nous peut-être aussi que le baromètre de la propreté reste très personnel et que parler hygiène peut être une atteinte directe à l’image de soi, l’autre pointant du doigt, et de façon répétée, les incapacités intimes et sociales de la personne.

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