Accueil Accessibilité et handicap Handigo : Rencontre avec Édouard Pastor, expert en accessibilité

Handigo : Rencontre avec Édouard Pastor, expert en accessibilité

Handigo : Rencontre avec Édouard Pastor, expert en accessibilité
Handigo : Rencontre avec Édouard Pastor, expert en accessibilité

Edouard Pastor, consultant expert accessibilité de la cité universelle Handigo

Edouard Pastor est consultant expert en accessibilité depuis 30 ans au sein de l’agence d’architecture HANDIGO qu’il a fondé avec Xavier Berthet. L’agence Handigo traite principalement des dossiers en lien avec l’accessibilité et design universel. Il nous dresse un bilan sans concession de l’accessibilité en 2019. C’est l’un des grands promoteurs de l’accessibilité, il intervient dans des conférences, dans l’enseignement et dans le conseil. L’agence collabore aujourd’hui sur des projets importants : musées de la Marine, de la Poste, Google, Parlement Européen.

Quel bilan faites-vous des Ad’Ap ?
Vaste question. Nous savions tous que l’obligation utopique de rendre la France accessible en 10 ans n’avait pas de sens. Les Ad’Ap, ont permis de planifier et d’étaler les travaux dans le temps. Aujourd’hui nous faisons surtout face à un incroyable manque de volonté dans le domaine de l’accessibilité. La flamme est totalement retombée. Maintenant on ne parle plus de dérogation mais de solution d’effet équivalent qui permet une vision élargie de la mise en accessibilité. Encore faut-il garder les objectifs des conditions égalitaires d’accès, de participation et de service à tous les publics au delà des situations de handicap.

Au delà des normes et réglementations, le label d’accessibilité LA a été créé par CERTIVEA qui est l’organisme de certification du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) qui porte aussi le HQE (Haute Qualité Energétique) OSMOZ (ensemble de solutions inédites et concrètes – autodiagnostic, Evaluation, Label…).

Ce label d’accessibilité permet d’anticiper les impairs qui surviennent en cours de projet, et nous a permis de gagner, un concours dans le cadre de « Réinventer Paris II ».

Ce projet s’intitule la « cité universelle » est totalement accessible aux quatre types de handicaps – moteur, visuel, auditif et mental. Il comporte un gymnase, un pôle santé, des bureaux et un hôtel en rooftop. Pour la première fois dans un hôtel parisien, des personnes lourdement handicapées tétraplégiques et/ou insuffisants respiratoires pourront être accueillies dans de bonnes conditions. Un design universel permettra de conserver l’aspect de la chambre traditionnelle. Quatre suites réversibles sont proposées aux handicaps lourds en plus de 24 autres chambres accessibles. Actuellement les chambres accessibles en petit nombres sont trop souvent louées à des personnes non concernées.

Quelles différences faites-vous entre le public et le privé en matière d’application de l’accessibilité ?
Dans la forme, en élaborant les Ad’AP, le secteur public a répondu aux attentes mais au fil des années, certaines collectivités mesurent le coût des travaux de mise en accessibilité et au regard des assouplissements de la loi de 2014 et 2017, veulent reprendre leur Ad’AP. Sous pression budgétaires, la recherche de cohérence sous-entend pour elles de faire des économies.

Dans le secteur privé, les entreprises importantes avec une RSE, qui sont confrontées quotidiennement aux personnels en situation de handicap réalisent des aménagements. C’est du concret. Et, au-delà de l’image que renvoi une entreprise inaccessible, il me semble que les chefs d’entreprise ont compris la nécessité de la conception universelle de l’accessibilité qui dépasse la notion des « handicapés » pour offrir un environnement confortable pour tous les personnels.

Au global, si l’on prend les logements, les ERP, les lieux de travail… A-t-on quand même évolué ?
Oui nous avons évolué mais les efforts de mise en accessibilité sont colossaux au niveau des villes, et le résultat peut apparaître très disparate.

Par exemple, dans le concours SOLIDEO du quartier olympique et paralympique (Société de Livraison des Ouvrages Olympiques), leur cahier des charges s’inscrit dans une ambition d’accessibilité universelle, ce qui est très rare dans les programmes français.

Ce projet va offrir une qualité d’usage rarement vue, que ce soit au niveau des entrées d’immeubles, des ascenseurs, des couloirs… Et pourtant ce n’est que du bon sens (universel) basé sur le ressenti et la dignité des personnes qui vont occuper les lieux.

Le label d’accessibilité LA délivré par certivéa depuis mars 2017 valorise les projets qui porte les performances de mise en accessibilité au delà des limites réglementaires. Les personnes à mobilité réduite doivent utiliser la même entrée que le public, les personnes déficientes visuelles peuvent s’orienter de manière autonome comme tout un chacun, … et ce ne sont que des exemples.

Quel regard portez-vous sur la formation des architectes ?
La formation des architectes est une excellente chose mais encore faudrait il que les architectes sortent des a priori de la réglementation. Nous avons droit à des prothèses, des rustines réglementaires, quand l’architecte finalise son projet dans le strict respect de la réglementation en oubliant que la personne handicapée a des envies et des ressenties comme tout un chacun.

Depuis 2015, j’enseigne l’accessibilité universelle aux étudiants de 3ème année à l’ENSAV (Ecole supérieure d’architecture de Versailles). Je leur montre que l’accessibilité doit- être sortie du carcan réglementaire, et loin d’être une contrainte participe par ses performances d’usage à la création d’un environnement de qualité pour tous.

Plus d’infos sur Handigo : http://www.handigo.com/

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