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Handiclub « Il faut avant tout rompre l’isolement »

 

Rencontre avec Anne-Marie Arzalier, conseillère matrimoniale de l’association Handiclub.

Racontez-nous l’histoire d’Handiclub. 

À l’origine, j’étais conseillère matrimoniale au sein d’une agence créée en 1992. Je recevais des personnes qui recherchaient l’âme sœur, avec ou sans handicap, tout en travaillant en partenariat avec d’autres agences.

Un jour, une dame est venue me demander conseil avec son fils IMC, handicapé suite à un accident de la route, lors duquel il a perdu sa petite amie. Face à cette demande, j’ai recherché ce qui se faisait sur la question de la vie affective et du handicap. J’ai constaté qu’il n’existait pas grand-chose, alors qu’il y avait un réel besoin, des difficultés spécifiques et une demande réelle de la part des personnes en situation de handicap… Tout le monde, à un moment donné, peut avoir besoin d’aide dans sa vie affective, mais il existe déjà beaucoup de choses ; avec un handicap on peut avoir besoin d’une aide beaucoup plus personnalisée et peu de structures le proposent. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de créer, dans un premier temps, une agence matrimoniale dédiée aux personnes en situation de handicap. Cependant les prestations étaient chères et les personnes en demande d’aide étaient souvent isolées. C’est pourquoi j’ai finalement créé l’association Handiclub en 1998, pour offrir un service beaucoup plus ouvert et accessible.

Au départ, cette association n’a pas été très bien reçue dans le monde du handicap. Les gens ne me connaissaient pas et se posaient des questions… rien n’était vraiment fait. Puis j’ai fait de belles rencontres qui ont fait avancer les choses, notamment au sein de l’APF, puis en travaillant dans un atelier vie affective dans le cadre du RIF (relais informations familles). J’ai aussi fait la connaissance du Dr. Bernadette Soulier, qui a d’ailleurs écrit deux livres sur le sujet : « Aimer au-delà du handicap » et « Un amour comme tant d’autres » (ouvrage auquel j’ai participé).

Que propose Handiclub aujourd’hui ?

Handiclub s’adresse à toutes les personnes en situation de handicap quel qu’il soit, mais aussi à des personnes qui n’ont pas de handicap, car parfois la frontière est floue, entre ce qui est un handicap et ce qui ne l’est pas. De plus il y a des handicaps visibles (fauteuil roulant, canne blanche…) et invisibles (maladie auto-immune, sclérose en plaques…). Parmi les membres il y a aussi des personnes qui connaissent le milieu du handicap (proches, auxiliaires de vie, infirmières…) et qui ne voient pas d’inconvénient à rencontrer une personne ayant un handicap.

Nous proposons à chacun une mise en relation avec les autres personnes adhérentes, dans une optique amicale ou sentimentale. Toutes les personnes qui deviennent membres de l’association peuvent communiquer entre elles. Nous disposons d’un site internet et d’un service d’écoute téléphonique. Chaque personne qui s’inscrit crée sa fiche personnelle, avec son annonce de présentation (sa recherche, ses goûts, sa situation professionnelle, familiale, son handicap), sa photo, ses coordonnées. Tous les autres membres pourront alors consulter sa fiche via le site internet d’Handiclub. Pour les personnes qui n’utilisent pas internet, nous leur adressons les fiches contact par courrier.

Chaque personne se décrit comme elle se perçoit et peut nous demander de l’aide si besoin. Aussi, quand la personne rédige son annonce, elle ne se met pas toujours en valeur, c’est là que nous pouvons intervenir, pour faire ressortir davantage leur personnalité que leur handicap.

À travers le site internet et l’écoute téléphonique, les gens trouvent un cadre, un dialogue et des réponses à leurs questions. Après on n’a pas forcément le compagnon idéal qui va aller avec telle ou telle personne, mais on peut leur donner des conseils, leur faire prendre confiance en eux.

De qui est composée l’équipe d’Handiclub ?

Nous sommes une actuellement une dizaine de bénévoles, dont six très réguliers. Cette équipe devrait s’agrandir prochainement car nous souhaitons créer un service d’écoute plus important pour répondre à la très forte demande. Nous sommes dans un monde où les capacités de communication sont extraordinaires (internet, smartphones, réseaux sociaux…), le problème c’est qu’il y a beaucoup de communication virtuelle et très peu de communication physique.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les personnes qui font appel à vous ?

La difficulté principale est de parvenir à rompre l’isolement. Que les personnes reçoivent des fiches par courrier ou les consultent sur internet, c’est bien, mais ensuite il faut encore faire un pas en avant pour aller vers les autres. On les stimule en leur offrant des possibilités de contact, mais après c’est à eux de faire les choses : Handiclub est un tremplin. Cette part active des gens n’est pas évidente. Ils sont parfois habitués à être pris en charge pour beaucoup de choses. Mais quand il s’agit de séduire quelqu’un, il n’y a que la personne elle-même qui puisse le faire. Ce n’est pas toujours simple de le faire comprendre et de provoquer le déclic.

Que recherchent les membres d’Handiclub le plus souvent ? Des relations amicales ou amoureuses ? Des personnes ayant un handicap ou sans handicap ?

En général, les gens recherchent un compagnon ou une compagne, sans pour autant négliger la partie relations amicales. Ensuite il y a deux types de profils : les femmes vont plus volontiers d’abord vers l’amitié et plus si affinités, et elles recherchent la gentillesse et le dialogue. Les hommes vont plus souvent rechercher une compagne, et apprécier les qualités telles que le fait de cuisiner… mais il y a aussi des hommes poètes et qui aiment le dialogue ! Dès que les gens communiquent bien, les portes s’ouvrent vite.

Quant au handicap, il y a tous les cas de figure, c’est souvent lié à l’acceptation de son propre handicap. Quand la personne s’accepte telle qu’elle est, elle va accepter plus facilement d’être en couple avec une personne ayant un handicap. Reste la question de l’autonomie : une personne en manque d’autonomie n’aura pas forcément envie de prendre en charge e handicap d’une autre personne. Mais nous constatons tout de même une grande ouverture d’esprit.

Est-ce que les personnes en recherche parviennent facilement à trouver ?

Cela dépend souvent des critères de la recherche. Certains ont des critères très précis et évoluent ensuite. Globalement, les recherches de relations amicales fonctionnent bien et se font de manière assez simple. Pour les relations amoureuses, c’est toujours plus complexe, mais c’est le cas pour tout le monde, avec ou sans handicap. Cela passe parfois par un travail personnel : nos critères ne correspondent pas toujours à ce dont on a besoin. Cela vient de notre enfance, on se construit un idéal à travers nos émotions, notre passé, notre histoire. On part d’une demande idéale, précise, pour aller plus près de la réalité. Après rien n’est impossible. Il faut faire preuve d’ouverture. Si on est obnubilé par quelque chose, la situation est bloquée.

Quel regard portez-vous sur la vie affective des personnes en situation de handicap aujourd’hui ?

Je trouve qu’internet a apporté beaucoup d’ouverture. Cela permet aux personnes qui ne s’expriment pas facilement de dialoguer et d’exprimer leurs demandes plus facilement. Aussi, par rapport à avant, on parle beaucoup plus du handicap, même si ça reste peu sur le plan de la vie affective. On voit également plus de personnes handicapées dans les films, les feuilletons, les émissions…du coup il y a moins de barrières et de plus en plus de gens ne sont pas contre l’idée d’une relation avec quelqu’un qui aurait un handicap. La prise en compte de la vie affective progresse.

Mon souhait c’est qu’à terme Handiclub n’ait plus lieu d’exister, que les personnes handicapées puissent s’inscrire et être aussi bien acceptées que les autres sur les sites de rencontres classiques. N’oublions pas aussi qu’en matière de vie affective il n’y a pas seulement des handicaps en tant que tels. D’autres aspects peuvent être handicapants : le chômage, l’isolement, les moyens financiers… dans le milieu du handicap, ces aspects sont gommés, ce n’est pas l’essentiel et les attentes sont beaucoup plus profondes (personnalité, qualités…). D’ailleurs les couples dans lesquels une personne est en situation de handicap durent en moyenne plus longtemps que les couples « ordinaires ».

Propos recueillis par Caroline Madeuf

Plus d’infos : www.handiclub.org ou tél. 04.90.39.02.84. 

Témoignages de membres d’Handiclub

Niels
Personnellement, je vis ma vie affective très brièvement en ce moment, car je vis seul et me rend compte qu’il est très difficile de faire des rencontres, même sur internet. Le plus dur à supporter, c’est le manque au niveau amour, et bien sûr tout ce qui s’ensuit. Je fais appel aux assistantes sexuelles de temps en temps, pour diminuer ce manque physique et social. Car il y aussi l’aspect discussion qui est très important…  Je pense que l’on a tous une étoile à trouver, ou mieux, un rayon de soleil pour chacune et chacun dans ce monde. Mais la difficulté que peut avoir une personne en situation de handicap à trouver l’âme sœur est encore trop présente je trouve. Ce serait beaucoup mieux, à mon avis, si les gens ne voyaient pas toujours, ou presque, le handicap avant la personne. En d’autres termes, cela serait déjà un grand pas si l’on mettait en avant d’abord la personne plutôt que son handicap. Je trouve de ma petite expérience que l’on devrait faire encore beaucoup plus pour améliorer la façon dont les gens nous perçoivent dans ce domaine.

Joyce

Le handicap change le regard des hommes sur nous. Il existe trois catégories: ceux qui d’emblée ne veulent rien savoir ; les seconds qui pensent que le handicap n’est pas un problème… pourvu que l’on se soumette à leurs désirs (réflexion qui m’a été faite) ; et les troisièmes, une espèce en voie de disparition, qui nous considèrent comme des êtres à part entière, s’adaptent, et partagent nos difficultés. Pour ma part, au gré des rencontres, je n’ai pas laissé ma sexualité de côté. C’est un élément de mon équilibre.

Hervé

Notre fils trisomique de 20 ans souhaite rencontrer une amoureuse avec qui il pourrait avoir des projets ; je pense qu’il se rend compte que c’est plus dur pour lui de trouver quelqu’un, par rapport à une personne ordinaire. Cependant, il ne baisse pas les bras et nous l’encourageons à rencontrer du monde hors du milieu familial. 

Laurent

Ma vie de personne à mobilité réduite et affective se conjuguent très bien. Je suis marié à une femme également handicapée qui est très belle, joyeuse, sensée, sérieuse, souriante. Entre nous, il y a beaucoup d’amour, humour, compréhension, respect, complicité. Nous habitons à Joué-Lès-Tours ensemble depuis cinq ans, nous avons un appartement en ville et vivons de façon autonome avec beaucoup d’heures d’auxiliaires de vie vu nos besoin d’aides : repas, toilettes et habillage, entretiens ménagers, démarches administratives… Avec nos auxiliaires de vie, nous entretenons une relation forte, neuf personnes très sérieuses, mais toujours avec respect. Je souhaiterais dire quelque chose aux personnes à mobilité réduite : si vous cherchez à vivre de façon autonome et en couple, ne soyez pas fixés sur une personne à mobilité réduite ou valide. Déjà, cela réduit le champ de vos recherches, puis ce n’est jamais agréable de vous faire jeter à cause de votre handicap. Avant tout, nous sommes tous des hommes et femmes, et réussir sa vie amoureuse quand on est une personne handicapée c’est la chose la plus magnifique qui soit.

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3 Comments

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  1. Bonjour, pas du tout, il s’agissait d’un site créé et animé par une association. Comme indiqué dans l’article, chaque personne inscrite était libre de consulter les profils des autres membres. Aucun concept de mails payants. Toutefois l’association a dû fermer ses portes car faire fonctionner ce site (et toute la dimension relationnelle et sociale qui s’y rattache) était très complexe et demandait énormément de temps.

  2. Bonjour,
    Je suis un jeune homme handicapé de 35 ans. Je voudrais rencontrer une femme… Existe-t-il d’autres clubs de rencontre pour handicapés, si possible en PACA ?
    Cordialement.

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