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Handicap mental et emploi : il faut faire du « sur mesure ».

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Pour l’Unapei, « la personne handicapée mentale, quelle que soit la nature de sa déficience, est d’abord une personne. Ordinaire, parce qu’elle dispose des droits de tous et accomplit les obligations de chacun. Singulière parce qu’en plus de tous, elle en connaît d’autres, qui lui sont propres, qui résultent de son handicap et qui demandent à être compensés.

C’est à la solidarité collective qu’il appartient d’ailleurs de reconnaître et de garantir cette compensation. La personne handicapée mentale est porteuse de manière permanente d’une déficience intellectuelle dont l’origine peut être très diverse. Cette déficience provoque un handicap car elle touche différentes fonctions : la compréhension, la mémoire, l’analyse des situations, la prise de décisions ». En fonction de l’origine du handicap et de son degré, mais aussi de l’histoire de la personne, de sa personnalité, les restrictions d’activités qui découlent de sa déficience seront très variables d’un individu à l’autre. Imaginer un profil type d’une personne handicapée mentale en emploi et inventorier les difficultés qu’elle peut rencontrer, c’est nécessairement forcer le trait. Chaque insertion réussie est particulière et il s’agit avant tout de faire du « sur mesure ». Car, malgré leurs difficultés intellectuelles, les personnes handicapées mentales font preuve de compétences et qualités professionnelles indéniables : minutie, conscience professionnelle, rigueur dans les tâches répétitives, fidélité à l’employeur… à même de s’épanouir dans de nombreuses activités (nettoyage, reprographie, conditionnement, assemblage de pièces…). Une fois intégrées dans l’entreprise, elles peuvent également prendre en charge des tâches de type administratif ou logistique, offrant à leurs collègues les missions « support » nécessaires à la bonne réalisation de leur cœur de métier.

 

Un accompagnement humain fort
S’intéresser à l’emploi des personnes handicapées mentales en milieu ordinaire, c’est forcément se pencher sur un nombre restreint de parcours, accessibles à peu de personnes déficientes intellectuelles et pour lesquels un accompagnement humain fort dans le temps est nécessaire. Ces préalables posés, prêtons-nous cependant à l’exercice. Acceptons d’être réducteur au profit d’une information générale mais nécessaire pour promouvoir l’emploi des personnes handicapées mentales. Le handicap mental se traduit généralement par des difficultés plus ou moins importantes d’abstraction, de spatialisation et de mémorisation. Les personnes handicapées mentales ont des difficultés à connaître l’environnement immédiat ou élargi, les conventions tacites qui régissent l’échange d’informations, les règles de communication et de vocabulaire. Elles ne maîtrisent généralement pas ou peu la lecture et l’écriture. Cependant, elles sont capables d’acquérir les savoirs de base : déchiffrer des mots, des logos, des chiffres, l’heure, notamment sous forme numérique.

Une autonomie restreinte
Ces difficultés vont impacter leur vie professionnelle, et peuvent se traduire, à des degrés très divers, par une difficulté à comprendre et intégrer des consignes complexes, un manque de capacité à prendre des décisions et une autonomie restreinte dans la réalisation de leurs tâches et un accès peu aisé aux informations relatives à la vie de l’entreprise. Ils seront également plus lents à s’adapter aux conditions de travail et au rendement attendu,
rencontreront plus de difficulté à s’adapter aux changements de poste, d’environnement ou de collègues et manqueront souvent de polyvalence. Ils présenteront un faible niveau de qualification et, sauf exception, ne posséderont aucun diplôme. Enfin, leur sphère sociale interférera avec la sphère professionnelle et ils auront, par exemple, de la difficulté à gérer le temps ou les trajets domicile-travail et seront émotionnellement fragiles.

Une embauche qui se prépare
On imagine aisément un employeur dérouté face à cette accumulation de restrictions. Et pourtant, une bonne connaissance de la personne handicapée mentale peut permettre de proposer des postes compatibles avec son handicap et surtout de mettre en place des compensations et des accompagnements qui vont être les garants d’une insertion professionnelle réussie. Il n’existe pas de postes spécifiques, ni de secteur d’activités particulier réservé aux personnes handicapées mentales. Avant tout, leur embauche se prépare, elle ne s’improvise pas. Il n’existe pas de réponses toutes faites, de stéréotypes, simplement des méthodes de travail, fruit de l’expérience quotidienne des professionnels.

Une connaissance commune à construire
Les personnes handicapées mentales ont très souvent une prise en charge institutionnelle sur laquelle le futur employeur peut s’appuyer. Qu’elles sortent d’établissements de formation professionnelle spécialisée de type IMPro, ou d’ESAT ou Entreprise Adaptée, elles ont acquis des gestes professionnels précis, des compétences confirmées sur des métiers identifiables.

Pour de nombreux employeurs, un recrutement s’opère dans la durée et de façon graduelle sur la base d’une connaissance réciproque par le biais de stages, de prestations de service ou de détachements. Ces modalités permettent à l’entreprise et à la personne ainsi accueillie de se construire une connaissance commune et d’effectuer les ajustements nécessaires à la bonne réalisation des tâches. Les recrutements directs concernent des personnes plus légèrement handicapées ayant moins de difficultés d’adaptation.

Des collègues « au courant »
Une sensibilisation du personnel de l’entreprise permettra au collectif de travail d’apprendre à connaître la personne handicapée dans les différents aspects de sa déficience et d’envisager la manière dont ils vont se comporter à son égard. Les collègues proches du travailleur doivent ensuite, dans un cadre beaucoup plus restreint, être tout particulièrement tenus au courant des éventuelles difficultés pouvant survenir et surtout des accompagnements mis en place afin que le recrutement de ce salarié ne perturbe pas l’équilibre existant. La préparation permet d’éviter une surprotection instinctive des collègues et de l’encadrement, de laisser une certaine « liberté » au travailleur handicapé mental lorsqu’il a acquis les principes de sa tâche. Les collègues pensent, souvent à tort, qu’une personne handicapée mentale a besoin d’être surveillée en permanence. Egalement, cette préparation pose les bases d’une relation privilégiant l’échange et la communication autour de la personne handicapée afin qu’elle ne s’isole pas sur son poste de travail.

Un indispensable accompagnement
En ce qui concerne les aménagements techniques, le handicap mental ne nécessite pas – ou peu – d’aides techniques spécifiques, sauf si une déficience physique ou sensorielle se surajoute. Les aménagements consistent plutôt, en fonction du degré du handicap, en des aides à la compréhension ou au repérage. Elles relèvent généralement de procédés plus ingénieux que coûteux comme la mise en place de pictogrammes, d’une signalétique (par exemple pour le repérage dans l’espace) ou de codes couleurs. Néanmoins, si l’aide technique est peu importante, l’aide humaine est essentielle. Elle peut revêtir deux formes : un accompagnement direct dans l’entreprise et sur le poste de travail (tuteur) et, lorsque c’est nécessaire, un suivi social par des professionnels extérieurs à l’entreprise.

Instaurer une relation de confiance
L’insertion de la personne nécessite la désignation à l’intérieur de l’entreprise d’une personne chargée de l’insertion. Le tuteur doit être capable de bien appréhender ses difficultés et de partager avec elle la recherche de solution. Une relation de confiance doit s’instaurer afin que la personne handicapée mentale puisse confier ses difficultés. Parfois, chez le travailleur handicapé mental, la capacité d’assumer son handicap est contrariée par son incapacité à vivre seul sa vie sociale. Des relais s’avèrent alors indispensables à mettre en place. C’est pourquoi certaines associations adhérentes à l’Unapei ont développé leurs propres services d’insertion afin de favoriser ce processus. Ils ont pour mission de promouvoir et assurer, en complément des moyens de droit commun, l’accès, le maintien durable et l’évolution dans l’emploi en milieu ordinaire de travail, de personnes en situation de handicap mental, en raison de la non satisfaction de leurs besoins spécifiques par les structures d’insertion généralistes existantes (par ex : ANPE, CAP EMPLOI).

Eviter les interférences
Aujourd’hui ces services sont menacés faute de financements pérennes et ont des difficultés à faire reconnaître leurs spécificités à la frontière de l’accompagnement professionnel et l’accompagnement social, pourtant indispensables pour assurer l’emploi des personnes handicapées mentales. Des S.A.V.S. (Services d’Accompagnement à la Vie Sociale), gérés par les Associations représentatives des personnes handicapées, peuvent également assurer une partie de cette mission. Ces accompagnements ainsi mis en place favorisent le maintien en poste et permettent que la sphère sociale interfère le moins possible sur la sphère professionnelle.

 

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