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Hadda Guerchouche, la passion de transmettre la passion

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Nous avons le plaisir de vous faire découvrir le parcours de Hadda Guerchouche, une femme exceptionnelle au parcours atypique. Grâce au coaching, elle accompagne les personnes en situation de handicap ou non à retrouver confiance pour mieux vivre le handicap et saisir les opportunités de la vie. Championne paralympique, elle est aussi, depuis l’année dernière la personnalité centrale de la campagne « Le progrès c’est moi » déployée par l’Agefiph pour faire changer le regard sur le handicap au travail. 

Vie en institution et affirmation de soi
Le parcours de Hadda mélange le handicap, la séparation familiale, la vie en établissement, le dépassement de soi, la natation, le sport de haut niveau, l’entreprenariat et depuis 2020 la figure emblématique de la campagne de communication nationale de l’Agefiph. Tout cela avec de la bonne humeur et des sourires plein la bouche. Hadda voit sa vie comme le parcours de la flamme olympique, ce qui est une réalité car elle n’a jamais cessé de transmettre sa flamme aux personnes qui la croisent. Cette femme de 56 ans ultra dynamique a passé toute son enfance en institution, où elle a appris à assumer ses choix pour être autonome et rapidement diriger sa vie. « Dès l’âge de 2 ans j’ai été placée en institution. C’est là que j’ai découvert le sport et l’affirmation de soi. Lorsque je désirais quelque chose, mes éducateurs me demandaient toujours d’expliquer mes choix, et ce dès l’âge de 10 ans ».

Natation salvatrice
Cette vie en institution fut pour Hadda une période difficile car à cette époque, dans les établissements, la douleur n’était pas prise en compte, pas plus que les besoins affectifs des enfants séparés de leur famille. Mais heureuse par l’apprentissage de la culture du handicap grâce à des éducateurs prêts à tout pour que les jeunes deviennent des adultes autonomes. « À l’âge de 13 ans, j’ai pour la première fois plongé mon corps dans l’eau et j’ai compris, je ne sais pas comment, que ça allait être ma porte de sortie ! J’en étais sûre. » C’est à un moment où Hadda était en institution, à Aix-les-Bains “La Roseraie”, qu’elle a découvert ce lien charnel avec l’eau qui fera d’elle une immense championne.
« À cette époque, j’étais très en colère et très violente ! » Nous avoue-t-elle. « C’était sans doute dû au manque d’attaches familiales. L’institution d’hier n’autorisait pas le personnel à être rassurant par le contact tactile alors il fallait apprendre à se consoler à travers des mots réconfortant mais… Nous n’étions que des enfants. C’est le contact de l’eau qui m’a permis de compenser ce désert affectif car je sentais mon corps enveloppé avec douceur et j’étais libre dans l’eau libérée des appareillages. Ma colère s’est doucement transformée en énergie créative et en performances sportives ».

Ne jamais avoir honte de son handicap
Elle poursuit : « Ce parcours dans les institutions et la natation m’ont appris à me faire une place, parmi les autres, à comprendre et accepter la diversité des individus avec leur fragilité et leur force. Nous étions comme dans une fratrie et rapidement j’ai adopté un rôle de sauveuse, je défendais toujours les plus faibles ». Ce que nous dit aussi Hadda, c’est que ce parcours en institution lui a permis de s’affirmer et de ne jamais avoir honte de son handicap.

Éducatrice sportive
C’est à l’âge de 17 ans qu’elle sort de l’institution, avec une entrée en formation de secrétaire pour retourner en famille. Elle découvre véritablement ses parents avec un certain décalage. À la suite de ce court épisode, elle atterrit à Grenoble où elle retrouve des amis d’enfance. Et après des contrats de travail précaires, elle est repérée pour ses qualités sportives et managériales lors de ses entrainements. « C’est comme ça que je me suis retrouvée en Bretagne, à au CREPS de Dinard, pour passer un Brevet d’Etat d’Educateur Sportif Option handisport, ce qui m’a aussi permis de bénéficier d’un meilleur entrainement avec les nageurs valides ».

Ce fut le départ d’une belle carrière sportive, Championnat d’Europe, Championnat du monde, Jeux paralympiques… Elle a même battu deux fois le record du monde du 200 mètres quatre nages et possède encore le record de France du 200 mètres quatre nages battu lors des Jeux Paralympiques d’Atlanta (96). Un sans faute pour cette battante que rien ne prédestinait à un tel parcours.

Coach sportive
Sa vie professionnelle prend alors une tout autre tournure car c’est grâce à sa médaille d’argent au Jeux de 1992, à Barcelone, qu’elle décroche son premier CDI, le 4 janvier 1993. C’est le directeur du Centre de Rééducation de Rennes Beaulieu Philippe BRAUN qui l’embauche. « C’était mon rêve, et cette période m’a permis de faire la paix avec l’institution, de régler mes comptes en quelque sorte ».
Dix sept ans plus tard, le 4 janvier 2010, elle crée sa structure de coaching sportif. « Lorsque j’étais éducatrice sportive en institution, je faisais déjà du pair-accompagnement avec les patients ». C’est une fois de plus parce qu’elle est repérée qu’elle suit une formation de coaching et plus particulièrement en préparation mentale à la performance sportive. « C’est là que je me suis rendu compte que mon handicap n’était plus un adversaire mais un partenaire. Mon handicap, c’est moi, et il me sert à entrer en contact avec les autres. Je considère que je suis un être de lien et avec mon fauteuil Charly, nous décidons si l’autre va entrer en contact avec moi ou pas. Ce que je veux transmettre aux autres, c’est cette capacité à décider, à faire des choix. Pour cela, je me connecte à leur corps et quoi de mieux que l’eau pour ça, car le handicap disparait dans l’eau. Mais je crois que c’est possible dans toutes les disciplines sportives à la condition que tu maîtrises la discipline ».

La reconnaissance de l’Agefiph
Aidée par l’Agefiph, elle a créé son entreprise et devient prestataire pour Cap Emploi 35 dès le mois de mai 2010. Elle constate que le public a évolué au fil du temps. « Au départ je voyais des bénéficiaires qui ne supportaient pas leur handicap, puis d’autres dans le déni de leur handicap. Aujourd’hui je vois surtout des personnes usées par la vie. C’est important pour moi de les accompagner dans la performance d’être soi ». Son activité a pris une nouvelle dimension dans la préparation mentale et physique avec aussi des personnes incarcérées. « Finalement je contribue au parcours sécurisé des individus qui me sont confiés par les différentes structures d’accompagnement. Auprès des “handis” tout comme auprès des détenus, mon handicap c’est ma force, car je peux leur parler franchement et les déculpabiliser d’un sentiment de honte qui ne leur permet plus d’être ce qu’ils étaient avant !  Je vois en eux le potentiel et je les invite à concentrer leur attention sur ce qu’ils ont plutôt que sur leurs manques. Ainsi éviter de se focaliser sur la difficulté et de se figer dans une posture de victime ».

Que représente pour vous le fait d’être l’effigie de l’Agefiph ?
« Être choisie par l’Agefiph fut pour moi une grande surprise d’autant que ce choix s’est fait indépendamment de mon travail avec cette structure. C’est mon coté décalé et indépendant qui a plu, je pense. J’ajoute que c’est grâce à l’appui et à l’audace d’un délégué régional de l’Agefiph, François Martinez, si j’en suis arrivée là aujourd’hui. Si je dois expliquer mon rôle d’#activateurdeprogrès ? C’est simple. J’accompagne les personnes en situation de handicap, visible ou invisible, à renouer avec les ressources qu’elles ont en elles pour redonner du sens à leur vie et ainsi retrouver leur place dans la société et dans le monde du travail. »

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