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Femmes en situation de handicap victimes de violences : Oser en parler

L’association Femme pour le Dire, Femme pour Agir (FDFA) se mobilise pour venir en aide aux femmes en situation de handicap victimes de violences. Rencontre avec Marie Conrozier, membre de FDFA.

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FDFA soutient les femmes en situation de handicap victimes de violences

Nous n’en sommes pas tous conscients, mais les femmes en situation de handicap victimes de violences sont plus nombreuses que nous le pensons. L’association Femme pour le Dire, Femme pour Agir (FDFA) se mobilise pour venir en aide aux victimes. Dans ce cadre que nous sommes allés à la rencontre de Marie Conrozier, membre de FDFA, pour en savoir plus sur le rôle de l’association et les dispositions mises en place.

Pouvez-vous vous présenter ?

Marie Conrozier, je suis chargée de mission de la lutte contre les violences des femmes handicapées, au sein de l’association FDFA. Auparavant, j’ai fait cinq ans de droit, je me suis spécialisée dans le droit pénal et la politique criminelle. Ensuite j’ai fait un service civique dans cette association pour découvrir le monde associatif et celui du handicap, que je connaissais très peu. Je comptais continuer mon parcours dans le droit par la suite mais voilà quatre ans que je suis à FDFA.

Pouvez-vous nous présenter l’association FDFA ?

Elle a été créée en 2003, l’année européenne des personnes handicapées, par Maudy Piot. Grande militante féministe, elle était touchée par une maladie dégénérative, elle perdait la vue au fur et à mesure de sa vie. Elle trouvait que le sujet de la féminité était trop peu abordé dans les associations et que le handicap n’était jamais genré. En créant l’association FDFA, elle avait comme objectif de réunir toutes les femmes en situation de handicap, quel qu’il soit. C’est la particularité de notre association ! Il n’existe pas d’autres structures comme celle-ci.

Quels sont les objectifs de l’association ?

Pour commencer, nous voulons promouvoir la place des femmes handicapées dans la
société, quel que soit leur handicap. Ensuite, nous voulons lutter contre toutes formes de discrimination, et notamment la double discrimination : celle liée au genre et
au handicap. Pendant des années, nous avons perduré avec ces deux objectifs, puis en 2010, nous avons organisé un colloque sur le thème des violences envers les femmes handicapées, et les femmes en situation de handicap victimes de violences.

Suite à cela, nous avons fait passer un questionnaire : « Avez-vous déjà subi ou subissez-vous des violences ? ». Nous avons été très surprises des résultats : 70.58 % des femmes répondaient oui, contre 36 % de femmes dites valides. Nous avons donc mené des recherches pour savoir si nos chiffres étaient représentatifs de la réalité ou non. Nous avons trouvé une seule enquête venant du Parlement européen et datant de 2007. Elle expliquait que près de 80 % des femmes handicapées, en Europe, étaient victimes de violence et/ou de maltraitance. Il y a également un rapport de l’ONU, sorti en 2012, qui indique que plus de 70 % de femmes handicapées sont victimes des violences et/ou de maltraitance dans le monde. Finalement nos chiffres se rapprochaient de ces données officielles. C’est pourquoi, nous avons décidé de monter un numéro d’écoute dédiée à ces femmes : le 01.40.47.06.06.

Cela a été très compliqué de nous démarquer, car il y avait déjà le 3919, de la « Fédération
nationale solidarité femmes ». Cependant, ces personnes ne sont pas forcément formées
au thème du handicap et ne savent pas toujours comment réagir. Il y a aussi le 3977,
dédié aux maltraitances des personnes handicapées et des personnes âgées. Cependant,
ils ne se concentrent pas sur la violence faite aux femmes et n’ont pas ce côté genré.

Quel est l’objectif de ce numéro d’écoute ?

Nous ne voulons pas que ce numéro soit juste un numéro d’écoute. Notre objectif demeure d’accompagner ces femmes en situation de handicap victimes de violences. C’est pourquoi nous proposons des permanences psychologiques, juridiques et sociales.

Quelles sont les autres activités de l’association ?

Nous organisons chaque année deux à trois événements autour du thème « Femme et
handicap ». Ainsi, nous nous sommes intéressés à la santé, à la citoyenneté, au sport… Le prochain événement sera consacré à la maternité au prisme du handicap. Nous organisons également des journées plus académiques où nous accueillons des universitaires et chercheurs pour approfondir des thématiques plus spécifiques.
D’autre part, nous mettons en place des colloques et des ateliers d’accompagnement à destination des adhérentes, notamment sur le thème de l’emploi, l’informatique, la
médiation artistique, le théâtre… Il y a même une esthéticienne qui vient tous les mois.
En parallèle, nous faisons toujours de la sensibilisation sur les violences et les discriminations.

Avez-vous d’autres données chiffrées sur les femmes handicapées victimes de violences ?

C’est très difficile à évaluer et il faut bien distinguer les chiffres « officiels » concernant
les femmes handicapées qui subissent des violences, de nos chiffres.

• Les chiffres officiels ne sont pas actualisés régulièrement mais il y en a quelques-uns.
D’abord, selon une résolution du Parlement européen, « près de 80 % des femmes handicapées sont victimes de violences psychologiques et physiques et ces femmes courent un risque plus élevé que les autres de subir des violences sexuelles; relevant que, si la violence est un phénomène fréquent dans la vie des femmes handicapées, elle est aussi, dans bien des cas, à l’origine même de leur handicap » – (Résolution du Parlement Européen du 26 avril 2007 sur la situation des femmes handicapées dans l’UE 2006/2277 (INI)). Ce chiffre a été repris dans un rapport ONU Femmes du 3 août 2012 intitulé « Rapport sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences ».

Ensuite, un rapport du Parlement européen sur les femmes handicapées ((2013/2065(INI)) du 11 décembre 2013 dispose : « K. considérant que les filles et les femmes handicapées courent bien plus de risques d’être victimes de violences, notamment d’exploitation domestique et sexuelle, et qu’elles ont, selon les estimations(19), de 1,5 à 10 fois plus de risques d’être maltraitées que les femmes valides ». Ce chiffre a été à nouveau publié dans une résolution du Parlement européen adoptée le 12 septembre 2017.

Le Sénat a également publié un rapport en 2019 « Violences, femmes et handicap : dénoncer l’invisible et agir ». Enfin, la DREES vient tout récemment de publier une étude intitulée « Les personnes handicapées sont plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles et verbales ».

Concernant nos chiffres, je dis toujours qu’il faut les prendre avec des pincettes, car nous savons qu’une partie des femmes ne peuvent pas nous appeler. Elles n’ont peut-être pas eu l’information ou les capacités de la comprendre. Un exemple précis : Nous avons très peu d’appels de femmes victimes de violences au sein des institutions. Or nous savons qu’il y a beaucoup de violences à l’intérieur de ces institutions. Les violences conjugales représentent seulement 35 et 45 % de nos appels.
En attendant la parution de notre nouveau rapport, on peut citer quelques données du précédent : En 2018, nous avons reçu 2067 appels, ouvert 214 dossiers et organisé 86 rendez-vous juridiques, 41 rendez-vous sociaux, et 26 rendez-vous d’aide administrative. Une comparaison à périmètre égal avec les chiffres de l’année 2017 montre : une progression de 75,62 % du nombre d’appels ; une augmentation de 11,46 % du nombre de dossiers ouverts. Concernant le profil des appelantes : 40,80 % souffraient de troubles psychiques ; 33,83 % de troubles moteurs ; 14,93 % des troubles sensoriels ; 8,96 % de troubles mentaux.

Constatez-vous une évolution positive ? Est-ce que ces femmes osent plus se manifester ? Sont-elles mieux protégées ?

Elles ne sont pas mieux protégées d’années en années, et notre numéro demeure assez récent.
Bien entendu, notre courbe est systématiquement croissante au niveau des appels. Cependant, nous ne savons pas si c’est parce que nous sommes de plus en plus connues ou que les professionnels nous ont repéré, ou même si c’est que les femmes osent plus dénoncer les violences.
On nous a beaucoup demandé si les mouvements Balance ton porc ou Me Too avaient fait monter nos statistiques. Nous n’avons pas eu de croissance significative. En revanche, il y a d’autres chiffres dont nous sommes sûres : pendant la période de confinement, nous avons eu une énorme chute des appels. Par rapport à l’année dernière, nous avons eu +57 % en janvier, +35 % en février, -20 % en mars, -43 % en avril, -9 % en mai et +44 % en juin. Le confinement a révélé des difficultés. Les femmes avaient peur de dénoncer, de se faire encore plus maltraiter ou même de se retrouver à la rue.
La courbe est très claire, nous avons eu d’avantage d’appels en juin par rapport à l’année dernière. Nous avons eu 100 % d’appels en plus par rapport au mois d’avril ! C’est assez représentatif des autres associations, les appels étaient centrés sur des situations plus graves et plus urgents.

Qu’est ce qui pourrait permettre d’améliorer la situation ?

L’information et la formation.
• Informer le grand public est important, car il n’imagine pas que des personnes handicapées puissent être victime de violences. Quand nous sommes bienveillants, nous nous disons que personne ne va s’attaquer aux personnes handicapées. Quand nous sommes du métier, nous savons que ces femmes handicapées sont encore plus vulnérables, nous savons qu’il y a plus de risques qu’elles soient victimes de violences. C’est mécanique.
• Nous militons énormément pour que les professionnels de santé soient formés et connaissent les ressources. Souvent ils ne savent pas comment réagir face à une personne qui avoue qu’elle est victime de violences. Ce n’est pas par malveillance, mais ils se sentent démunis. Ces formations concernent aussi les femmes victimes de violence, avec ou sans handicap.
Nos actions n’enlèveront pas la violence, mais grâce à cela, le repérage sera mieux fait, et l’accompagnement plus approprié.

Quelles démarches recommandez-vous aux femmes handicapées victimes de violences ?

Tout dépend du type de handicap. Nous n’allons pas prendre en charge une femme en fauteuil roulant comme une femme aveugle. La plus grande difficulté se présente dans l’accompagnement des personnes touchées par un handicap psychique.
Finalement, avec les femmes à mobilité réduite, il nous faut de la logistique. Nous devons vérifier si les bâtiments dans lesquels nous envoyons les personnes sont accessibles.
En revanche, l’accompagnement des femmes touchées par un trouble psychique, parfois accentué par les violences, doit être plus particulier.
Quand nous cherchons un centre d’hébergement, nous demandons qu’il soit accessible, mais aussi que le personnel soit formé selon le type de handicap pour pouvoir apporter une aide humaine, sans que cela soit à temps plein bien sûr.

Y a-t-il des recours spécifiques pour les femmes en situation de handicap victimes de violences ?

Il n’y a pas de recours spécifique pour les femmes handicapées. Il y a les mêmes recours que pour les femmes dites valides. Sauf que cela n’est pas adapté. La loi ne protège pas ces femmes et elles n’ont ni privilège, ni priorité. Il y a tout de même quelques dispositions. En effet, une femme sourde a le droit d’avoir un interprète en langue des signes, tout au long de la plainte et des procédures. Malheureusement, niveau accompagnement rien n’est mis en place.

Par contre, il y a une chose qui a beaucoup changé selon moi et qui se développe à Paris : dans une bonne partie des commissariats, se trouvent des intervenants sociaux ou des psychologues. Ces personnes peuvent recevoir ces femmes handicapées victimes de violences avant leur dépôt de plainte. Cela permet de créer un lien avec l’extérieur. Quand on dépose plainte, les policiers posent beaucoup de questions précises. Certaines femmes, notamment, celles touchées par un trouble psychique, ne vont pas comprendre pourquoi. Le psychologue ou l’intervenant social va être là pour expliquer la situation, retranscrire l’histoire de manière chronologique, etc. Nous trouvons que c’est réellement une mine d’or pour ces femmes !

Plus d’informations sur : https://fdfa.fr/

Propos recueillis par Anna Pellissier

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