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Eliane Belissant: une auxiliaire de vie “engagée par vocation”

Handirect : Qu’est-ce qui vous a mzsené vers l’activité d’auxiliaire de vie sociale ?

Eliane Belissant : C’est un long parcours, j’ai d’abord été employée de banque et suite à un départ volontaire, j’ai créé un commerce mais bien que celui-ci ne se soit pas avéré suffisamment rentable, il m’a permis durant deux ans de rencontrer beaucoup de monde. En fait, j’avais un rôle social très fort qui me plaisait beaucoup. Aussi lorsque j’ai cessé mon activité, j’ai fait un bilan de compétences à l’ANPE  qui m’a mené droit vers une formation d’aide à domicile. Mais il n’a pas vraiment de hasard, je me suis toujours sentie bien dans les situations d’aide à autrui.

 

H. : Comment s’est passé votre début carrière ?

E.B. : J’ai commencé par effectuer un travail à mi-temps dans un centre pour personnes handicapées, puis je suis devenue veilleuse de nuit. A la suite de cela, j’ai travaillé dans une maison de retraite où j’étais maitresse de maison, mais ce fut une très mauvaise expérience car j’étais témoin de nombreux mauvais traitements et j’en suis finalement partie après avoir dénoncé tout cela. Par la suite j’ai postulé chez Main Tenir pour qui je travaille depuis 11 ans.

 

H. : Quelle a été votre première mission ?

E.B. : Je suis intervenue en remplacement auprès d’une personne âgée atteinte de sclérose en plaques chez qui j’intervenais cinq jours sur sept, neuf heures par jour. Puis, j’ai réalisé d’autres missions dans tous les postes que Main Tenir a pu me proposer avant de revenir vers cette personne. Je suis restée dix ans au service des cette dame. C’était une expérience passionnante bien que parfois un peu lourde, car elle ne communiquait presque pas. Je n’avais pas imaginé rester si longtemps et, au bout de trois ans, je me suis posée beaucoup de questions sur la qualité de mon intervention. J’avais peur d’être prise par les habitudes. Parallèlement, sa fille vivait chez elle et avait sacrifié sa vie professionnelle pour rester proche d’elle alors même qu’elle avait un très bon poste aux Hospices Civils de Lyon.  Je me suis trouvée dans une situation où je devais être au service de l’une et à l’écoute de l’autre, car la plus jeune souffrait malgré tout de ce choix qui l’asservissait. Elle ne s’accordait plus une minute de loisir pour consacrer tout son temps disponible à sa mère. Nous en avons beaucoup discuté car cette emprise l’amenait parfois à penser que je n’étais pas assez attentionnée pour sa mère. Mais elle se reprenait toujours. Le rôle d’auxiliaire de vie sociale est assez large, elle est à la fois présente pour le bénéficiaire mais aussi pour son entourage qui s’inquiète et se pose des questions. Il faut beaucoup écouter, sans juger, et rester discret en toute situation. Cet aspect ne s’enseigne pas, on le ressent et on le vit sur le terrain, et ce n’est jamais pareil d’une famille à l’autre. Il faut aussi en parler avec la direction car nous devons beaucoup échanger entre nous pour ne pas risquer de dérive.

 

H. : Ce jeu de relations croisées n’est-il pas un risque de dérive ?

E.B. : Aujourd’hui je ne le pense pas car nous avons un cadre d’intervention précis et une éthique professionnelle à respecter. Depuis 2002 et l’instauration d’un diplôme d’Etat d’Auxiliaire de vie sociale, notre rôle est clairement défini, avec ses limites. Parallèlement, la formation permet d’aborder les aspects psychologiques de la relation d’aide.  Nous apprenons à écouter sans nous impliquer et surtout en sachant poser les limites dès le début d’une mission. Nous ne pouvons pas laisser s’instaurer une relation trop familière et des phrases telles que « vous êtes un peu comme ma propre mère » venant de l’auxiliaire ou « vous êtes un peu ma fille » de la part du bénéficiaire sont des indicateurs forts de dérive auxquels il faut immédiatement apporter une correction pour bien redéfinir le champ de la relation. Le tutoiement est aussi à éviter. C’est aussi dur à faire que de partir d’un domicile alors que le ou la bénéficiaire vous presse de rester une peu plus longtemps pour faire telle ou telle chose, pour prendre un café ou prolonger une discussion. Notre intervention est régie par des horaires que nous devons à tout prix respecter car c’est le bénéficiaire suivant qui risque d’en faire les frais.

 

H. : Hors de l’aspect relationnel il y a un rôle opérationnel et quelles sont ses exigences ?

E.B. : Nous devons bien sûr intervenir auprès de la personne pour ses toilettes ce qui généralement se fait avec l’aide d’une infirmière. Mais aussi l’assister pour aller aux toilettes, l’habiller la déshabiller, parfois l’aider à manger, faire ses courses, lui préparer à manger, faire son ménage… les tâches sont nombreuses mais encore une fois très cadrées. Nous n’avons pas pour vocation de déplacer des meubles ou faire du bricolage important. Il faut pourtant parfois intervenir sur la disposition des meubles ou de la décoration qui peuvent gêner le travail et représenter un risque pour la personne elle-même. Je pense entre autre aux tapis ou à un encombrement trop important de certaines pièces.

 

H. : Ce degré d’intimité n’est-il pas sujet à caution ?

E.B. : Ca peut arriver, mais c’est rare. Nous devons bien sûr mettre le personne en confiance et doucement, tout se fait naturellement. J’ai toujours eu à cœur de valoriser la personne que j’aidais par ses tenues vestimentaires, des accessoires, du maquillage… C’est important l’estime de soi lorsque l’on est dans une situation de dépendance. La relation dans l’intimité est plus compliquée lorsque l’on a affaire à des jeunes. Ils sont parfois très exigeants. Aujourd’hui il y a des hommes qui s’occupent de femmes d’âge plus ou moins équivalent et ça se passe très bien. Encore une fois si le cadre est posé et les rôles bien clairs, il n’y a pas de problème.

 

H. : Quels conseils donnez-vous aux débutants ?

E.B. : J’insiste sur la ponctualité ! C’est très important et c’est une question de respect. Le retard d’une AVS peut-être insupportable à vivre car tous les types de besoin peuvent se faire sentir et bien sûr, les plus impérieux. En plus de la colère du bénéficiaire, les retards peuvent provoquer des angoisses chez les personnes les plus fragiles. J’ai été moi-même dépendante durant une quinzaine de jours suite à un accident et je sais trop ce que représente la présence, à l’heure juste, de l’auxiliaire de vie. Démarrer une journée en retard et ce sont peut-être tous les bénéficiaires du jour qui vont en pâtir, c’est inacceptable.  Notre métier, bien que dans l’aide et l’écoute, nécessite une grande rigueur. L’autre aspect, c’est le respect de la personne et bien sûr une discrétion totale sur ce qui est vu, entendu et vécu dans la sphère privée. Il faut que l’auxiliaire apprenne à se protéger au niveau émotionnel pour éviter les transferts. Je demande aussi aux auxiliaires de prendre soin de leur santé et de faire du sport, car c’est un métier qui demande beaucoup d’efforts physiques. Enfin, je les invite à faire toutes les formations possibles car c’est comme cela que l’on évolue et que l’on pourra proposer des services de meilleure qualité.

 

 

 

 

 

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