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D’un cap à l’autre: le handisport en version extrême

Hélène Morisseau a rencontré pour vous Vincent De Lepeleire, aventurier hors norme qui enchaîne les défis sportifs en plein air du parapente au handbike en passant par le handiski.

 

Depuis 2011, Vincent De Lepeleire n’est plus tout à fait le même homme. Paraplégique suite à un accident de bûcheronnage, cela ne l’empêche pourtant ni de pratiquer le parapente ni de se lancer dans de grandes aventures : le Canal du Midi en handbike, l’Arc Alpin en parapente et en handbike, et bientôt le Cercle Polaire en handiski. L’aventure appartient bel et bien à ceux et à celles qui se décident un jour.

 

«Ce n’est pas la fin du monde ! », s’exclame Vincent, très souriant, dans une vidéo pour décrire son handicap. Vincent, qui fêtera bientôt ses vingt-cinq ans, se laisse bercer par les évènements de la vie, parfois avec une légère insouciance. Il ne se pose pas trop de questions et avance. Ce savoyard passionné de sports de pleine nature et de montagne ne conçoit pas que son handicap le freine dans sa vie. Il a eu le déclic pendant sa rééducation en visionnant une vidéo sur Nathanaël Schaeffer, qui est devenu paraplégique après un accident de montagne et qui pratique le ski de randonnée avec du matériel adapté.

 

Le Canal du Midi en handbike

 

Un mois seulement après sa sortie de centre de rééducation, en juillet 2012, il se déleste de tous les conseils de précaution et part avec un copain, Julien, remonter le canal du Midi en handbike. Il s’envole loin de ce «cocon fermé» où il a passé une année. Ce premier périple lui permet de se réconcilier avec lui-même, avec ce corps qui ne lui appartient plus complètement. Première expérience concluante. Vincent n’entend pas s’arrêter là.  «Pas de limites tant que tu te fais plaisir !» : voilà ce que répond Vincent lorsqu’on lui demande jusqu’où il va aller. Cela donne le ton. Sa vie sera assurément remplie de voyages, de défis sportifs, de rencontres, de partages. Vincent, as-tu une mission à accomplir sur terre ? «Peut-être…Si je ne suis pas mort… je vais chercher». Il reprend très vite le parapente en solo qui est son sport de prédilection. Dans les airs, son handicap s’efface. La confiance en soi revient et des projets se dessinent autour du parapente.

 

 

 

Mission Handi Cap au large

 

Vincent créée fin 2013 avec ses copains d’enfance, l’association « in cloud » et en assure la présidence. La philosophie de l’association est le partage du sport (centré sur le parapente) entre personnes valides et handicapées. Très vite, un projet sportif permet à Vincent et ses amis de donner tout son sens à cette création : Handi Cap au large. Il s’agit de traverser entièrement l’arc alpin de l’Autriche à Monaco, en parapente et en handbike lorsque la météo ne permet pas de voler. Vincent reconnait volontiers que la préparation du projet a été minime et que l’organisation s’est faite une semaine avant de partir. L’envie collective et la solidarité pendant la traversée vont permettre la réussite du projet. Et pourtant les mauvaises conditions météo du mois de juillet 2014 ont compliqué l’avancée, obligeant le groupe à souvent délaisser le parapente au profit du handbike, qui est un sport très physique. Ce périple a duré plus de vingt jours, marquant les organismes mais renforçant les liens d’amitié. Vincent sort de cette aventure avec des projets plein la tête mais il n’entend pas les accomplir sans partage. Les handbikes achetés pour ce projet seront réutilisés pour d’autres voyages et mis à la disposition d’autres personnes. L’association veut aussi faire découvrir la pratique du parapente en fauteuil. Son association prévoit ainsi d’organiser au printemps dans le Parc National du Massif des Bauges une journée pour promener les gens, handis et valides, en calèche et les amener sur un site de parapente où ils pourront s’adonner au vol libre.

 

 

 

Un nouveau défi : le Cercle Polaire Arctique

 

Un défi juste terminé en amène toujours un autre. Alors quand on propose à Vincent de faire une expédition polaire en ski de randonnée sur l’ile de Spitzberg en Norvège, Vincent, toujours très enthousiaste, accepte sans aucune hésitation. C’est un défi qui s’annonce pourtant compliqué. Il va partager cette aventure avec sept sportifs, des amis différents de ceux d’Handi Cap au Large et un vidéaste professionnel. Vincent a dû apprendre les techniques du handiski (qu’il va pratiquer dans une coque de ski assis), ce qui n’a pas été évident. Il va surtout devoir affronter des conditions extrêmes à proximité du Cercle Polaire Arctique : gestion du froid, mobilité sur le camp de base, gestion de l’ours. Pour donner un cadre juridique sécurisé à ce projet, une nouvelle association « Riding Over 73 » a été créée et son président Benjamin, fera partie de l’expédition. Ce nouveau projet « Handi Cap au nord » exige beaucoup plus de préparation, de logistique et d’investissements (budget très important).

 

 

L’expédition se déroulera en mai prochain et durera deux semaines, sur place, avec cinq jours en autonomie après un trajet en motoneige jusqu’au camp de base situé au centre de l’île. L’enjeu sera physique car les compagnons de Vincent vont devoir le tracter sur le plat et dans les montées. « Ce sera plus dur pour ceux qui m’accompagnent que pour moi», indique Vincent. Dans les descentes, seul dans son bob, il va devoir affronter des pentes assez raides notamment celles du Mont Newton qui est le point culminant de l’île. Il s’est beaucoup entrainé cet hiver avec son copain Julien, moniteur de ski spécialisé dans le handiski, et a notamment axé son travail sur la sécurité. Et puis l’enjeu d’une telle expédition concernera aussi la santé de Vincent car il devra affronter l’altitude et le grand froid. La vigilance portera surtout sur l’état de ses jambes. Ce sera probablement l’une des missions confiées à l’un des membres de l’expédition, Emmanuel, qui est infirmier aux urgences et guide. Rien n’a été lésiné sur la qualité de l’équipement pour assurer une protection maximale : vêtements techniques de qualité, chaussettes chauffantes…Vincent ne ressent aucune appréhension. De cette aventure naîtra un film que réalisera le voyageur et cinéaste Damien Artero, connu dans le milieu de l’aventure. Ce film risque assurément de trouver une belle place dans les festivals de films d’aventure. Il est aussi prévu de le projeter dans les centres de rééducation, histoire de donner envie, de montrer que l’aventure n’est pas réservée aux personnes valides.

 

L’histoire de Vincent prouve qu’avec de la volonté et en étant bien entouré et soutenu, tout est possible. Ce jeune aventurier n’écarte pas un jour la possibilité de voyager en solo. «C’est un bon moyen d’introspection», reconnaît-il, mais pour l’instant il aime bien être en groupe. Il compte aussi s’investir davantage dans son association « in cloud » et terminer sa formation de pilote d’avion mais il se sent un peu débordé par tous ses projets…

 

Plus d’infos sur :

 

https://fr-fr.facebook.com/ridingover73

 

Site de Damien Artero : http://www.planeted.eu/

 

Vidéo « Les Rêves de Vincent »  réalisée par Altitude Films et disponible sur le site : www.incloudasso.fr

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