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Emploi-Formation et handicap

Dispositifs de formation de LADAPT : Cibler les projets

Dispositifs de formation de LADAPT Philippe Thibon

LADAPT : Les dispositifs de formation de LADAPT placent l’individu en priorité

Nous avons eu l’opportunité d’échanger avec Philippe Thibon, Directeur de LADAPT Bourgogne sur le thème des dispositifs de formation de LADAPT. Son discours met le projet personnel et la prise en compte de la fragilité des individus en tête des préoccupations de son établissement, loin des objectifs chiffrés généralement constatés.

Quel sont les dispositifs de formation de LADAPT ?
Nous avons des centres de pré-orientation, qui sont très ciblés sur le travail du projet professionnel, puisque notre public ce sont des personnes qui n’ont jamais travaillé ou qui ont été mises en inaptitude avec la nécessité d’engager une reconversion professionnelle. Ce sont de dispositifs courts, de 8 à 12 semaines et à l’issue la personne monte un projet professionnel qui va passer par le domaine ou pas. Et qui peut être réalisé dans n’importe quel centre de formation professionnel, y compris dans le milieu ordinaire. Un retour direct à l’emploi est assez rare. Le projet nécessite de reformer ou de former la personne à un métier, sachant que notre public est plus en niveau 5 donc un faible parcours scolaire, ce qui veut qu’en amont de la formation, ils passent par une formation préparatoire de remise à niveau. Je prends l’exemple de quelqu’un qui a 40 ans, qui a arrêté son parcours scolaire à 16 ans, il faut reprendre un peu tout ça et notamment les notions de base pour attaquer dans les meilleures conditions la formation qualifiante. Mais cela dépend des pré-requis pour entrer en formation qualifiante. Nous avons aussi des dispositifs plus spécifiques pour des publics qui ne vont pas spécialement entrer en formation qualifiante. Nous avons des Parcours Français langue étrangère, des parcours dynamisation pour des personnes qui n’ont plus travaillé depuis longtemps (de 10 à 12 ans) et pour qui c’est très compliqué de reprendre un emploi. Nous proposons aussi 8 titres qualifiants, beaucoup de tertiaire secrétaire et secrétaire comptable, employé d’administration et d’accueil, assistant comptable mais aussi deux titres en vente de niveau 4, et deux titres en informatique.

Est-ce encore d’actualité de former des personnes au tertiaire ?
Bien sûr, il y a de nombreux besoins, ça fait 25 ans que l’on nous dit qu’il n’y a plus de besoin de secrétaire mais quand on regarde les métiers en tension, on trouve employé d’accueil et secrétaire, mais le métier a changé, les attentes ont beaucoup évolué. Sur des territoires ruraux, un titre comme secrétaire comptable a tout son sens car cela permet d’avoir de la polyvalence et d’assurer à peu près toutes les fonctions de l’entreprise. Nous n’avons que de petites entreprises et cela permet d’avoir une vraie collaboratrice du dirigeant et n’avons pas de mal à les placer en entreprise.
Ces dispositifs sont financés par la sécurité sociale et l’Agence Régionale de Santé.

Quels sont les autres dispositifs de formation de LADAPT ?
Nous postulons à d’autres dispositifs en relation avec l’Agefiph, qui reprennent à peu près les mêmes thématiques, définition d’un projet, parcours de retour vers l’emploi… Il ne s’agit pas là d’atteindre un niveau de qualification, mais plutôt de la redynamisation, de la remobilisation. Après ils vont soit suivre un parcours en milieu ordinaire, soit venir chez nous en ayant eu une orientation MDPH. Dans tous les cas, c’est nous qui accompagnons les personnes dans leur définition de projet et ce sont des dispositifs plus souples car nous nous déplaçons sur les territoires au plus près des stagiaires dans les bassins d’emploi. Nous avons aussi des produits plus spécifiques, nous proposons des bilans de compétences et des parcours de transitions professionnelles qui s’adressent plutôt à des gens qui vont vers l’inaptitude mais qui n’y sont pas encore. La Sécurité sociale nous permet d’accueillir des personnes qui sont en arrêt de travail sur des parcours pour travailler le projet. C’est un énorme gain de temps car on évite le parcours licenciement, MDPH, Orientation, candidature. Nous leur permettons à ce moment-là de se projeter immédiatement sur l’après et de ne pas subir. Ces personnes nous sont signalées par la CARSAT ou les SAMETH, qui sont au plus près de l’entreprise pour améliorer les conditions de travail. Ces dossiers passent par l’entreprise concernée et par les OPCA pour le financement.

Quels sont les métiers auxquels vous formez en particulier les personnes ?
La première filière que l’on trouve à peu près partout c’est tout ce qui va tourner autour du tertiaire et du secrétariat, après chacun a développé d’autres titres. Nous avions jusqu’à l’année dernière une formation en prothèses dentaires. Nous l’avons stoppé du fait de la croissance de la concurrence, du développement des technologies comme les imprimantes 3D… Et nous faisons autre chose à la place comme de l’informatique.

Comment réagissez-vous aux métiers en tension ?
C’est assez difficile car dans notre région il n’y a plus beaucoup d’emplois, nous travaillons surtout à la mobilité de personnes qui est aussi assez compliquée. Et on le comprend. Dans les grandes villes,  il peut y avoir des secteurs très puissants, très forts, ce n’est pas notre cas. L’un des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui c’est la rémunération des stagiaires par les régions, de fait personne ne souhaite accueillir et financer les candidats des autres régions. Nous pourrions augmenter les formations opportunistes mais c’est très compliqué car il faut informer toutes les MDPH et avant que cela ne rentre dans les tuyaux de tout le monde cela prend facilement deux ans. Si c’est une demande locale dont le remplissage est garanti par les MDPH c’est jouable. De plus l’investissement nécessaire n’est la plupart du temps pas amortissable. Il nous faut une visibilité à 5 ou 6 ans pour amortir le matériel. Il faut aussi que les métiers en tension soient compatibles avec le handicap.

Ce qui fait notre différence avec d’autres centres de formation c’est que pour le travail sur le projet personnel, nous avons un médecin qui va valider et qui peut entrer en discussion avec la personne pour mettre en évidence qu’il y a des choses qu’elle ne peut pas faire. Après avoir repris confiance, certaines personnes sont prêtes à dire qu’elles n’ont plus de problèmes. Il faut se recentrer sur soi et ne pas oublier que l’on est porteur d’une pathologie avec un certain nombre d’incapacités. Il faut un projet cohérent car les évolutions sont toujours différentes selon les personnes. Il faut parfois viser du moyen terme. Nous leur parlons bien sûr du marché de l’emploi, rien ne leur est caché. Un projet professionnel se construit aussi avec son entourage proche, le ou la conjointe, les enfants. Il faut en discuter et nous sommes très vigilants sur ce point car des tensions familiales graves pourraient naître d’un choix purement personnel. De plus une formation peut amener à un changement d’identité professionnelle. Une personne qui travaillait à la production et qui dans la même société va se reconvertir à un métier administratif, va devoir changer son mode de vie et de langage, sa tenue vestimentaire, ses relations dans l’entreprise et donc son état d’esprit. Cela va avoir des répercutions négatives dans la vie familiale qu’il faut anticiper et préparer. Le conjoint et l’environnement familial n’évoluent par forcément en parallèle.

Photo : Philippe Thibon, directeur de LADAPT Bourgogne – Dispositifs de formation de LADAPT

 

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