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Conduite et handicap : État des lieux par Claude Dumas directeur général du CEREMH

 

Claude Dumas, directeur général du CEREMH, Centre de Ressources et d’innovation Mobilité Handicap, nous présente cette structure et dresse un état des lieux de la mobilité en regard du handicap.

 

Comment peut-on résumer les différentes possibilités existantes en termes de conception et d’adaptation de véhicules au handicap ?

Il existe énormément de solutions, pour les conducteurs et pour le transport de passagers, dans un fauteuil ou avec un transfert. Cela va du siège pivotant aux systèmes d’adaptation de la conduite très variés en fonction du type de handicap. On peut encore développer les adaptations pour les personnes qui conduisent à l’aide d’un joystick et pourraient être aidées par des assistances à la conduite (maintien dans la voie, détection d’obstacles…), de même pour les systèmes qui permettent de se garer plus facilement grâce à une caméra de recul.

Les limites qui restent concernent essentiellement les déficits sensoriels (le handicap visuel plus particulièrement) et le handicap psychique, cognitif ou mental. Après c’est toute la question de l’évaluation des capacités à conduire qui se pose, ainsi que le respect des réglementations. La question du financement pose également des limites car les adaptations sont généralement très coûteuses.

 

 

Est-ce que de nouvelles avancées sont susceptibles de voir le jour prochainement ?

On évolue progressivement vers une robotisation et des véhicules tout automatiques. Beaucoup de projets de recherches émergent : assistance au freinage, alerte en cas de franchissement d’une ligne blanche, lors d’un dépassement ou à proximité d’un piéton, dispositifs de maintien dans une voie ou de maintien des distances… Des systèmes destinés à rendre la conduite plus facile et moins fatigante. Par ailleurs, le fait de pouvoir rester dans son fauteuil pour conduire est déjà une innovation, assez récente mais qui se développe de plus en plus. Globalement tout devient plus accessible.

 

 

Sommes-nous dans une sorte de révolution de l’automobile adaptée ou est-ce une progression constante qui suit l’évolution classique des conceptions de véhicules ?

L’automobile adaptée suit plutôt l’évolution classique des conceptions de véhicules. Il y a quelques produits qui ont été développés essentiellement pour le handicap (joysticks…) mais la plupart des aménagements restent contraints (techniquement) par les modèles de véhicules mis en place par les constructeurs grand publics, qui eux ne tiennent pas forcément compte de la question de l’adaptation. C’est d’ailleurs le problème essentiel dans ce domaine : il n’y a pas vraiment de coopération entre les constructeurs et les équipementiers, ce qui complique les choses. Une meilleure coopération et un contact plus étroit rendraient les aménagements de véhicules plus faciles et bien moins coûteux.

 

 

Peut-on adapter tout type de véhicule ?

Théoriquement oui… pour des équipements simples. Mais adapter un véhicule implique d’obtenir auparavant l’accord de son constructeur dès lors que les aménagements nécessitent un décaissement ou un changement lourd de la structure du véhicule. Tout ce qui concerne l’assistance à la conduite via des systèmes électroniques doit être bien respecté. De fait, en pratique il reste très compliqué d’aménager tout type de véhicule pour tout type de handicap.

 

 

Les autres moyens de transport (motos, scooters, vélos électriques, vélos classiques…) sont-ils plébiscités par les personnes en situation de handicap ?

 

Ils sont beaucoup moins utilisés que dans certains pays, et notamment les pays scandinaves et la Grande-Bretagne, où cette pratique est devenue courante. En Grande-Bretagne, environ 350 000 personnes utilisent quotidiennement un scooter électrique, alors qu’on estime qu’elles sont 3000 à 4000 en France ! Selon les différents publics, cet écart peut s’expliquer par le manque d’information. Pour utiliser d’autres modes de transports, il faut déjà que les gens les connaissent. Les personnes qui vont dans un centre de réadaptation fonctionnelle sont en principe bien informées, mais cela ne concerne qu’une petite partie des publics intéressés. La majorité, notamment les personnes âgées, ne connaissent pas bien les moyens de transport alternatifs ou pensent que leur utilisation est complexe… de fait elles ne les utilisent pas beaucoup, alors qu’un scooter ou vélo électrique pourrait nettement améliorer leur autonomie pour de petits déplacements quotidiens. C’est pourquoi le CEREMH travaille beaucoup sur la sensibilisation des usagers, à travers des formations et des ateliers mobilité. Pour les acteurs publics, si les personnes en situation de handicap et les personnes âgées deviennent (ou restent) autonomes pour se déplacer, cela permettra de faire de grandes économies car lorsqu’une personne n’est pas autonome dans ses déplacements, cela implique de la conduire pour chaque sortie et/ ou de tout lui apporter. Et pour les usagers eux-mêmes, ce gain d’autonomie est extrêmement bénéfique sur le plan de la santé et de l’activité physique, et de l’insertion professionnelle et sociale. Nous avons donc un grand intérêt à investir dans des véhicules qui seraient vite amortis sur le  plan global.

 

L’écart s’explique également par des problèmes d’infrastructures, de voirie et de manque de places de stationnement. Par ailleurs le coût important d’un vélo ou d’un scooter électriques peut être prohibitif pour des personnes souvent fragiles financièrement. Pour y remédier, nous réfléchissons à un système de véhicules partagés, par exemple entre résidents. Cela nécessite de passer d’abord par une analyse de chaque territoire concerné, chacun ayant ses difficultés propres : Dans les grandes villes, les transports à la demande sont saturés, la demande énorme, et les usagers ont de plus en de mal à trouver des solutions. Dans les zones rurales, les transports à la demande sont parfois abandonnés ou très réduits, car ils coûtent cher et sont peu utilisés.

 

 

Existe-t-il également des adaptations techniques pour ces modes de transport ?

 

Il en existe beaucoup… mais là encore ces adaptations sont beaucoup plus développées dans les pays scandinaves. Parmi elles on peut citer :

– Les systèmes électriques de troisième roue  qui se connectent aux fauteuils roulants et permettent de se déplacer sur différents terrains avec des efforts moindres ;

– Les tricycles à assistance électrique qui peuvent notamment permettre de compenser des difficultés pour la marche ou le pédalage ;

– Les vélos de loisirs avec une place adaptée permettant de transporter tout en pédalant un enfant en situation de handicap.

 

Le CEREMH mène régulièrement des actions de sensibilisation pour faire mieux connaitre ces dispositifs.

 

 

Comment s’y prendre lorsqu’on veut passer le permis de conduire avec un handicap ?

Dès qu’un problème de santé intervient sur la capacité à conduire d’une personne, elle doit consulter un médecin agréé qui déterminera si la personne peut continuer à conduire et si des aménagements sont nécessaires. On trouve la liste des médecins agréés auprès des préfectures de chaque département.

– Si la personne a déjà le permis au moment où son handicap survient, elle devra ensuite s’entretenir avec un inspecteur du permis de conduire, qui lui fera également réaliser un petit parcours en voiture pour vérifier qu’il conduit dans de bonnes conditions et que les aménagements (s’il y en a) sont adaptés. Il peut être bien de reprendre quelques leçons avant pour être sûr de bien connaître le nouveau matériel et/ la conduite avec le handicap survenu.

– Si la personne n’a pas encore le permis, elle devra, après sa visite auprès d’un médecin agréé, se présenter comme les autres candidats dans une auto-école pour passer le permis. Toutefois elle devra toujours conduire avec les aménagements prescrits par le médecin agréé, ce qui nécessite de trouver une auto-école qui  dispose de véhicules adaptés.

Dans les cas complexes où le médecin agréé ne parvient pas à déterminer si une personne est apte ou non à conduire, il peut demander une évaluation complémentaire auprès de spécialistes de la conduite et du handicap.

 

 

Les auto-écoles spécialisées sont-elles nombreuses ? Faut-il obligatoirement s’adresser à elles ?

Certaines auto-écoles « classiques » bénéficient également d’un ou plusieurs véhicules adaptés, mais peu. Les auto-écoles spécialisées, quant à elles, se développent de plus en plus, bien qu’il n’y en n’ait pas encore partout. Nous en dressons la liste sur le site internet du CEREMH. Ce qui reste le plus difficile à trouver actuellement, c’est une auto-école qui dispose de véhicules équipés d’un joystick.

Le CEREMH propose également des formations au permis de conduire pour les personnes qui rencontrent des difficultés très spécifiques et ne trouvent pas de solutions adaptées auprès des auto-écoles existantes. : Handicap cognitif, troubles de l’apprentissage…

 

Pouvez-vous nous présenter le CEREMH plus en détails?

Le CEREMH est une association qui a été créée en 2008, en même temps que le pôle de compétitivité Mov’eo (recherche et développement pour l’automobile, la mobilité et les transports publics). Un certain nombre d’acteurs de ce pôle souhaitaient former un groupe de réflexion sur le thème de la mobilité réduite, d’où la création d’un centre de ressources et d’innovation en la matière : le CEREMH.

Dès le départ, le CEREMH s’est donné trois grands objectifs :

– Assurer une veille pour la mobilité des personnes à mobilité réduite et construire une expertise.

– Favoriser la mobilité des personnes à mobilité réduite à travers des services.

– Contribuer au développement d’une filiale économique et construire un réseau pour que les solutions imaginées parviennent aux destinataires.

Pour y parvenir, nous avons décidé de rassembler de nombreux acteurs dès la création afin de croiser un maximum de points de vue : l’APF, l’AFM, le pôle Mov’eo, la CCI Versailles Val d’Oise, la ville de Versailles, le Laboratoire de recherche sur les transports IFSTTAR, l’Université de Versailles – St-Quentin en sont les membres fondateurs. D’autres adhérents se sont ajoutées par la suite (RATP, MACIF, Fondation NORAUTO par exemple).

 

Quels sont les champs d’action du CEREMH ?

Le CEREMH intervient sur deux grands axes :

– les actions en faveur de la mobilité des personnes à mobilité réduite (pour compenser les difficultés de déplacement) ;

– les réflexions au sujet de la question de l’accessibilité et de la mobilité en termes d’environnement (infrastructures et services).

 

– Pour compenser les difficultés de déplacement des personnes à mobilité réduite, nous proposons aux particuliers différents services: des informations sur les produits et services d’aide à la mobilité, des conseils en matière d’accessibilité, une conception de produits et services, un centre de formation à la conduite adaptée et des formations professionnelles… Des services à travers lesquels nous réalisons également une veille sur la question de la mobilité des PMR.

 

Le centre de formation s’adresse aux usagers à qui des formations spécifiques sont proposées en fonction de chaque type de handicap et de mode de déplacement. Par exemple nous proposons des formations destinées aux personnes en situation de handicap psychique, mental ou cognitif sur les thèmes : se déplacer à pied et en transports en commun, se déplacer en vélo, en cyclomoteur ou en voiturette, s’initier au code de la route. Des formations à la conduite sont également proposées  aux usagers qui rencontrent des difficultés particulières, surtout lorsque peu de solutions existent en auto-écoles (ex : personnes dyspraxiques). Cette expérience de terrain nous permet également d’élaborer des préconisations en fonction des difficultés que l’on constate… et de les faire essaimer auprès des professionnels.

 

La formation professionnelle est d’ailleurs un autre aspect très important de nos actions. Notre objectif est de former, via des ateliers collectifs, des professionnels qui pourront ensuite mettre eux-mêmes en place des ateliers de formations pour les usagers. Ainsi, pour toucher les jeunes déficients intellectuels, nous formons des éducateurs d’Instituts médico-éducatifs afin qu’ils intègrent la mobilité à leurs contenus pédagogiques. La mobilité est pour eux un vrai vecteur d’autonomie. Savoir utiliser un cyclomoteur ou prendre le bus, peut leur permettre d’aller seuls au travail ou sur un lieu de formation, plutôt que de dépendre d’une tierce personne. C’est un enjeu très fort pour les collectivités. Nous accompagnons également les personnes âgées dans l’évolution de leur mobilité, avec une logique de prévention pour ne pas attendre qu’elles soient en fauteuil. Là aussi nous formons des professionnels intervenants dans des résidences de personnes âgées, afin qu’ils apprennent ensuite aux personnes âgées comment se déplacer de manière autonome malgré leurs difficultés.

 

 

– Concernant l’accessibilité, nous avons créé un bureau d’études davantage tourné vers les collectivités territoriales et les acteurs des transports, à qui nous proposons des diagnostics, des référentiels et différents outils destinés à répondre à leurs besoins spécifiques.

 

 

Parlez-nous de ces outils.

 

Nous avons développé trois grands projets.

 

–          AccesSim, outil développé en partenariat avec EDF, le CEA, Arts et Métiers Paris Tech, et l’Université Versailles – St-Quentin. Il a été financé par la région Île-de-France. Il permet de développer et concevoir un environnement accessible (bâtiment, infrastructure…) sous forme de modélisation en 3D, afin de simuler des déplacements dans un environnement qui n’existe pas encore. C’est très utile pour vérifier la conformité aux normes et la fonctionnalité d’un projet avant de lancer une construction. Il permet grâce à une plateforme de réalité virtuelle d’évaluer avec des usagers la qualité du projet.

 

–          AccesSig, développé en partenariat avec la communauté d’agglomération de Saint-Quentin en Yvelines est un outil SIG (Service d’Information Géographique), qui propose un calculateur d’itinéraires personnalisés pour les personnes en situation de handicap. Elles peuvent ainsi planifier leur trajet grâce à un web service accessible sur ordinateur, tablette ou  Smartphone en repérant les difficultés d’accessibilité. Il comprend également une plate-forme d’échange WEB collaborative pour améliorer en continu les conditions d’accessibilité de la voirie et des espaces publics.

    Il permet également à la collectivité d’assurer la mise à jour du diagnostic et la planification des travaux de mise en accessibilité. AccesSig a été primé lors des trophées de la mobilité 2014 de l’Île-de-France.

 

– Nous développons actuellement avec la région Île-de-France un nouveau projet basé sur la création d’un réseau social. Chaque personne inscrite pourra lancer un appel aux acteurs se trouvant à proximité lorsqu’elle aura besoin d’aide pour réaliser un déplacement (collectivités, associations…). Ce système doit être testé courant septembre avec la collectivité de Versailles.

 

 

Quelque chose à ajouter ?

Nous recherchons actuellement des partenaires et financeurs pour poursuivre nos prestations de recherche, formation et diagnostics. Le CEREMH n’est pas financé par l’État et fonctionne grâce à des fonds privés et une aide de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie) qui a duré trois ans et arrive à terme. Certains de nos projets innovants sont également soutenus par les collectivités mais de façon non récurrente.

 

Propos recueillis par Caroline Madeuf

 

Plus d’infos sur : http://ceremh.org/

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