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Communication politique et handicap : Un outil précieux pour la démocratie

La communication politique occupe une place importante dans notre société actuelle, en particulier dans le domaine du handicap. C’est pourquoi notre chroniqueur Mylan Douthe s’est penché sur la question dans le cadre de ses fonctions de coordinateur de la Commission Nationale Politique de la Jeunesse d’APF France Handicap, lors d’un échange avec les étudiants de Sup de pub Bordeaux.

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Mylan Douthe, coordinateur de la Commission Nationale Politique de la Jeunesse d’APF France Handicap, a récemment sensibilisé les étudiants de Sup de pub Bordeaux à l’utilisation de la communication politique dans notre société actuelle. Il revient sur cette intervention et aborde les apports de cet outil dans le domaine du handicap.

Par Mylan Douthe. Le jeudi 4 novembre, j’ai eu l’honneur d’intervenir à Sup de Pub Bordeaux, en réponse à l’invitation de mon amie Marie-Noëlle Gallois, dans le cadre du nouveau Master “communication politique, lobbying et médias d’influences”. Ce temps d’échange avec les étudiants a été l’occasion pour moi de rappeler l’importance de la communication politique en démocratie, et notamment dans le cadre du handicap.

La nécessité d’informer tout en évitant la propagande

En effet, en démocratie, la communication, c’est-à-dire la circulation de l’information du professionnel de la politique vers le citoyen, est essentielle. Faciliter l’accès aux informations de première importance pour les personnes en situation de handicap – mental, psychique, intellectuel, sensoriel, moteur – demeure un enjeu fort de notre temps. N’oublions pas que ce public représente tout de même près de 12 millions de bulletins de vote en France, ce n’est pas rien !

Rappelons par ailleurs qu’en matière de politique il est écrit dans la loi : « Les candidats veillent à l’accessibilité de leurs moyens de propagande électorale, en tenant compte des différentes formes de handicap et de la diversité des supports de communication ». Malheureusement, le texte manque de sanctions, notamment financières, en cas de non-respect. Pour changer la donne, trois maîtres-mots : communiquer, former, informer !

Ces dernières années, on observe un glissement progressif de la communication politique, qui je le rappelle est essentielle, vers « la propagande » qui, elle, est dangereuse ! Et il y a là, probablement pour une grande part, l’explication de la crise politique que traverse actuellement notre nation.

La propagande peut être dangereuse parce qu’elle vise non pas à informer mais plutôt à influencer et transformer les idées ou les comportements des citoyens, sans qu’ils en aient conscience, en s’adressant à leurs émotions plutôt qu’à leur raison ou encore en faisant usage du mensonge ou de la désinformation.

La définition de la communication politique proposée par Dominique Wolton en 1989, dans l’un des premiers numéros de la revue Hermès, est celle d’un « espace où s’échangent les discours des trois acteurs qui ont la légitimité à s’exprimer publiquement sur la politique : les hommes politiques, les journalistes et l’opinion publique au travers des sondages ».

La communication politique, indispensable à la démocratie, y compris en matière de handicap

La communication politique est donc bien essentielle à la démocratie puisque la possibilité de la confrontation de ces trois discours est le signe de la reconnaissance de l’autre et donc de la vitalité démocratique.

On le voit d’ailleurs très bien en matière de handicap. Lorsqu’une nouvelle mesure est mise en place, elle est toujours bien mieux acceptée et appliquée lorsqu’elle a été conçue sur la base d’une concertation avec l’ensemble des personnes intéressées et impactées par les changements. Cela a été le cas pour la loi sur l’accessibilité, même sa mise en application reste difficile aujourd’hui, elle a été très bien acceptée du fait que les représentants d’associations du handicap ont participé directement à son élaboration. Plus récemment, c’est le cas pour la mise en œuvre de l’habitat inclusif et l’aide à la vie partagée, domaine où les associations travaillent de concert avec le gouvernement et les élus locaux en vue d’obtenir une meilleure efficience.

Ainsi, il y a à mon sens un critère qui est absolument fondamental si on ne veut pas tomber dans la propagande : c’est le degré de prise en considération, par l’émetteur politique, de l’état de l’opinion publique. La communication politique, c’est d’abord la recherche d’un dialogue avec l’opinion publique, d’un échange permettant d’établir avec elle un contrat fondé sur la confiance.

C’est pourquoi, quoi qu’on en dise, les sondages sont capitaux et on n’y a jamais trop souvent recours ! Il faut prendre en compte l’opinion pour gouverner avec elle, la démocratie étant, nous le savons, le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple.

C’est l’esprit qui a guidé notre démarche de communication lors de l’élaboration de la note politique d’APF France Handicap : « Jeunes et emploi : pour une insertion professionnelle réussie ». Elle porte un véritable changement de paradigme, sortir de la loi de 1987 et accompagner de façon plus prégnante vers l’emploi en soutenant les jeunes et les entreprises ! Est-ce que nous l’avons fait de façon technocratique dans le huis clos d’un bureau ? Non.

Notre collectif composé d’acteurs de la société civile, d’acteurs associatifs, économiques et politiques, a mené une réflexion, qui s’alimente régulièrement car notre société est en mouvement, sur la situation et surtout les améliorations à apporter, de manière pragmatique et concrète, pour une société inclusive, c’est-à-dire dans laquelle les personnes handicapées ne vivraient pas « à côté » des personnes valides mais bien avec.

Parce que travailler et avancer sur ce sujet doit forcément conduire à un mieux-vivre des personnes handicapées dans la cité, mais en définitive de toute la population également, car ce qui est nécessaire pour une partie de la population est de toute façon un confort pour l’ensemble et surtout permet une vie en communauté plus agréable et qui enrichit le collectif.

Notre intention, outre lister quelques propositions que nous alimenterons et affinerons régulièrement, est également de tendre la main aux responsables politiques pour enclencher avec eux un travail collaboratif permettant de trouver demain de nouvelles solutions pragmatiques, pour surmonter ces défis.

Notre méthode de mettre autour de la table et ce sur chaque sujet, les pouvoirs associatifs, économiques, politiques, de manière simultanée est, nous en sommes persuadés, la seule méthode qui permet d’aboutir à des solutions équilibrées, acceptables de tous, déclenchant de facto une mise en œuvre facilitée et perceptible rapidement.

Mettre au point des méthodes spécifiques de conquête du consensus

Il y a par ailleurs un point qu’il faut, me semble-t-il, avoir à l’esprit : c’est que le caractère libéral du régime démocratique et sa dimension concurrentielle rendent difficilement contournable la mise au point de « méthodes spécifiques de conquête du consensus ». Chacun cherchant logiquement à imposer ses idées.

Il y a donc, comme le disait très justement Philippe Breton, auteur de « La parole manipulée », une forme de violence séductrice dans la communication, qui tout aussi paradoxale qu’elle puisse paraître est en réalité induite par l’essence même du système démocratique.

Il en est ainsi de la mise au jour du storytelling comme procédé de construction de récits (à savoir une succession de séquences mettant en scène un héros) en vue d’obtenir des effets sur l’opinion. La manipulation existe donc très clairement en démocratie, et tout le drame de cet état de fait, c’est qu’on ne peut, tout en en ayant conscience, que désapprouver la dénaturation cynique de l’idéal démocratique dont elle est synonyme.

D’autre part, je crois qu’on ne peut pas faire l’économie de s’interroger de manière plus générale sur le métier politique et l’action publique, qui, au 21e siècle, doivent par la force des choses prendre particulièrement en considération les transformations des contraintes politiques, institutionnelles, médiatiques et économiques qui pèsent sur la fabrication, la diffusion et la circulation des discours politiques dans le cadre des démocraties représentatives.

Le discours politique, du fait de sa médiatisation, contient souvent moins de « savoir-faire » et en devient souvent naturellement synthétique voire souvent même caricatural, du fait de la conscience de son auteur de transformation et de reformulation des énoncés et de leurs contenus par les médias, aux seules fins de faire grimper les audiences !

De ce point de vue, il y a une réelle interdépendance entre professionnels de la politique, spécialistes de la communication et journalistes. Il existe très clairement des mécanismes de coproduction de l’information à partir des interactions entre les journalistes et leurs sources institutionnelles.

La référence à la manipulation est souvent réfutée dans nos sociétés modernes pour des raisons axiologiques (c’est-à-dire liées à la science des valeurs). Admettre une forme de manipulation dans le discours politique présente en effet le danger de présupposer une intention cynique ou une représentation hyper stratégique des acteurs et des métiers politiques, au risque de négliger l’essence même de l’action politique qui est non pas l’exploitation individuelle mais bel est bien le service !

Souvent, et je crois qu’il ne faut pas s’y tromper, les effets des stratégies de persuasion permettent de faire croire à l’efficacité là où résident en réalité bien souvent de réelles incertitudes de la part des acteurs.

La communication politique, on le voit bien, est traversée par un clivage entre ce qui est conforme aux idéaux démocratiques (la liberté d’expression et de circulation de l’information) et ce qui ne l’est pas (la manipulation). Autrement dit, la tension entre communication et manipulation qui apparaît est révélatrice des difficultés qui se présentent entre le présupposé d’un idéal démocratique et ses conditions de réalisation.

Pour voir et entendre l’intervention en vidéo, rendez-vous ici : https://www.youtube.com/watch?v=ofZxQ0Cu_Fw

 

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