Partager, , Google Plus, Pinterest,

Imprimer

Posted in:

Communication alternative : Pour échanger différemment

Communication alternative Célia Della Tommasa

Dans cette nouvelle chronique, Célia vous propose des conseils en matière de communication alternative.

Lorsque qu’il est difficile de communiquer pour différentes raisons, telles que des difficultés buco faciales, il existe d’autres modalités d’expression permettant d’accroître la compréhension du langage, de développer du vocabulaire, et d’entrer dans l’échange avec ses paires. Ceci porte le nom de « Communication Alternative Augmentée ».

  • La définition habituellement donnée de la communication alternative et augmentée fait référence au domaine de la pratique clinique qui tend à apporter des compensations (temporaires ou définitives) aux déficits et incapacités des individus souffrant de troubles sévères de la communication au niveau de l’expression : troubles du langage parlé et troubles moteurs affectant l’écriture. » (Alm et Parnes, 1995 cités par Chevrié-Muller C. et Narbona J. -1999-).

Les pictogrammes comme communication alternative

L’outil le plus connu en communication alternative est le pictogramme. Les pictogrammes sont des représentations graphiques (images, photos, dessins) figurées ou symboliques, exprimant des mots ou des idées (idéogrammes). Ils sont généralement destinés aux personnes ne pouvant ni parler, ni écrire. Les pictographiques se construisent sur des supports simples (classeur, etc.) et dans le temps, respectant le rythme de la personne. L’organisation des pictogrammes peut être biographique, suivant le fil du vécu ; taxonomique ou sémantico-syntaxique (par catégorie de mots : substantifs, verbes…).

Les pictographiques reposent donc sur le canal visuel, il faut ainsi être vigilant quant aux capacités de perception visuelle de la personne. De même, ils requièrent tous un certain niveau de symbolisme et de connaissances sémantiques (surtout pour les codes fonctionnant par combinaison de pictogrammes). Enfin, la manipulation (désignation directe ou indirecte), est incontournable. Cependant il est possible de détourner leur façon d’être utilisés afin de les rendre accessibles aux personnes à mobilités réduites.

Rappelons que le choix d’une communication alternative dépend de l’âge de l’enfant, de ses capacités cognitives, motrices et de ses besoins communicatifs, et que ce code doit être nécessairement maîtrisé par l’entourage communicant avec l’enfant pour être un outil utile et efficace. Il est donc important de cibler celle qui correspondra le mieux au futur apprenant, et non pas celle que nous préférons.

Selon les codes, le support peut être un tableau de communication « papier », une tablette, un ordinateur, ou encore, pour certains logiciels, des synthèses vocales.

Il me parait important de préciser que ce ne sont pas des méthodes miracles. Pour certaines personnes cela amorcera le langage, pour d’autres cela deviendra alors un outil privilégie de communication avec les pairs.

PECS « Picture Exchange Communication System » (Système de communication par échange d’image)

Créé en 1985 par le Docteur Andrew BONDY (psychologue et thérapeute comportementaliste) et Lori FROST (orthophoniste) dans l’État du Delaware au U.S.A. Il a été développé en guise de réponse aux difficultés d’enseignement auprès de jeunes enfants présentant un autisme. Ce système a été conçu pour répondre aux difficultés rencontrées pendant plusieurs années avec différents programmes d’amélioration de la communication. Il peut être utilisé avec des enfants de tout âge ainsi qu’avec des adultes présentant un TSA, des TED ou tout autre trouble de la communication et de la relation à l’autre. Contrairement à ce que l’on pense, le PECS n’est pas ciblé pour les personnes autistes, il peut d’adresser à toute personne non verbale, quel que soit son âge.

L’objectif est de permettre à l’apprenant d’apprendre à demander des objets désirés en échangeant des images, avec l’aide d’un partenaire de communication ou d’un incitateur physique, puis de manière indépendante. Il permet également à l’apprenant d’amorcer le langage verbal

Le PECS s’apprend en 6 phases :

1.L’échange physique : échange d’images par accompagnement physique.

  1. La spontanéité : rendre l’échange spontané. L’enfant prend lui-même la carte pour l’échanger contre l’objet.
  2. La discrimination d’images : faire comprendre à l’enfant que la réponse apportée par l’interlocuteur dépend de la carte donnée.
  3. La construction de phrases.
  4. Réponse à une question : l’enfant apprend à répondre à la question « Qu’est-ce que tu veux ? ».
  5. Commentaires : l’enfant peut répondre à différentes questions, faire des commentaires spontanés.

Exemple:

Le PECS
Le PECS

Le Makaton

En voici la définition portée par l’association Avenir Dysphasie France. Le Makaton « est un programme d’aide à la communication et au langage constitué d’un vocabulaire fonctionnel utilisé par la parole les signes et ou les pictogrammes. »

L’objectif est d’améliorer la compréhension des situations quotidiennes et de favoriser l’imitation afin que l’enfant puisse à son tour entrer dans la communication et qu’il développe une bonne compréhension orale.

Voici plus en détail les trois modalités composantes du Makaton, soit la parole, le signe et le visuel.

La parole ou l’utilisation du verbale est un plus pour améliorer la compréhension. Il est important de souligner que la parole est simplifiée à un mot pour faciliter celle-ci. Il est choisi, par exemple en fonction des préférences de l’enfant, un verbe d’action comme « Balancer », « tourner » …

Ensuite, le Makaton est un ensemble de vocabulaire simple composé de signes et de pictogrammes pour illustrer des concepts. Le visuel à toute son importance car souvent c’est un canal sensoriel qui fonctionne mieux que celui de l’auditif car il est souvent compliqué pour la personne de comprendre seulement le verbal. Le visuel permet aussi un accès à la symbolique du langage car l’image donne du sens.

La pluralité de l’outil et la stimulation des différents canaux permettent d’aboutir à différentes modalités de communication comme l’expression des sentiments, le refus, la demande…

L’utilisation se fait au quotidien et est accessible à chaque personne présente dans l’environnement de l’enfant ou de l’adulte. Ceci permet de souligner et d’accompagner le flux de la parole tout en développant le maximum d’apprentissage.

La mise en place de cet outil se fera suite à une évaluation complète des compétences et des besoins car chacun est différent. Ainsi le niveau d’aide se fera en fonction de la personne, en réponse à une difficulté de concentration ou face à une sur-stimulation environnementale. Le support aussi est propre à chacun et demande une connaissance de la personne afin que l’outil soit le plus individualisé possible. Dans un premier temps, l’outil va être focalisé sur la superposition des codes aides (pictogramme, verbal, et signe) et de la compréhension du message oral. Puis, petit à petit, l’émergence de l’expression, la diversification lexicale et la syntaxe vont être développées pour accéder à des compétences langagières.

Ainsi, le Makaton permet de développer la communication grâce à différents canaux sensoriels, ce qui facilite l’intégration social, l’expression de soi et la mise en lien avec les paires.

Exemple :

Le Makaton
Le Makaton

Le Bliss comme communication alternative

Le Bliss est un système de communication non-verbale utilisant un ensemble de symboles visuels qui représentent le sens des mots et des idées d’une manière directe. Ces symboles sont composés d’une centaine de pictogrammes (qui ressemblent à ce qu’ils représentent), d’une grande quantité d’idéogrammes (qui représentent des idées), et de symboles abstraits. Grâce à différentes techniques de combinaison, le vocabulaire est illimité, en partant d’un nombre restreint de formes de base. Des stratégies existent pour permettre de former des phrases dans les différents modes syntaxiques. Le Bliss est utilisé dans de nombreux pays à travers le monde. Différents centres de ressource ont été créés afin de sensibiliser les personnes concernées et d’assurer le développement du système.
Avantages : possibilité de créer de nouvelles significations, standardisation des symboles, possibilité de dessiner soi-même les symboles (avec un matériel ad hoc).
Inconvénients : complexité des symboles, freinant l’apprentissage chez les jeunes enfants ou les enfants présentant des troubles cognitifs importants.

Exemple :

Le Bliss
Le Bliss

Le P.C.S (« picture communication symbols » ou symboles de communication en images) :

Le PCS est un code pictographique comportant quelques idéogrammes parmi 3000 symboles. Il est conçu pour être utilisé avec le logiciel de création de tableaux de communication « Boardmaker ». Les symboles sont facilement compréhensibles et deux tailles sont disponibles pour tenter de répondre aux troubles visuels. La version informatique donne de nombreux avantages, tels que : l’attribution par soi-même d’un concept à un symbole ; la modification de l’image, de l’écriture des mots, de la taille des pictogrammes et des grilles du tableau, de la couleur de fond des grilles et des cases et enfin l’intégration de photos personnelles.

Certains produits sont distribués en france par la firme Vocalisis, le cd-rom des pictos PCS est également distribué par le Centre La Famille en belgique.

Exemple:

Le PCS
Le PCS

Commun-image

Ce code est destiné au « jeune handicapé physique présentant une déficience physique limitant l’usage de la parole ». Il s’adresse particulièrement aux enfants IMC de niveau préscolaire et scolaire (3 à 10 ans). Il comporte 421 images pouvant être combinées, dont un vocabulaire adapté à la vie d’un jeune handicapé moteur accueilli en structure, 26 lettres et 10 chiffres. Les images ont été créées en tenant compte des troubles de perception visuelle. Aujourd’hui vous les trouverez plus facilement sous le nom de Parler Picto

Minspeak

Minspeak est un système de langage conçu pour les appareils d’aide à la communication (synthèses vocales) (WALKERTALKER® 7N100 – 7N101, CHATBOX® 7N130, ALPHATALKER® 2 7N140, et DELTATALKER® 7N200) basé sur la représentation symbolique de mots, de phrases par des icônes significatives. Ce programme permet d’accéder à un vocabulaire étendu à partir d’un nombre restreint de dessins par un système de polysémie et de combinaison des icônes, accélérant ainsi la transmission du message. Convenant aux personnes ayant des difficultés motrices (parole) ou mentales, Minspeak est « le système le plus utilisé par les utilisateurs de niveau moyen à bon. » (Gabus, FST)

LSF : La Langue des Signes Françaises comme communication alternative

Pendant longtemps, les sourds (personnes souffrant de surdité), isolés, n’ont pu enrichir leurs langues signées et ont dû se contenter d’une gestuelle simpliste. De ce fait, ne disposant pas d’une langue élaborée, ils passaient parfois pour simples d’esprit. C’est dans les familles de sourds qu’ont pu s’élaborer les premiers fondements de la LSF, et c’est en se regroupant que les sourds ont pu enrichir leur langue. La langue des signes des sourds, dont la structure linguistique est maintenant connue, utilise le canal visuel-gestuel alors que pour beaucoup d’enfants autistes, les fonctions empruntant canal auditif sont altérées par des troubles neuro-psychologiques ou par des expériences psychopathologiques négatives centrées sur la réception de signaux sonores (voix, bruits, etc.).

Les enfants autistes sont ainsi connus pour être très souvent « phonophobes », parfois à tous les bruits, parfois à certains bruits particuliers.

La langue des signes présente une composante iconique qui la situe à un niveau différent de la parole dans les processus cognitifs. Les signes gestuels présentent en effet une image des choses de la réalité. Cette image n’est pas semblable à une photographie. Par exemple, un papillon est désigné gestuellement par le contour des ailes et leur mouvement. Les signes gestuels sont donc des icônes qui sont référées à la réalité perceptive.

Certains parents prennent même la décision d’amorcer la communication par la LSF bébé. La langue des signes pour les bébés est un moyen de combler ce manque de communication, avant le début du langage verbal. Vous serez surpris(e) de voir que les bébés dès l’âge de 6-8 mois puissent apprendre la langue des signes alors qu’ils ne sont pas encore capables de parler.

Dès que le bébé commence à « signer » (utiliser la langue des signes), tout devient plus facile. Votre bébé comprend qu’utiliser ses mains pour communiquer est bien plus efficace que de pleurer ou de se plaindre pour essayer de vous faire comprendre ce dont il a besoin.

Apprendre à votre enfant à signer lui permet de vous poser des questions, de vous exprimer ses besoins et ses désirs ou bien d’initier une conversation sur quelque chose qui l’intéresse, au cours de la phase pré-verbale.

Ainsi, l’utilisation de la langue des signes avec votre bébé diminue la frustration, les pleurs, et les crises de colère dus à un manque de compréhension. Grâce à de nombreuses recherches et à l’augmentation de la pratique dans les familles et les crèches, on constate que la langue des signes a de multiples bénéfices pour le bébé :

-Facilite la communication ;

-Augmente sa capacité d’expression ;

-Réduit sa frustration (et la vôtre) ;

-Facilite l’acquisition de la langue orale grâce à une stimulation de la même partie du cerveau ;

-Augmente sa capacité d’expression et d’attention envers son environnement visuel et auditif.

Je tiens à préciser que la LSF n’est alors pas destinée qu’aux personnes sourdes, mais peut devenir un outil important dans la communication alternative.

Afin de rendre possible la communication et de permettre aux enfants de s’épanouir, il existe aujourd’hui des applications de communication alternative ludiques, simples, et efficaces. En voici quelques-unes que nous avons sélectionnées pour vous.

-JABtalk : application gratuite de communication verbale. C’est un moyen simple et efficace qui associe parole et image de façon amusante et facile d’utilisation. Les orthophonistes adoptent cette application.

-NikiTalk est une application que les parents peuvent découvrir grâce à une démonstration qui permet de visualiser l’outil et d’en prendre connaissance. L’application est simple d’utilisation.

-AVAZ est une application conçue par les enfants pour les enfants, car la voix prêtée par l’application est une voix d’enfant. Elle est listée parmi les meilleures innovations. Le choix du vocabulaire est riche et adapté ce qui permet d’optimiser au maximum la communication.

-Communicate,Company, Icomm, My talk tools mobile, Look2 Learn AAC, sont des applications payantes et anglophones. Elles font parties des 7 applications importantes dans l’Apple store. Ces applications permettent de développer la communication de façon ludique et spontanée grâce à des images, des emplois du temps visuel et un support audio.

Article co-écrit avec Aurélie CHARLASSIER, éducatrice spécialisée en libéral.

N’hésitez pas à nous écrire si vous souhaitez plus de précisions sur la communication alternative. Et continuez à nous poser vos questions sur www.handirect.fr, rubrique « À vos questions » ou par courrier postal à : Handirect, Rubrique Accompagn’moi, 5 rue de la Claire, 69009 Lyon. Service anonyme et gratuit. Pour en savoir plus sur Célia Della Tommasa: www.accompagnmoi.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *