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Autisme Asperger : Entre diagnostic et construction identitaire

Autisme Asperger : Entre diagnostic et construction identitaire

Identité et diagnostic chez la personne touchée par des troubles de type autisme Asperger

Par Véronique Barreau. S’engager dans une procédure de diagnostic du handicap est un choix très personnel et aux conséquences multiples. Chez la personne touchée par un Trouble du Spectre Autistique (TSA) sans déficience, ou autisme Asperger, la reconnaissance du fonctionnement atypique apporte un éclairage sur sa nature propre mais aussi un remaniement identitaire délicat.

La construction identitaire implique de nombreux processus où s’entremêlent l’inné et l’acquis, l’intime et le collectif, le regard porté sur soi et celui de l’autre. L’identité sexuée, l’image du corps, l’image de soi et la reconnaissance de soi en sont quelques composantes.

La reconnaissance du handicap est un chemin psychologique aux multiples étapes et le choix du diagnostic est souvent poussé par un trop grand décalage sociétal.

Accepter sa particularité en tant que personne Asperger

Nadia, diagnostiquée Asperger à l’âge de 28 ans, se souvient avoir ressenti dès le plus jeune âge cette impression d’être différente : « À l’école, je me sentais très décalée des autres, je ne m’intéressais pas aux mêmes choses. J’étais enfermée dans ma bulle, et aussi beaucoup plus sensible ». Ce vécu de ne pas être comme les autres, Nadia l’a trimballé toute sa vie « encore aujourd’hui, même si j’ai énormément appris, je ne suis toujours pas capable de travailler comme une personne normale, ni de sortir comme tout le monde. Ça m’épuise et souvent, ça ne m’intéresse pas ». Au sentiment intime d’être hors normes, s’ajoute une incompréhension des autres : « La plupart des gens se ressourcent en allant prendre un verre avec des amis, moi c’est tout le contraire, le bruit, le monde, parler de tout et de rien me demande une énergie considérable et m’épuise ! confirme Pascale.

Dans un contexte où la norme sociale et comportementale est omniprésente, accepter sa particularité peut relever d’un véritable défi : « Il existe une nuance entre se sentir différent et savoir que l’on est différent », explique Carole, jamais diagnostiquée. Si la première étape peut générer doutes, tristesse, culpabilité et remise en question, la seconde permet souvent une meilleure acceptation de sa propre nature.

Le diagnostic, soulagement identitaire

Le diagnostic officiel d’autisme Asperger est alors vécu comme véritable soulagement, après une errance diagnostique souvent longue et complexe sur le plan identitaire : trouble dépressif, bipolaire, trouble anxieux, TDAH (Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) sont encore trop souvent annoncés par les professionnels médicaux ou paramédicaux. On les imagine névrosés, trop soucieux, émotionnellement instables, générant toujours plus de faux diagnostics et de culpabilité chez les personnes et leur entourage. Leur expérience intime du trouble sera alors déformée par les professionnels non aguerris. On leur proposera de se sur-adapter, une fois de plus, au risque d’une confusion identitaire et d’un renforcement des manifestations.

Le diagnostic réel, au contraire, permet souvent de se valider en qualité d’individu, en offrant une véritable re/co/naissance propice à l’épanouissement (nouvelle naissance dans le regard de l’autre). Elle autorise l’individu à respecter ses besoins (sensoriels, relationnels…), à nourrir son environnement, afin qu’il devienne plus adapté, et stopper net les sur adaptation quotidiennes et épuisantes : « J’ai passé 40 ans de ma vie à essayer de ressembler à madame tout-le-monde, explique Sandrine, diagnostiquée à 40 ans*. Les difficultés sont toujours là, mais désormais, je sais d’où elles viennent et je sais comment faire pour avancer avec ».

Si la procédure permet à beaucoup un éclairage identitaire et pratico-pratique évident, pour d’autres, elle colle à l’individu l’étiquette « Asperger », encore trop souvent associée aux petits génies à la personnalité étrange. Les préjugés peuvent alors faire émerger une véritable souffrance, la personne ne réussissant pas à s’identifier à ces images trop réductrices. Il n’est pas rare qu’un double sentiment identitaire fluctue alors chez la personne Asperger : un « entre-deux » créatif aux nouvelles modalités d’existence, entre normalité et anormalité, entre féminité et masculinité, entre similitudes et différences.

*Sandrine Gaouenn, auteure de « Maman est autiste, et elle déchire ».

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