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Sport et handicap : Armand Thoinet, ambassadeur Auvergne-Rhône-Alpes

Armand Thoinet, ambassadeur sport et handicap pour la région Auvergne-Rhône-Alpes

Armand Thoinet, ambassadeur sport et handicap de la Région Auvergne-Rhône-Alpes : « Pratiquer une activité pour retrouver l’estime de soi et s’épanouir »

Jeune homme de 26 ans atteint de sclérose en plaques, Armand Thoinet concilie sa passion pour le sport – le kayak, la marche et le tandem – avec son engagement pour la préservation de l’environnement. Il est aujourd’hui ambassadeur sport et handicap pour la région Auvergne Rhône-Alpes et a monté sa propre association : « Les Défis d’Armand ».

Pouvez-vous nous présenter votre mission au sein de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ?
Je suis ambassadeur sport et handicap pour la région Auvergne Rhône-Alpes. Cette mission m’a été attribuée pour 1 an et consiste pour moi à faire des interventions de sensibilisation au handicap auprès des jeunes, dans des établissements scolaires de la région (lycées, CFA, MFR).

J’interviens aussi bénévolement dans les collèges, les écoles primaires, les associations, etc. Mon but est d’apporter à tous ces publics une autre vision du handicap, montrer qu’on peut être différent et tout de même faire des choses improbables. Le but c’est que les personnes que je rencontre réussissent à s’approprier mon histoire et à faire un rapprochement avec leurs problèmes personnels. J’essaye de bien leur expliquer que je ne suis pas une leçon de vie, juste une personne parmi d’autres, et qu’ils n’ont pas à culpabiliser de ne pas faire toujours ce que tout le monde voudrait qu’ils fassent. Je dis simplement que quels que soient leurs soucis, il y a certaines solutions qu’eux seuls peuvent trouver. Ces interventions sont aussi beaucoup basées sur les échanges. Les jeunes ont autant à apprendre de moi que j’ai à apprendre d’eux, et je ressors également enrichi de ces rencontres.

Parlez-nous de votre handicap.
Ma vie a basculé il y a maintenant 7 ans, lorsqu’on m’a diagnostiqué une sclérose en plaques. Chez moi, cette maladie se traduit surtout par de la fatigue, des problèmes d’équilibre, de vue, d’audition, et de parole. Concernant les autres troubles, j’ai réussi soit à récupérer, soit à en faire abstraction. Beaucoup de gens voient la sclérose en plaques comme une maladie entraînant des problèmes moteurs, il se trouve que ce n’est pas vraiment le cas pour moi. Ça l’a été à un moment donné mais j’ai réussi à bien récupérer notamment grâce au sport. Et justement aujourd’hui je me bats pour montrer que le handicap ce n’est pas seulement basé sur un aspect moteur.

Le diagnostic a été très difficile à accepter, mentalement, socialement et physiquement. J’ai longtemps été persuadé que c’était ma colère qui allait changer le regard des autres sur moi. Mais j’avais tout faux. Je voulais qu’ils soient tolérants avec moi mais moi-même je n’étais pas tolérant avec les autres. Ça ne pouvait pas marcher. J’ai donc eu une longue remise en question avant de pouvoir me remettre au sport, petit à petit, et m’épanouir aujourd’hui grâce aux activités sportives mais aussi tout ce qui va avec et notamment mes interventions. Sport et handicap peuvent être conciliés.

Racontez-nous votre parcours sportif.
J’ai toujours été sportif avant ma maladie. Au moment du diagnostic, j’étais désemparé. J’ai tout arrêté pendant 3 ans. Je ne voyais pas comment je pouvais m’épanouir avec le sport en sachant que jamais je ne pourrais retrouver mes facultés d’avant. Je ne voulais pas avoir à me comparer. La solution a été d’essayer des sports totalement nouveaux, pour lesquels je n’avais aucune référence. De cette manière, il me serait impossible de faire des comparaisons. Mes bras fonctionnaient à peu près correctement il y a 4 ans, donc la première solution a été de me mettre au kayak en trouvant des adaptations. Petit à petit, mon système musculosquelettique a commencé à mieux fonctionner. J’ai pu recommencer à pédaler, sur un tandem avec un ami valide devant, car je n’ai pas assez d’équilibre pour faire du vélo classique. Mon ami compense mes pertes d’équilibre.

Je me suis aussi mis à la marche, il y a 2 ans. A mon diagnostic, je ne marchais  que 300 m, et aujourd’hui je fais des périples sur de grandes distances. À pied je fais « régulièrement » des marches de 150 km sur plusieurs jours bien sûr. Avec ces trois sports, vélo, kayak, et marche, mon plus grand parcours a été de 685 km en cumulant toutes les activités et en les enchaînant sur 30 jours. J’adorais l’idée de faire un triathlon en mélangeant trois sports dans trois conditions différentes. J’avais les trois sports, il ne me manquait donc que le parcours. Du coup j’ai fait le tour du lac Léman en kayak, Évian-Lyon en vélo (tandem puis handbike), et Lyon-Le-Puy-en-Velay à pied. C’était en juin 2018.

Afin de gérer au mieux mes défis sportifs et mes interventions bénévoles. J’ai créé ma propre association : « Les Défis d’Armand ». Cela me permet également, à chaque fin d’année, de faire un don à la recherche sur la sclérose en plaques. Pour le moment, j’ai reversé 13 000 euros à la recherche en quatre ans. Pour eux, ce n’est pas grand-chose par rapport à tous les besoins, mais pour moi c’est énorme de pouvoir contribuer même à ma petite échelle.

Quels seront vos prochains défis ?
Le prochain très gros défi à venir est prévu pour le mois d’août 2019*. Nous serons quatre malades, quatre valides, deux guides et un cameraman. Nous partons au Spitzberg, une île norvégienne en mer du Groenland. Le but sera de montrer qu’ensemble on peut aller au bout du monde. Sur 3 semaines, nous prévoyons de faire environ 350 km de kayak pour franchir le 80° parallèle Nord, le dernier avant le pôle. L’objectif est aussi de sensibiliser au réchauffement climatique, car normalement cette partie du globe devrait être recouverte par la glace. Nous souhaitons donc faire le parallèle entre nous, malades neurologiques, et l’environnement pour lequel il y a aussi quelque chose qui cloche.

Les trois autres malades qui participeront au périple sont eux aussi atteints de sclérose en plaques mais d’une manière différente pour chacun. Cela montre qu’il n’y a pas une seule sclérose en plaques, que nous sommes tous différents.

Par exemple, l’un d’entre-nous a beaucoup de problèmes de motricité, un autre a beaucoup de douleurs et de problèmes de spasticité. Le troisième a plutôt très bien récupéré dans beaucoup de domaines, sa maladie passe inaperçu aux yeux de tous. Pour ma part, ce sont essentiellement des symptômes sensoriels. Tous les défis que nous nous lançons font avant tout appel à notre mental. Nous tenons aussi compte de la maladie et nous savons lever le pied quand c’est nécessaire.

*Interview réalisée en juin 2019.

Aujourd’hui que représente le sport pour vous ?
Tout. Le sport m’a sauvé la vie, m’a apporté beaucoup de tolérance, de respect, de recherche de mes limites, un autre regard sur le monde… des valeurs que j’essaie de transmettre aux jeunes aujourd’hui, à travers mes interventions. J’essaie de leur montrer que oui, on a tous des soucis mais qu’on peut faire des choses, des choses bien, des choses belles, des choses différentes, pas toujours comme on l’avait imaginé, mais parfois encore mieux.

Le sport me permet de ne jamais être malade, mis à part du fait de ma sclérose en plaques. Le sport m’a aussi permis de retrouver une vie sociale. Il m’a beaucoup apporté mentalement. Je ne vois que le sport qui aurait pu m’apporter cela… c’est pourquoi je recommande à chacun de pratiquer une activité sportive, ou en tout cas de trouver une activité qui lui redonne son estime. Ça peut aussi bien être la peinture, l’art, la musique, le chant… peu importe. Ce qu’il faut c’est oser essayer, oser sortir de sa zone de confort, pour retrouver un équilibre. La performance n’ayant pas d’importance à mes yeux.

Qu’est-ce qui vous plaît dans les sports que vous pratiquez ?
Les sports que je pratique sont tous les trois en lien avec la nature. Ils font uniquement appel à des modes doux et non polluants, ce qui montre aussi que l’on peut faire beaucoup de choses, différemment et en s’adaptant. Il y a aussi du plaisir personnel, évidemment. Ce sont des sports individuels mais que l’on peut pratiquer en groupe, ce qui apporte beaucoup de lien social, et de partages de bons moments.
Il y a aussi la dimension voyage. Voyager c’est une ouverture d’esprit. J’adore voyager et quand j’arrive à faire le lien entre mes défis sportifs et les voyages c’est juste génial.

Souhaitez-vous dire quelque chose en particulier par rapport au thème « Sport et handicap » de notre dossier ?
Aujourd’hui, j’ai compris que je n’allais pas changer le monde juste en donnant mon opinion mais que montrer l’exemple pouvait y contribuer. C’est pourquoi j’essaye d’être l’un de ces exemples, en démontrant qu’on peut arriver à faire beaucoup de choses dès le moment où on ose essayer. C’est donc un encouragement que je souhaite adresser aux lecteurs : osez essayer, osez faire, osez sortir de la case dans laquelle la société peut parfois vous emprisonner.

Vous êtes également porte-parole d’un important événement régional…
En effet, la région Auvergne Rhône-Alpes m’a nommé ambassadeur du Challenge mobilité 2019. Un défi collectif mis en place depuis 10 ans, et qui a pour but d’encourager les gens à changer leurs habitudes tout en leur montrant que l’on peut se déplacer autrement. Le message que je veux faire passer en premier, c’est qu’avant de vouloir changer tous les jours il faut d’abord apprendre à changer un jour, et petit à petit modifier ses habitudes.

Cette année, le challenge a eu lieu le jeudi 5 juin. Lors de cette journée tous les établissements participants au sein de la région ont cumulé les kilomètres parcourus par leurs salariés en utilisant des modes alternatifs et plus propres : marche, vélo, covoiturage, train, transports en commun, trottinette…

Ce challenge a lieu chaque année et il est ouvert aux établissements publics et aux entreprises privées. Au niveau national, la région Auvergne Rhône-Alpes est celle qui cumule le plus d’établissements inscrits et le plus de kilomètres alternatifs. Cette année, elle a rassemblé 2109 établissements participants pour 956 080 kilomètres alternatifs ! Il est intéressant de voir que l’événement fonctionne très bien et prend de l’ampleur, autant en ville qu’à la campagne. Certainement le signe d’une prise de conscience collective ? J’étais de mon côté sur Chambéry où je me suis déplacé en handbike entre 4 regroupements d’établissements, encore une fois pour montrer l’exemple ! C’était une super journée, beaucoup de personnes ont joué le jeu, l’initiative ayant pour but de transformer les excuses pour ne pas faire, en prétexte pour faire… Tout le parallèle que j’ai vécu dans ma nouvelle vie avec mon handicap.

Plus d’infos sur Armand Thoinet, ambassadeur sport et handicap Auvergne-Rhône-Alpes : www.lesdefisdarmand.com

En photo : Armand Thoinet © Solène Picca

Dossier sport et handicap

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