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Emploi-Formation et handicap

Agefiph : L’organisme célèbre ses 30 ans le 3 octobre

Anne Baltazar Agefiph

À 30 ans, l’ Agefiph se renouvelle!

La loi de 1987 a 30 ans et donc l’ Agefiph aussi car elle est née de cette loi. Ces trente années de contraste économique ont renforcé mais aussi chahuté l’ Agefiph qui vient d’adopter son premier véritable plan stratégique. Anne Baltazar, présidente de l’ Agefiph, retrace avec nous cette histoire et les perspectives de cette association paritaire qui ne laisse personne indifférent.  

  • Nous sommes aux 30 ans de la loi de 87, de quoi cette loi est-elle le symbole ?

Cette loi était la volonté d’un pays entier de donner leur juste place aux personnes handicapées dans l’emploi. Ce projet de loi était porté par Philippe Seguin alors ministre des affaires sociales et de l’emploi qui voulait : « marquer la volonté du gouvernement de tout mettre en œuvre pour permettre aux personnes handicapées, dans une situation de l’emploi difficile d’accéder au monde du travail ». On peut dire que la France, en 1987, a donné une véritable impulsion en matière d’accès à l’emploi des personnes handicapées. L’Agefiph a d’ailleurs été créée en parallèle pour agir en direction des entreprises et des personnes handicapées et ainsi faire progresser la situation de l’emploi des personnes handicapées. À l’époque, l’Agefiph est un modèle unique et innovant d’association créée par la loi avec une gouvernance tripartite. Elle reste encore presque unique en son genre et garde tout son sens avec ses trois collèges : salariés, employeurs et associations de personnes handicapées. La loi de 87 a aussi créé une obligation de résultat car précédemment, il n’existait que des incitations sans disposition opposable.

  • L’ Agefiph va fêter ses 30 ans d’existence, que souhaitez-vous mettre en avant à cette occasion ?
    En 30 ans, l’ Agefiph a participé au progrès humain d’ailleurs l’accroche de notre journée sera « L’Agefiph, activateur de progrès humain ». Notre budget n’est pas si important que cela au regard des enjeux, nous avons impulsé des actions positives et contribué en accompagnant l’obligation d’emploi- à faire évoluer les représentations du handicap au sein des organisations de travail. Il est important de poursuivre notre mission. Je pense que l’ Agefiph a été un acteur déterminant ces 30 dernières années pour ouvrir les entreprises aux personnes handicapées et les acteurs de l’emploi à la question du handicap et les amener à comprendre qu’il ne s’agit pas que d’une obligation mais une source de performance.
  • Quelles ont été les grandes étapes de la vie de l’ Agefiph au cours de ces 30 années ?
    À l’occasion de la convention du 3 octobre prochain, nous allons revoir tout cela et notamment les débuts animés de l’ Agefiph. Il fallait à l’époque se bagarrer pour avancer. Jusqu’en 1994 l’Agefiph a posé les bases et quatre programmes se sont succédés dont la mesure emblématique de l’époque était la prime à l’embauche. De 1995 à 1998, le quatrième programme d’interventions s’est déployé. Il se composait de 17 mesures réparties en trois types d’objectifs visant à poursuivre l’amélioration de l’accès au marché du travail et du maintien dans l’emploi. Jusqu’à fin 1998 le programme fait appel à une panoplie d’outils destinés à dispenser des moyens tant aux personnes handicapées pour qu’elles optimisent leur autonomie, qu’aux entreprises pour les soutenir dans leurs mesures d’adaptation du cadre de travail. De 1999 à 2002 nous avons eu la première convention quinquennale avec l’État qui a donné une nouvelle impulsion à l’action de l’Agefiph et marqué un rapprochement avec le service public de l’emploi pour lutter contre l’effet silo. Nous en sommes arrivés au plan national d’action pour l’emploi puis au plan exceptionnel (PEX) lancé le 1er janvier 99 pour trois ans. Le PEX a donné naissance à l’enseigne CAP Emploi née du conventionnement de ses acteurs de terrain (EPSR, OHE Prométhée…). À l’époque Martine Aubry était Ministre de l’emploi et de la solidarité. En 2005, la loi pour l’égalité des droits et des chances et la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a renforcé la visibilité du thème du handicap. Elle a défini un nouveau contexte qui confirme l’importance de l’Agefiph. Elle a aussi créé le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) qui est l’alter ego de l’Agefiph pour la fonction publique, et imposé  la mise en œuvre de sanctions en cas de non respect des obligations d’embauche. En2009 nous avons mis en place un plan de soutien pour venir en aide aux personnes handicapées les plus éloignées de l’emploi. Pour la période 2011-2013, l’État a confié de nouvelles missions à l’Agefiph et notamment la gestion de la DOETH (Déclaration obligatoire de l’emploi des travailleurs handicapés) qui était précédemment gérée par l’inspection du travail de chaque territoire. Aujourd’hui cette gestion nous dote de données très précieuses, qui nous permettent de mieux cibler nos actions. Pendant la même période les pouvoirs publics ont confié à l’Agefiph la centralisation de la collecte de fonds et la gestion de la déclaration de lourdeur du handicap (LRH).

Enfin en 2017, la définition d’un nouveau plan stratégique, je dirais même le premier digne de ce nom. Il y a eu des stratégies, des programmes, mais c’est la première fois que l’Agefiph se dote d’un véritable plan stratégique pour refonder complètement son action et sa posture. Cette volonté interne de l’Agefiph a plus qu’agréablement surpris l’État qui a vu cela d’un très bon œil car c’est un changement de posture qui était attendu. Ce plan stratégique est le résultat d’un ambitieux travail. A l’origine, il y a les résultats d’une gigantesque évaluation de l’offre d’intervention de l’Agefiph lancée par la mandature précédente. Lors de ma prise de fonctions, en septembre 2015, le rapport d’évaluation m’attendait d’ailleurs sur mon bureau. Je l’ai trouvé très précieux car il aborde la satisfaction des bénéficiaires, la lourdeur de l’accès à l’offre, les difficultés de fluidité entre les acteurs… Il y avait énormément de données utiles. Je me suis dit : « On ne peut pas ne rien en faire, il y a de la matière et il faut que l’on sorte de la politique de silo qui implique que lorsque l’on ne rentre pas dans les cases on n’avance pas ! ». Aujourd’hui encore, les zones de rupture sont difficiles. Il faut en sortir et intégrer la notion de sécurisation des parcours, prévenir la désinsertion professionnelle. Je pense aussi que l’Agefiph doit assumer une nouvelle posture. Nous ne sommes pas une association militante, pas non plus seulement un fonds. L’Agefiph est une association qui a une mission de service public, qui doit être en lien avec les politiques publiques et qui exerce avec une certaine liberté son expertise en matière d’emploi des personnes handicapées. Le premier acte consiste à accepter l’identité de l’Agefiph et à tracer  la trajectoire financière du fonds. Nos recettes baissent régulièrement même si actuellement nous somme sur un palier, mais on ne sait pas si ça va durer. Cette baisse nous ramène à un budget d’avant la loi de 2005 alors que les besoins sont très présents. Ce que nous avons aussi inscrit en priorité dans le plan stratégique, c’est la primauté du droit commun pour toutes les personnes handicapées. Des organismes tels que le notre interviennent en complémentarité, en effet levier mais pas en substitution et pas en volume… La formation est l’un des autres aspects majeurs sur lesquels nous comptons agir sans baisser en qualité.

  • Comment votre relation avec les entreprises et les partenaires sociaux a-t-elle évolué ?
    Ces relations évoluent de manière inégale et nous voulons sortir de l’image de cette organisation à qui les entreprises doivent verser coûte que coûte une contribution que certains nomment sanction. Nous voulons être plus dans l’accompagnement, dans l’appui et les propositions. Nous avons une vraie volonté, notamment auprès des PME (20 à 250 salariés) moins armées sur ces questions de politiques d’emploi. Nous allons bâtir des plans d’action sectoriels, territoriaux, thématiques et sur une cible PME en particulier. Nous allons mieux piloter par programmes d’actions..
  • Ces résultats sont-ils à la hauteur des ambitions et des financements mis en œuvre sur 30 années ?
    Nous sommes encore loin de l’objectif d’emploi de 6%,. Le taux d’emploi direct se situe à 3.3 % des effectifs. Mais ce chiffre progresse régulièrement. Nous faisons face à de nouveaux paramètres de chômage et de croissance du nombre de demandeurs dus, entre autres, au vieillissement. Il n’y a pas de contentement général en interne sur la situation, mais je suis plutôt fière de ce que je fais à l’Agefiph et de ce qu’est l’Agefiph. C’est une cause qui en vaut la peine et la façon dont on mène les actions à l’Agefiph est véritablement utile et précieuse, même s’il nous reste encore beaucoup de travail.
  • L’ Agefiph est-elle encore le bon outil au service de l’emploi des personnes handicapées ?
    Je pense que c’est un outil qui est très bien calibré, et correctement structuré au niveau des territoires. Nous avons la capacité de suffisamment bien outiller nos délégations régionales pour agir sur le terrain ce qui est la base de notre action.
  • Devrait-on lui donner plus de moyens et plus de prérogatives ?
    Je pense que nous avons surtout besoin d’être en cohérence avec l’ensemble des acteurs et l’État. Et besoin d’être écoutés par l’État, car nous acceptons la mission qu’il nous confie. Il y a un vrai partenariat à consolider car ce dernier a été fragile pendant des années. Mais nous devons toujours prouver, proposer et être l’organisme qui fluidifie, qui facilite et rend les choses possibles.
  • Comment voyez-vous le futur de l’ Agefiph dans une société qui mute sans cesse et où les formes de travail sont en mouvance permanente ?
    Nous sommes incertains sur l’avenir du modèle économique de l’Agefiph mais nous ne sommes pas menacés à court terme. Peut-être faudrait-il faut penser à un modèle plus structurant, voire légiférer pour consolider l’Agefiph. Cette question est sur la table des pouvoirs publics et des partenaires sociaux. L’IGAS* et l’IGF* commencent d’ailleurs à travailler sur l’avenir du modèle économique de l’Agefiph.
  • Quelles sont vos relations avec le nouveau ministère du travail ?
    Il est très occupé en ce moment mais nous devons rencontrer ses représentants pour leur expliquer notre mission et nos objectifs. Dans cette période il est primordial d’expliquer et de démontrer notamment quand on est un organisme à gouvernance paritaire. Je pense que la question n’est pas encore bien comprise par le pouvoir nouvellement élu. L’État a de moins en moins de moyens et doit faire des choix, d’où l’importance de la pédagogie. L’Agefiph répond à cette volonté de se parler, c’est l’ADN  de sa gouvernance.

* Inspection Générale des Affaires Sociales

* Inspection Générale des Finances

Photo : Anne Baltazar, présidente de l’ Agefiph.

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