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Loisir, tourisme et handicap

Action Handicap France : Faire changer les regards sur le handicap

l'équipe de Action Handicap France

Action Handicap France a pour mission de sensibiliser particuliers et professionnels aux différents de handicaps. Si elle s’adresse à tous les publics, elle souhaite aujourd’hui toucher davantage toutes les structures touchant au tourisme, afin d’amener au fil du temps une meilleure accessibilité de tous aux sorties et aux loisirs.

Rencontre avec Stéphanie Xeuxet, directrice d’Action Handicap France, puis avec Aziz Zogaghi, intervenant spécialisé.

Stéphanie Xeuxet, directrice d’Action Handicap France 

Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis dans le milieu du handicap depuis 23 ans. Je suis bénévole administratrice aux auxiliaires des aveugles. J’ai travaillé pendant 10 ans pour Accès culture, service d’accessibilité aux spectacles vivants. J’ai créé il y a 5 ans, avec d’autres personnes, Action Handicap France.

Action Handicap France, qu’est-ce que c’est ?
Action Handicap France est un collectif de professionnels de l’accessibilité et du handicap composée d’une équipe de 22 personnes,  dont la moitié est en situation de handicap. Notre cœur de métier c’est de former et de sensibiliser des personnes valides au handicap, tout type de handicap, avec des modules de sensibilisation et de formation qui dure entre deux heures et plusieurs journées. Toutes les personnes qui travaillent avec nous sont indépendantes et gèrent leurs propres modules, soit elles-mêmes, soit en binôme avec une personne valide. On crée aussi des sites Internet accessibles très peu onéreux qui permettent à des associations ou à des organismes comme des syndicats d’obtenir une accessibilité optimum avec contrastes de couleurs, changements de caractères, vidéos en langue des signes, audiodescription, facile à lire et à comprendre.

Vous organisez également un spectacle culturel au service de la sensibilisation…
Nous avons un événement culture et handicap : une pièce de théâtre, qui s’appelle « Les deux timides » et qui est suivie d’un débat sur le handicap, l’accessibilité ou la politique de la structure. On présente cette pièce qui dure 45 minutes suivie du débat (une demi-heure-format court) dans les entreprises ou les universités, comme Paris-Dauphine. Une équipe de comédiens, cinq acteurs, jouent donc cette pièce de Labiche. On utilise ce prétexte pour parler un peu plus de handicap derrière au niveau du débat. Cette pièce est à la demande. Nous avons des demandes de grosses sociétés, comme Natixis par exemple. On met en place le projet souvent au moment de la semaine pour l’emploi des personnes handicapées (SEPH).

Quelles sont vos autres activités ?
On organise une fois par an des voyages adaptés pour des personnes aveugles et malvoyantes, trois ou quatre personnes accompagnées de guides dans des grandes villes européennes, comme Londres, Barcelone, Madrid. En général on lance le projet au mois de mai et on se déplace au mois d’octobre. C’est un voyage qui dure trois jours et qui compte en général 8 participants. Cela s’adresse à des particuliers malvoyants ou aveugles.
On répond aussi aux usagers de façon gracieuse. Si vous avez une question sur l’accessibilité ou une problématique spécifique à la MDPH par exemple, on vous répond au téléphone ou par mail. Avec 22 personnes, on finit toujours par trouver une réponse à la question de l’usager, d’autant plus que l’on a chacun un gros réseau.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Notre cœur de métier, c’est vraiment la formation-sensibilisation avec les offices de tourisme, la Fondation Vuitton, le Musée de Louvre… On travaille beaucoup dans le tourisme et notamment auprès des agents d’accueil.

 

Aziz Zogaghi, intervenant au sein d’Action Handicap France

Quel est votre rôle au sein d’Action Handicap France ?
Je participe à des opérations de sensibilisation sur différents aspects, en particulier sur tout ce qui touche au handicap visuel, comme je suis moi-même non-voyant.

Quels sont vos thèmes de prédilection ?
J’aborde souvent le thème de la canne blanche électronique, le dispositif qui se fixe sur la canne et qui détecte l’obstacle avec un faisceau laser et infrarouge. Pour expliquer un peu le principe, c’est un faisceau qui va vraiment analyser l’espace devant soi et le signaler par des vibrations. Tout ce qui va être poteaux, poubelles, personnes… ça va être détecté. Cet appareil là, on le présente aux entreprises, soit dans le milieu technique, soit dans tout type d’entreprise. Cela permet à la fois de présenter un petit peu le handicap visuel, de le dédramatiser aussi, de faire tomber un peu les barrières qu’il peut y avoir sur le handicap visuel ou autre. Pour le coup on a aussi à travers ces sensibilisations le fait de pouvoir orienter les personnes qui auraient dans leur entourage quelqu’un avec un handicap… vers des organismes qui peuvent les aider soient à s’équiper, soit à trouver des solutions pour tout type de demande. La sensibilisation est en fait un prétexte pour pouvoir informer les gens au mieux en fonction de leurs besoins et de leurs demandes, pour eux ou pour leur entourage.

Quels sont les autres sujets que vous abordez ?
Nous avons d’autres ateliers que j’anime aussi avec Élisabeth Martin-Chabot, une autre intervenante d’Action Handicap France. On fait de la sensibilisation sur l’audiodescription : qu’est-ce que ça, comment ça marche, à quoi ça sert, comment elle se fait… On entend souvent à la télévision « ce programme vous est également proposé en audio description », c’est donc bien d’en parler. On explique ce que c’est, comment ça fonctionne, et surtout comment l’activer, parce que n’importe qui peut l’utiliser chez soi, il suffit d’activer le bon menu. Là aussi, à la fois, tous les gens qui sont présents vont ensuite en parler autour d’eux, dans leur entourage, ce qui élargit la sensibilisation. On dit souvent que l’audio description sert aux personnes aveugles, oui mais pas seulement, cela peut servir aussi aux personnes âgées qui voudraient avoir aussi ce confort d’écoute, non négligeable, qui peut aider à la compréhension du film. Il arrive parfois que des personnes tout à fait valides tombent dessus et ne s’en rendent pas compte tout de suite. On peut encore détourner cette option à d’autre usages, par exemple si l’on veut suivre un film tout en faisant autre chose… après ça devient l’équivalent d’un livre audio finalement, puisqu’on a à la fois la description des images et la bande son du film. On peut l’avoir sur une clef USB ou un lecteur MP3. Action Handicap France fait aussi du conseil, par exemple sur l’aménagement de lieux recevant du public.

Quels sont les différents publics auprès desquels vous intervenez ?
Nous travaillons beaucoup avec des entreprises, mais aussi avec des jeunes collégiens ou lycéens. J’ai déjà fait avec eux des ateliers sur l’audiodescriptions et c’est très intéressant, notamment d’avoir le regard de ces jeunes sur les différents handicaps et d’échanger avec eux. Clairement, chacun contribue un peu à sa manière, mais on essaye de faire bouger les lignes pour que le handicap ne soit plus quelque chose d’effrayant pour les gens, et pour enlever des barrières. À l’issue des explications, ils peuvent poser leurs questions. Ce qui est bien c’est que les enfants n’ont pas de limites dans leurs questions comme les adultes. Souvent, il n’y a pas de mauvaises questions, il n’y a que des mauvaises réponses. C’est d’ailleurs la manière dont j’introduis le sujet en général. Bien souvent les enfants posent des questions que les parents se posent aussi mais n’osent pas poser directement. On le voit parfois au soulagement des parents une fois la question posée ! Il y a une trop grande retenue chez les adultes qu’il n’y a pas chez les enfants, et donc avec eux les débats peuvent aller plus loin.

Vous proposez certaines méthodes de sensibilisation originales…
Oui, ce qui est intéressant aussi c’est de pouvoir mettre les gens en situation, par exemple avec un bandeau. On le fait régulièrement avec des salariés dans leur entreprise. Au bout d’un moment pendant le trajet, je demande aux gens : « À votre avis où est-ce qu’on est ? ». Et les gens sont parfois capables de répondre. Nous avons tous des capacités mais certains les ignorent. Par exemple certains vont reconnaître la salle de pause grâce au bruit de la machine à café, alors que d’autres ne vont pas y faire attention. Il y a aussi le changement d’ambiance, l’odeur d’un endroit, la modification du sol… il y a plein d’éléments sur lesquels on peut se reposer pour se repérer, mais la fonction visuelle prend tellement de champ qu’on utilise peu nos autres possibilités. Par exemple, la nuit beaucoup de personnes savent s’orienter chez elles dans le noir, cela s’appelle la mémoire des pieds. Autre facteur intéressant que certains voyants ont : c’est le sens des masses, c’est-à-dire le fait de percevoir un changement d’écho dans un endroit pour se repérer. Et pour un non-voyant qui utilise cette capacité, lorsque l’on entre dans une nouvelle pièce, il suffit d’une à deux secondes pour savoir si la pièce est grande ou petite, si elle est rectangulaire ou carrée, si elle est remplie, s’il y a des gens à l’intérieur…

Propos recueillis par Caroline Madeuf

Plus d’infos sur : www.action-handicap.org

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