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2012 de Bangkok

Cette année 2012 commence pour moi au 74ème étage du Baiyoke Sky Hotel. Plus haute tour de Thailande, cet hôtel ressemble à s’y méprendre à la tour de Babel, car tout ce que compte l’humanité comme nationalités semble s’y trouver et tous les continents sont représentés. Beaucoup sont là pour une seule et unique raison : se donner l’impression d’être le roi du monde, pour quelques jours et quelques Bath (la monnaie locale) au bras d’une ou d’un jeune Thai.

 

D’ailleurs, les hôtels ont tous dans chacune de leur chambre une carte de la ville où, outre les monuments à visiter, on trouve les quartiers à spécialités – garçons, filles, adolescents et travelos : tout est possible à Bangkok, dans une hiérarchie des peuples bien spéciale : le chinois traite l’hindou comme de la merde, lequel fait de même avec le Thaï. Quant au blanc – américain, ruscoff, australien ou européen, il reste un spécimen assez vomitif – l’italien demande de l’huile d’olive, le russe et le ricain négocie au cents près leurs fichues copies de T-shirt ou de montre de marque. Faut consommer, et le Thaï aussi l’a bien compris. Coupes de cheveux à la Justin Bieber pour les garçons, moulés dans leurs jeans slim semblant avoir été créés pour eux. Quant aux filles, elles sont souvent la copie conforme d’héroïnes de Mangas, jupe au ras du bonbon et petit sac sur l’épaule. Les unes comme les autres le téléphone rivé à l’oreille ou écrivant des SMS plus vite que l’éclair.

Ceci dit, Bangkok en fauteuil n’est pas vraiment évident et les rares déglingués croisés déambulent dans la ville le cul sur des planches à roulettes, se poussant au ras du sol avec des tongs enfilés dans chaque main. « Thai Style » on appelle ça ; trottoirs démesurément hauts, rues et avenues défoncées, la ville est une succession de marchés, d’échoppes et de grattes ciel. Et ce qui saute aux yeux saute plutôt à la narine, éprouvant mélange d’urine et de merde humaine, de poubelles frelatées et de fritures préparées tous les trois mètres par un ambulant. Pour se frayer un passage dans le flot discontinu d’une foule toujours présente et bruyante, quelle que soit l’heure, il faut jouer des coudes et ravager quelques orteils. Le futur de l’humanité est là, sans espace, se frayant un chemin pour survivre. Et pourtant, le sourire est toujours sur les lèvres. Pas dormi ? Pas mangé ? On sourit quand même. Tsunamis, inondations dantesques ? On sourit quand même. Amputé et au ras du sol à se faire marcher dessus ? On sourit quand même.

 

J’avoue que je suis passé un peu à côté de la Thaïlande, peut être parce que je m’attendais à pouvoir faire plus sans être assisté. Je n’ai vu que des « hôtesses » affublés d’oreilles de lapin clignotantes, draguées et emballées par des beaufs tatoués de tous les continents (la fellation comme richesse nationale). Ou des moines orange DDE chaussés de copies de Birkenstock, ne foutant rien de la journée si ce n’est attendre qu’on les nourrisse. Et surtout, un flot continu de touristes transformant le pays en immense Disneyland low cost. Car l’Indien, le Chinois, le Philippin a aussi droit aux vacances au soleil. Bon, il faut dire aussi que le concept « d’accessibilité » qui nous est cher passe par dessus la tête des autochtones et qu’on peut le comprendre. Mais les Thaïs font ce qu’ils peuvent pour essayer d’aider et leurs sourires éteignent souvent la rage qu’on peut parfois avoir… Bonne année de Thailande, donc – pays de l’inaccessibilité souriante.

 

Pierre Bardina

 

Pierre Bardina est créateur d’andy.fr, portail du handicap moteur. C’est suite à un accident de plongée, en 1996, qu’il devient paraplégique. Retrouvez sa chronique « Coup de gueule » dans chaque numéro d’Handirect.

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