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Un fauteuil en cavale

 

États-Unis, Vietnam, Thaïlande, Madagascar, Patagonie… Armé de son appareil photo, Jacques Bollinger, paraplégique depuis 1975, parcours les cinq continents. Il a fait des ses voyages un recueil de souvenir intitulé Un fauteuil en cavale. Un témoignage simple, drôle et attachant sur sa « cohabitation » avec le handicap et son expérience atypique. Son objectif ? Prouver que handicap ne rime pas avec isolement. Rencontre.

 

Il a le sourire aux lèvres, le visage lumineux et la parole facile. À le voir se déplacer sur son fauteuil, sac à dos sur les genoux, Jacques Bollinger renvoie l’image d’un homme épanoui, décomplexé par son handicap. À 66 ans, celui qui réside aujourd’hui à Chambery ne s’est jamais laissé abattre par son infirmité. «  Presque tout reste possible lorsqu’on a perdu l’usage de ses jambes ! », lance-t-il. La rencontre a lieu dans sur la terrasse d’un restaurant lyonnais. Après avoir commandé un café, Jacques ne se laisse pas prier pour nous entraîner dans ses souvenirs et nous conter ses aventures romanesques. Suite à sa dernière excursion qui remonte en mai 2010 au Pérou – un an, autant dire une éternité pour lui – il a décidé de se consacrer à la confection de Un fauteuil en cavale, un ouvrage concocté à l’aide de Pierre Nozière, écrivain-biographe.

Ce livre, il le publie pour ses proches, ceux qui n’ont pas pu l’accompagner dans ses excursions cocasses. Mais aussi et surtout pour les lecteurs en situation de handicap. « Je suis toujours étonné, en discutant avec des acteurs du milieu paramédical d’apprendre que de nombreuses personnes paraplégiques se tiennent à l’écart, restent enfermées ressassant leur malheur, lance-t-il. Ce livre est comme un message d’espoir pour témoigner et montrer que ce n’est pas parce qu’on est en situation de handicap qu’il faut rester chez soi. Sortez, faites du sport, rencontrez des gens, voyagez. Mieux vaut avoir des souvenir que des regrets. »

Une seconde vie

Ce caractère de fonceur a permis à Jacques de surmonter les événements de sa vie et de « rebondir ». Après avoir travaillé comme comptable en France, il s’installe à Genève pour intégrer l’entreprise Citroën. Une soirée de janvier 1975, sa vie bascule. Après une partie de bridge entre amis, Jacques reprend sa voiture en direction de son domicile. Dans un virage, il glisse sur la chaussée boueuse et perd le contrôle de son véhicule. À l’hôpital, on lui annoncera qu’il a perdu l’usage de ces deux jambes. Un accident qu’il vit comme une renaissance, « le début d’une deuxième vie ». Désormais paraplégique, Jacques ne reste pas inactif. Il travaille, continue d’exercer ses loisirs, s’installe à Lyon pour ouvrir avec un ami un magasin de sport.

Plus tard, Il goute aux savoureux plaisirs de découvrir de nouvelles contrées grâce à de simples voyages d’entreprises à Chypre et Madère. Le virus ne le quittera jamais.

De New-York (Il y était le 11 septembre 2001), au Ladakh en passant Pérou et la Finlande, Jacques ne  compte plus ses heures de vols. Il explore le monde, toujours accompagné d’amis ou de proches. « Mes voyages les plus riches au plan humain ont vraiment été ceux que j’ai pu vivre avec des compagnons déjà introduit dans la société locale », souligne-t-il. Ainsi, il sera invité à un mariage rural au Paraguay durant lequel il prouvera qu’il est possible de danser en fauteuil roulant.

Autre anecdote : à Madagascar, le personnel de son hôtel à élargie l’ouverture de la porte des toilettes au burin et à la masse pour que Jacques puisse y accéder. « Le dénuement ambiant assumé avec tant de dignité et de ressource humaine, fait réfléchir aux incroyables écarts que constituent les composantes de l’humanité, note-t-il dans son livre. Il semble que les plus nantis ne sont pas toujours les mieux-vivants. »

Sans tomber dans l’utopisme, il souligne dans son ouvrage quelques désagréments liés à sa mobilité réduite comme  l’impossibilité de manger par terre. « Cela complique parfois à la convivialité, surtout lorsque les coutumes locale ignore l’usage des chaises », écrit-t-il. Mais « finalement, ces difficultés sont bien peu de choses en comparaisons avec l’immense plaisir que je ramène de chaque expédition lointaine ».


Pratique

Un fauteuil en cavale, Jacques Bollinger, avec la contribution de Pierre Nozières, La voix et la plume, 20 euros.

Site Internet de Jacques Bollinger : www.jackboll73.free.fr

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