Belle dans le silence
Ex-mannequin aux mensurations de rêve (86-62-91), Yoya Glescic Vallée, 30 ans et figure de proue de Lolita Lempicka, est sourde depuis l’enfance. Née à Belgrade en Serbie, elle a épousé Cyriaque, un Français, mannequin lui aussi, avec qui elle vit dans l’Hexagone. Récit de parcours.
Yoya est née à Belgrade, dans l’ancienne république de Yougoslavie, le 25 avril 1980. En raison d’une maladie, elle devient sourde à 80 % à 10 mois. Son handicap affecte l’élocution. Dès sa première année, elle porte des appareils auditifs et se rééduque à la parole. Après cinq ans d’entraînement, Yoya peut commencer l’école avec des enfants entendants. Les parents de Yoya veillent depuis son jeune âge à ce qu’elle ait accès à une thérapie de la parole. Donc, pendant que les autres enfants jouent, Yoya s’exerce à parler. Mais, malgré son handicap, elle mène une enfance normale. Sa maman lui apprend à parler en lui faisant toucher sa gorge afin qu’elle comprenne la parole par la vibration.
Enfant médium ?
Pour compenser le manque de son ouïe, Yoya développe une mémoire photographique. Ses yeux « agissent comme des oreilles », explique-t-elle. Elle observe et retient beaucoup de détails auxquels personne ne fait attention. C’est sans doute ce don qui la pousse vers le dessin. À deux ans, son coup de crayon lui permet de dessiner un papillon presque parfaitement. Plusieurs de ses croquis d’enfance ressemblent à des anges alors qu’elle n’en avait jamais vu en image. À l’âge de cinq ans, Yoya commence à montrer des signes de médiumnité. Elle se rappelle : « À ce moment là, quand je ne pensais à rien en particulier, je visualisais une image. Au début, je n’y prêtais guère attention car il s’agissait d’images partielles comme un crayon dans une main ou parfois une vision complète qui n’avait aucune signification. Alors je les oubliais… À l’âge de sept ans, j’ai eu une vision d’un animal avec des ailes, que j’ai dessiné. Plusieurs mois après, en visitant avec mon père une église dans Belgrade, j’ai vu le même, sur le mur et le plafond de l’église. J’étais stupéfaite ! »
Yoya commence alors à prendre des cours de dessin à Belgrade avec l’aide d’un artiste, mais plus par passion que par envie d’y faire carrière. Quand Yoya atteint 12 ans, sa famille décide de partir habiter à Washington aux États-Unis. Là, elle continue à étudier dans des écoles d’art. Pendant deux ans, elle assiste aux cours d’été d’une école d’art reconnue: la Corcoran School of Art. Mais son intérêt pour l’art décline rapidement. « C’est pendant cette période que j’ai perdu le goût pour les études d’art, car on nous demandait seulement de dessiner la copie d’un objet alors que je désirais dessiner en utilisant mon imagination ou mettre sur le papier les visions que j’avais », précise-t-elle. Yoya arrête alors de suivre ces cours.
Mannequin à 16 ans
Elle est destinée à une autre carrière, et dès l’âge de 16 ans, elle fait ses premiers pas dans le mannequinat. Elle annonce à sa famille qu’elle aimerait devenir actrice ou mannequin, pour montrer aux autres sourds que le courage et le travail finissent toujours par payer. Peu après, sa mère l’inscrit à un concours de beauté à Atlanta. Yoya arrive seconde sur près de 400 participantes. Sa carrière comme modèle internationale commence très rapidement. Les deux premières années elle voyage beaucoup, accompagnée de sa mère. Aux États-Unis, elle apprend à défiler dans une école de mannequins. Elle s’aide des vibrations produites par la musique pour défiler dans le bon rythme. « J’ai un certain talent pour la musique, ce qui m’a aidée à savoir danser et marcher en suivant les vibrations dans mon corps ». C’est à peu près à cette période qu’elle se sent prête à voler de ses propres ailes. Elle l’annonce alors à sa maman, qui l’accepte avec bonheur et fierté. Grâce à ses voyages et au langage, la jeune femme se fait beaucoup d’amis.
Une vie à l’international
Milan, Paris, Tokyo… Pour sa carrière, Yoya doit beaucoup voyager. Après avoir utilisé le fax un certain temps pour communiquer avec sa famille et ses employeurs, et retrouve une indépendance encore plus grande grâce à internet et aux SMS. Aujourd’hui mère de deux enfants, elle se consacre désormais à leur éducation. Yoya parle couramment le serbe et l’anglais et un peu le français. Ce dernier langage est difficile pour elle : les Français parlent très vite, ce qui rend la lecture labiale compliquée. « Leur bouche ressemble à celle d’un poisson qui respire », remarque-t-elle. Moqueuse Yoya ?
Caroline Lhomme









