Mes fôtes d'orthographe, une chance
En psychanalyse, on ne parle pas de fautes d'orthographe. Il s'agit, au même titre que le lapsus verbal (lapsus linguae), du lapsus d'écriture ou lapsus calami. De la même manière que l'acte manqué est, selon Jacques Lacan, un discours réussi, l'erreur orthographique est à considérer comme un message qui en dit beaucoup plus que ce que l'on croit.
Si nous avons souffert, faute de ne pas savoir écrire tous les mots de la sacro-sainte dictée, c'est peut-être justement parce que nous ne voulions pas nous en laisser trop conter. Il y a des erreurs qui ont du sens et qui, paradoxalement, peuvent se révéler justes quant à notre désir.
Une faute d'orthographe qui change la vie
Loïc, chanteur amateur, adressant une lettre à un ami producteur de spectacles pour le féliciter de son mariage, écrit : « De tout chœur avec toi » au lieu d'orthographier le mot cœur correctement. En relisant le courrier, il ne se rend pas compte de son erreur. Son ami lui répond qu'il l'a reçue comme un signe et qu'il a décidé d'accepter d'engager la chorale dont Loïc fait partie pour une tournée au Canada. Loïc, surpris par la situation, après avoir été informé du jeu de mots que son interlocuteur pensait intentionnel, confie sa boutique d'édition musicale à son associé et part un an au Canada. Remarqué par des gens du show business, il est aujourd'hui chef de chœur d'un artiste célèbre. Cet exemple, bien que paraissant surréaliste, montre bien qu'il y a une intention cachée dans nos fautes d'orthographe. Si cela était autrement pris en compte à l'école, peut-être pourrions-nous découvrir derrière celles-ci un sujet qui cherche à s'exprimer. Ainsi, la dysorthographie ne devrait pas être traitée comme un handicap.
Dyslexie, dysorthographie, où est le problème?
Nous ne naissons pas parfaits, nous naissons différents. C'est justement pour cela que nous sommes perfectibles. Alors, arrêtons de nous dévaloriser. Nous ne sommes pas fautifs ! Tout juste avons-nous, si cela a quelque intérêt pour nous, des choses à découvrir. Nos fautes d'orthographe, si nous les acceptons, peuvent même révéler une opportunité de plus. Béatrice Sauvageot*, auteur de « La dyslexie est un jeu d'enfant », écrit : « Dans certains pays, on a depuis longtemps compris l'intérêt du cerveau des dyslexiques qui, entre autres particularités, a la capacité de réaliser plusieurs tâches en même temps et de posséder une immense créativité. Aussi, dans les domaines comme la Bourse ou l'infographie, les personnes dyslexiques sont recherchées de préférence aux gens normaux. »
On écrit pour communiquer, non pour montrer qu'on écrit bien. Voir le côté positif de ce que l'on considère comme un handicap demande à sortir d'un auto jugement invalidant. Faire des fautes d'orthographe n'a jamais empêché Django Reinhardt d'écrire à des gens cultivés qui se moquaient bien de ses erreurs, heureux qu'ils étaient de compter ce prodige de la guitare dans leurs relations. Certaines de ces lettres ont été publiées et nous apprennent beaucoup encore sur le personnage. L'éditeur a soigneusement conservé les fautes, par souci d'authenticité. Une coque vide n'a jamais fait avancer les choses. Les beaux parleurs ont leurs pendants, les beaux écriveurs !
Voir l'être au-delà de la lettre
Jacques Lacan*, lorsqu'il enseignait que l'inconscient est structuré comme un langage, insistait sur le fait que chacun d'entre nous possède sa propre structure inconsciente. De là découle notre absolue unicité : il y a de l'Un, affirmait-il. Il n'est donc pas question de norme, quelle qu'elle soit, si ce n'est une conformité à notre désir. Auquel cas, ce psychanalyste émérite aurait employé l'article défini le. Pour ce faire, il inventait des mots qui ne sont pas dans le dictionnaire, tel «en-corps, amour». Il créait le verbe «soupirer ». Il faisait ce qu'il appelait de la linguisterie. Ce qui ne veut pas dire qu'il disait n'importe quoi. Il lui importait surtout de lire au delà. Il n y a pas selon lui de sens unique, et donc pas de pensée unique. Quelles que soient donc nos fautes d'orthographe, elles sont une chance de plus. Et puis, rappelons-nous, au cas où un complexe d'infériorité nous gênerait encore, cette phrase humoristique et pleine de bon sens : « La culture, c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale ».








